Le Ralliement protestant de septembre 2002

Culture religieuse et laïcité




Éditorial, Gérard Janus

Méditation

"Moi, je serai dans l'allégresse à cause du Seigneur, j'exulterai à cause du Dieu qui me sauve." Habaquq 3,18, Jean-Pierre Jordan
LES SOIRÉES DE L’ILLBERG

Les articles


Le Dossier

La religion à l'école


 
 
 


Éditorial
Le fait religieux à l'école: le contre-exemple en Alsace et en Moselle

En Alsace et en Moselle, il existe non pas un «enseignement du fait religieux», mais un «enseignement religieux»  à l'école publique. Par Gérard JANUS, Responsable du Service Catéchèse des Églises protestantes d'Alsace Lorraine

 
Les familles qui, au hasard d'un déménagement, s'installent dans un des trois départements de l'Est découvrent, souvent avec étonnement, qu'il est possible pour les élèves de suivre un enseignement religieux confessionnel catholique, protestant ou israélite à l'école publique, à raison d'une heure hebdomadaire.
Le statut scolaire particulier toujours en vigueur aujourd'hui est un héritage fondé sur des sources juridiques qui remontent au 19ème siècle.
Solidement ancré en droit, il est l'expression de ce que l'on appelle couramment le régime concordataire, par abus de langage. Le statut scolaire ne découle pas directement du concordat ou des articles organiques, mais du maintien en vigueur, au lendemain de la guerre de 1914-1918 des lois scolaires françaises et allemandes antérieures. Le régime de séparation de l'État et des Églises datant de 1905 ne s'applique donc pas dans les 3 départements, pas même à l'école publique! Pour les tenants d'une laïcité militante, il s'agit toujours d'une faveur accordée aux "cléricaux" qu'il faudrait, en bonne logique républicaine, abolir. Il reste que l'opinion publique régionale est largement favorable au maintien du statut scolaire particulier. Les opposants à la présence d'un enseignement religieux à l'école se recrutent justement dans le corps enseignant qui garde la mémoire la plus vive des combats en faveur de la laïcité. Mais leur influence diminue. Les évolutions sociales et religieuses modifient nécessairement l'approche du problème. Un des grands mérites du rapport DEBRAY et de le démontrer une fois de plus. Un rapport décrispé avec le fait religieux est aujourd'hui indispensable. Le rapport critique "un certain laïcisme ombrageux" qui, en restant sur la défensive, ne permettra pas de réinventer la laïcité dans ses rapports avec l'enseignement des faits de société et des faits religieux. L'auteur du rapport lui-même a reconnu que longtemps il en savait bien plus sur les religions mortes de l'Antiquité que sur les traditions religieuses vivantes, notamment chrétiennes!
Quel que soit l'impact, en définitive, du rapport DEBRAY, les rebondissements du débat sur la laïcité en France font actuellement de notre fait minoritaire alsacien et mosellan un objet d'études intéressant. Le caractère confessionnel de cet enseignement le gêne. Pour ceux qui ont la chance de le vivre, ce cadre ne remet pas en cause le principe de laïcité. D'ailleurs, ce qui à l'échelle de la République apparaît comme exception serait plutôt une règle à l'aune de l'Europe communautaire. La question des contenus enseignés est plus importante. Dans un texte de nos Églises, les objectifs de l'enseignement religieux sont précisés: un tel enseignement se distingue aussi bien de la catéchèse paroissiale (éveil à la foi) que d'un simple enseignement historique. Il est dispensé en dialogue avec d'autres enseignants et disciplines, par un maître qui transmet à la fois un savoir et s'exprime comme un témoin, mais sans prosélytisme et dans le respect de la diversité des croyances.
Parler de culture religieuse, c'est inscrire la religion dans le tissu d'autres matières enseignées. C'est faire place à la Bible et à son influence sur l'art, la littérature et l'histoire. C'est proposer des méthodes de lecture plurielles. C'est établir un lien entre la religion (comprise comme transcendance) et un certain nombre de valeurs. Les religions jalonnent la transmission des valeurs par un certain nombre de repères. C'est donner de l'espace pour la pluralité des religions Pour résumer, l'objectif n'est pas de remettre "Dieu à l'école" ou "l'Église à l'école", mais il ne s'agit pas non plus d'exclure les Églises d'un partenariat où elles ont leur place jusqu'à ce jour. Les Églises n'ont pas le monopole de l'enseignement du fait religieux. L'État non plus.

Gérard Janus


LES SOIRÉES DE L’ILLBERG

La paroisse de l’Illberg organise plusieurs  soirées d’études pour la rentrée prochaine :

Avec  Pascale Walter, artiste et historienne de l’art,
Le vendredi  27 septembre à 20 h 30: LA CALLIGRAPHIE UNE ÉCRITURE SOUPLE.

Avec Roland Omnès, astrophysicien
 Le vendredi 4 octobre à 20 h 30:  NOUS HUMAINS, DANS L’UNIVERS

Avec André Gounelle, théologien
 Le mercredi 9 octobre à 20 h 30: CHANCES ET DÉFIS DU PROTESTANTISME AUJOURD’HUI

Et trois rencontres d’information sur la justification par la foi avec Jean-Marc Saint, pasteur à l’Illberg :


Toutes ces soirées se tiendront à la chapelle de l’Illberg, entrée par la rue George Sand  et par la  rue de l’Université.

Pascale Walter, diplômée des Arts Déco de Strasbourg et docteur de l’Université Marc Bloch est historienne de l’art et illustratrice. Elle interviendra sur le sujet : "Le texte souple, plume, pinceau et mot." Elle parlera en particulier des calligraphies chinoises et hébraïques.

Roland Omnès, ancien président de l’Université de Paris Sud est astrophysicien.Il se consacre maintenant à l’écriture d’ouvrages de philosophie des sciences. Il vient de publier à la librairie Flammarion : L’univers et ses métamorphoses ; l’espion d’ici ; Comprendre la mécanique quantique et Alors l’un devint deux.
Il interviendra sur le sujet : "Comment nous, les humains, nous situons-nous par rapport à l'univers, que ce soit dans l'ordre du temps ou celui de l'espace, dans la contemplation de ses lois ou devant la question de notre destin?". Son intervention sera accompagnée de projections

André Gounelle, docteur ès lettres et en théologie, a enseigné la théologie à la faculté de théologie de Montpellier et à Montréal. Il est connu pour sa recherche d’un bon niveau de vulgarisation en théologie. Il a publié de nombreux ouvrages et articles  à l’intention  d’un lectorat de chercheurs ouverts à l’héritage de la théologie chrétienne et à la culture d’aujourd’hui.

Jean-Marc Saint est le pasteur de la paroisse de l’Illberg à Mulhouse. Théologien et traducteur, il est le président de la Commission synodale de théologie de l’Église Réformée d’Alsace et de Lorraine. Il a publié de nombreux articles et traduit une partie de l’œuvre du théologien Paul Tillich. Il est intervenu récemment dans plusieurs films, projetés sur FR 3 ; dans « Protest Song » de Philippe Poirier et dans « Les fresques de l’abbé Abé, film de Serge Steyer.


Méditation

"Moi, je serai dans l'allégresse à cause du Seigneur, j'exulterai à cause du Dieu qui me sauve."
Habaquq 3,18

Jean-Pierre Jordan

Le mot d'ordre de ce mois de septembre est tiré du livre du prophète Habaquq qui nous laisse un petit livret; c'est un des petits prophètes. Prophète peu connu, sur les paroles duquel on ne médite pas souvent. Pourtant il a bien des choses à nous apprendre. Cet homme regarde autour de lui et il voit le mal partout répandu, étalé sans retenue. Il ne comprend pas. Il s'étonne et se révolte. C'est par là qu'il nous rejoint. Nous aussi, nous nous posons des questions sur les choses laides, absurdes qui se passent dans le monde. Et il est bon que nous nous les posions. Si nous ne le faisions pas, ce serait mauvais signe. Cela voudrait dire que nous serions devenus indifférents, insensibles, incapable de réagir au mal qui nous atteint et surtout à celui qui atteint les autres. Mais quel est le message du prophète?

Demander des comptes
Habaquq ne ferme pas les yeux. Il les a grands ouverts. Et il voit comment fonctionne la société où il vit. Il constate que la violence y règne, certainement celle des forts contre les faibles. Il voit que la justice est bafouée, que les juges sont incapables de rendre des jugements corrects et peut-être qu'ils ne le veulent pas, corrompus eux aussi par la malhonnêteté ambiante. Le méchant écrase le juste, il n'y plus ni ordre, ni droit, ni respect de l'autre. L'époque d'Habaquq ressemble à la nôtre par certains côtés.
Habaquq ne comprend pas, il ne comprend plus. Il ne voit pas pourquoi Dieu n'intervient pas pour remettre un peu d'ordre, un peu de justice dans ce monde officiellement tordu. Il demande à Dieu: "Pourquoi laisses-tu faire? Qu'est ce que tu attends pour régler leur compte à tous ces types et pour nous laisser respirer?" Eh oui, le prophète interpelle Dieu à cause de ce qui va de travers. Le mal ne lui fait pas perdre la foi. Pour lui ce n'est pas une raison de douter de Dieu, ni de le rejeter. Il ne l'accuse pas d'être la cause du mal. Il lui demande des comptes, il a cette audace de lui dire ses plaintes, sa déception et son angoisse et il pense que Dieu se doit de lui répondre, de lui fournir une explication.
Et Dieu lui répond. Pas avec des théories. Pas en lui fournissant une théologie bien construite sur la raison du mal dans la création, sur sa nécessaire permanence ou sur la cohérence entre la toute puissance de Dieu et l'existence du péché. Non! Dieu renvoie Habaquq à l'Histoire. Il le renvoie aux événements qui sont en train de se dérouler sous ses yeux. Nous sommes à la fin du VIIe siècle avant Jésus Christ, ou bien au VIe. C'est l'époque où un nouveau pouvoir s'est levé au Moyen-Orient. Un roi nommé Nabuchodonosor s'est installé à Babylone en 612 en renversant la royauté assyrienne. C'est un roi conquérant, il fait la guerre, une campagne presque chaque année. Progressivement, il conquiert les pays qui se trouvent à l'ouest de Babylone. Il va arriver dans le territoire d'Israël. Et Dieu dit que ce roi là est un instrument pour lui. Il l'a suscité pour montrer aux pouvoirs corrompus ce qu'il en coûte de pratiquer l'injustice et de faire régner le désordre légalisé. L'occupation du pays, la chute des grands, l'économie ruinée, la déportation des populations seront la conséquence du mal toléré, pratiqué, encouragé. Les Babyloniens seront les serviteurs de Dieu pour donner un grand coup de balai, pour faire disparaître à la fois le mal et les coupables.
C'est ce qui provoque l'allégresse et la joie du prophète; attention, ce n'est pas la ruine et l'anéantissement du méchant, ni son malheur qui font réagir Habaquq de la sorte: c'est Dieu qui sauve qui est à l'origine de sa joie. Le salut de Dieu! Notion très importante. Chaque homme aime à vivre dans le bonheur comme le prophète. Il peut donc être utile pour nous de savoir ce qu'est le salut pour la Bible, en tout cas pour l'ancienne alliance, telle que la connaissait le prophète qui nous a donné le mot d'ordre de septembre.

Une Histoire du salut
La révélation de la miséricorde dans la Bible n'est pas statique; elle se manifeste progressivement par le dynamisme de l'Esprit créateur qui planait sur les eaux primordiales à la création du monde et qui mène celui-ci vers son achèvement. Elle nous apparaît donc à travers le processus d'une Histoire.
Ce qui caractérise d'une manière générale les religions, c'est la recherche de Dieu par l'homme, à travers la manifestation divine dans l'univers autant qu'à travers les démarches de son propre esprit.
Avec la révélation judéo-chrétienne, il en va tout autrement. Il ne s'agit plus tant de la recherche de Dieu par l'homme que de la recherche de l'homme par Dieu. La Bible nous révèle avant tout le mystère de Dieu venant au devant de l'homme.
C'est pourquoi l'essentiel de cette révélation porte sur des faits, des événements, des interventions dans le cours de l'Histoire comme du temps d'Habaquq. L'Histoire se déroule: alliance avec Abraham, libération (salut) du peuple d'Israël, promulgation de la loi, alliance avec les prophètes et les rois et pour nous chrétiens, l'incarnation en Jésus Christ, la nouvelle alliance.
Ce sont donc des irruptions de Dieu dans le monde de l'homme. Les grandes religions non chrétiennes affirment l'existence d'un monde éternel qui s'oppose ou qui est étranger au monde du temps. Elles ignorent l'engagement de l'Éternel dans le temps de l'homme, engagement qui donne à celui-ci consistance et direction et le transforme en Histoire, Histoire du salut à travers lequel Dieu se manifeste d'une manière nouvelle.
Un salut… Ce mot recouvre des réalités différentes. Pour les Grecs, le salut était dans l'immortalité, le dégagement de notre corps matériel, la délivrance du monde sensible et historique où notre âme est comme prisonnière. Salut tout spirituel et non surnaturel. Conception platonisante qui n'est pas étrangère à une certaine spiritualité du christianisme.
Pour les bouddhistes, le salut est la délivrance du devenir perpétuel des renaissances successives. Chacun se sauve par soi-même selon une ascèse progressive et en bannissant tout désir qui engendre le souffrance. Par cette évasion de l'existence humaine l'homme entre dans le nirvana, pôle négatif de l'extase.
Dans la Bible le salut a un autre sens. Il ne s'agit pas de délivrer l'homme de sa condition d'esprit incarné ni de la douleur et du déroulement de l'existence, mais du mal, du péché qui depuis la chute d'Adam a brisé la nature humaine dans son rapport avec Dieu. Nous sommes aux antipodes d'un salut par l'évasion: celui que Dieu nous offre a pour condition première notre insertion dans le temps et dans l'Histoire. Il faut être pleinement homme pour le recevoir.
Nous sommes donc loin d'un salut que l'homme se procurerait par lui-même. Invités à y répondre positivement, le salut vient de Dieu seul et pour nous chrétiens, il vient par le Christ.
Nous sommes sauvés et nous trouvons dans la Bible toutes les nuances qui enrichissent la notion de salut. Être sauvé, c'est être tiré d'un danger où l'on risque de périr. Suivant la nature du péril, l'acte sauveur s'apparente à la protection, la libération, la guérison et le salut à la victoire à la paix à la vie.

Vers le salut total
Mais, au fait, de quel péril l'homme doit-il être délivré? Ils sont nombreux les hommes qui, méconnaissant la nature réelle du danger, n'éprouvent nullement le besoin d'être sauvés. Ils prétendent construire eux-mêmes leur propre bonheur et pourtant il existe au fond de leur vie beaucoup de questions qui les empêchent d'être toujours totalement heureux.
La Bible ne serait pas l'histoire d'un salut si elle n'était pas dès l'origine l'histoire d'une chute; celle du premier homme tombant dans le mal dont nous connaissons surtout les effets. Le créateur a manifesté aussitôt avec la sentence du châtiment, son intention de recréer des liens, ce qui prouve qu'il n'abandonne pas les hommes.
Cette intention de miséricorde se manifestera au cours des siècles par une suite d'alliances ou de saluts successifs qui sont aussi progressifs, depuis la délivrance de Noé, la libération du peuple d'Israël par la sortie d'Égypte. Dans toutes les circonstances critiques de son Histoire, Israël a crié vers Dieu pour être sauvé.
Dans l'Ancien Testament, les différents saluts se présentent souvent sous une forme matérielle et temporelle. Ils s’inscrivent dans l'Histoire mais sont en réalité orientés vers le salut total qui s'accomplira à la plénitude des temps.
C'est dans ce sens que nous aussi nous pouvons faire nôtre le mot d'ordre de ce mois; nous aussi nous pouvons être dans la joie du Seigneur, nous aussi nous pouvons être heureux à cause du Dieu qui sauve.

Jean-Pierre Jordan



Les évolutions familiales aujourd’hui : conférence-débat avec le pasteur Gérard KRIEGER.
A l’initiative du groupe œcuménique de Thann et environs, Gérard KRIEGER, pasteur et conseiller conjugal viendra animer une conférence débat le 10 octobre à 20h, au Cercle Saint-Thiébaut (rue Kléber) à Thann.

Gérard KRIEGER, comment pouvez-vous présenter votre parcours ?
Je suis originaire du pays de Hanau dans le Bas-Rhin, marié depuis 31 ans et père de deux enfants. Pasteur, j’ai exercé mon ministère durant 25 ans en paroisse où je rencontrais beaucoup de jeunes familles. Très vite, je me suis rendu compte que ces familles attendaient de l’Eglise une présence concrète dans leurs préoccupations quotidiennes et je ne me sentais pas équipé pour y répondre : la vie paroissiale classique ne leur suffisait pas. Peu à peu a germé en moi le désir d’ouvrir mon horizon au-delà de ce que propose habituellement l’Eglise. Avec l’accord de mon employeur, j’ai entamé à Paris une formation au conseil conjugal et familial, puis à la thérapie de couple, et bien sûr j’ai mis cette formation au service des Eglises protestantes d’Alsace-Lorraine. Dans ma deuxième paroisse, le conseil presbytéral a accepté avec enthousiasme l’expérience, fort enrichissante pour tout le monde, du 2/3 temps paroissial avec 1/3 temps de conseil conjugal au service de l’Eglise. En 1996, les Eglises ont pris la décision de créer le Service de la pastorale conjugale et familiale, service commun de l’ECAAL et de l’ERAL, dont je suis le permanent à plein temps depuis cette date.

Quelles sont les missions du Service de la pastorale familiale et conjugale ?
Elles s’articulent autour de quatre grands axes : rencontre et formation, écoute et réflexion, et s’adresse à trois « publics » : les couples et les familles, les pasteurs, les paroisses et les divers lieux d’Eglise.
Depuis 1996 nous développons prioritairement des sessions de préparation à la vie de couple et au mariage sur les trois départements, Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle, dont celle qui a récemment eu lieu pour la première fois à Mulhouse, en collaboration avec la toute nouvelle Association Familiale Protestante.
Ces sessions qui se déroulent sur une journée s’adressent à tous les couples, fiancés ou jeunes mariés, vivant ensemble avec l’intention ou non de se marier, avec ou sans enfants. Lors de ces rencontres, nous abordons les différents aspects de la vie du couple. Ensemble avec des spécialistes (un médecin, un notaire, un conseiller conjugal et un pasteur) nous invitons les couples à réfléchir à la vie du couple et sa durée, à l’amour qu’ils souhaitent vivre, à leurs espoirs et à leurs attentes. Si hommes et femmes sont des compagnons égaux et différents, il est utile pour les couples qui espèrent s’inscrire dans la durée d’ aborder la question du dialogue et de la sexualité, réflexion conduite par un médecin-gynécologue ou sexologue, autant que d’être informés sur la législation du couple grâce à la participation d’un juriste. L’amour évolue tout au long de la vie du couple et connaît des crises de croissance qu’un conseiller conjugal peut parfois aider à surmonter. Evoquer ensemble ces moments qui font normalement partie de la vie aide à dédramatiser bien des craintes.
Et Dieu dans tout cela ? me direz-vous : la présence d’un pasteur lors de ces rencontres permet d’évoquer la place et le rôle de la foi au quotidien pour les couples.
Pour donner l’occasion d’une suite à ces sessions, nous organisons des week-end à thèmes pour les familles qui désirent approfondir leur réflexion. A l’heure actuelle, ces rencontres ont lieu à Neuwiller-les-Saverne , mais d’autres lieux peuvent être envisagés.

Coté formation, le Service de la pastorale familiale et conjugale veut être un lieu et un outil à destination des pasteurs et des responsables d’Eglises. En particulier nous éditons depuis 25 ans le livret de préparation au mariage « Vivre et Aimer avec la bénédiction de Dieu » qui offre une base de discussion et permet aux couples de bâtir avec leur pasteur le déroulement du culte de bénédiction de leur mariage.
Nous offrons également un lieu d’écoute pour des gens de tous horizons à travers des entretiens individuels ou conjoints, une consultation conjugale et une thérapie de couples à Strasbourg dans le cadre de l’Association Générale des Familles.
Enfin, la dernière mission fixée au Service de la Pastorale familiale et conjugale par les Eglises protestantes est d’être un lieu de réflexion et notamment de proposer des conférences débat en répondant aux invitations qui nous sont faites. Comme celle du groupe œcuménique de Thann. La Commission interdisciplinaire de la Pastorale conjugale et familiale se réunit régulièrement autour de questions d’actualités sociales et familiales.

Comment percevez-vous les mutations actuelles de la famille et quelles sont les questions que cela suscite ?
 La France compte 12,3 millions de couples mariés et 2,4 millions en union libre, 1 million de familles monoparentales, 700 000 familles recomposées et entre 30 000 et 35 000 couples homosexuels d’après la dernière étude de l’INED* sur la population française.
Nous pouvons nous-mêmes l’observer tous les jours, que ce soit dans nos relations professionnelles, dans nos propres familles ou dans celles de nos voisins ou amis : les structures familiales évoluent et les formes du vivre ensemble se diversifient. Il y a depuis le mois de novembre 1999 en France, trois statuts définissant les liens entre des personnes qui vivent ensemble : le mariage, le concubinage et le pacte civil e solidarité.
Les évolutions familiales sont fortement conditionnées par les divorces qui concernent près de 40% des couples et sont caractérisées par la multiplication des familles dites monoparentales et recomposées. Ces recompositions qui peuvent être humainement enrichissantes si elles se passent bien, sont souvent des facteurs d’insécurisation et de fragilisation des personnes, et plus particulièrement des enfants qui ont bien du mal à s’y repérer pour y construire leur généalogie, y vivre simplement leurs liens affectifs et y construire leur personnalité.
Trente années d’évolution centrée sur l’épanouissement des personnes (adultes !) ont généré une préoccupation majeure et urgente de notre société actuelle : Que devient l’enfant dans tout cela ? « L’enfant, en toutes circonstances, ne peut être que l’aboutissement d’un projet construit par ses parents, et doit être accueilli par la société dans les meilleures conditions possibles » a écrit il y a quelques années Henri LERIDON, rédacteur en chef de la revue Population.
Ce questionnement sur la famille, tout en concernant chacun, touche aussi plus particulièrement les Eglises qui sont confrontées à la fois à l’enfant au niveau de la catéchèse, et aux adultes avec leurs choix de vie : union libre, mariage, pacs, et leur situation (parentalité, divorce, remariage, familles recomposées), et les problèmes que cela peut leur poser… De plus ces évolutions posent à l’Eglise des question théologiques et ecclésiologiques que nous auront peut-être l’occasion d’aborder lors du débat.
 

*INED : Institut National d’Etudes Démographiques.

Propos recueillis par Anne TROSINO
 

Vers un nouveau cantique protestant francophone
Le «Groupe Recueil de Cantique» (GRC): pourquoi et comment ?
L’initiative était venue du pasteur Jacques STEWART, en 1990: lors d’un voyage en Suède comme président de la F.P.F, il avait eu entre les mains un recueil de cantiques commun à toutes les Églises chrétiennes du pays, catholiques compris! Il incite alors la Fédération Musique et Chant de la Réforme à entreprendre un travail de «normalisation» - tant pour les mélodies que pour les textes - afin d’aboutir à une base de données communes à toutes les églises de la F.P.F. D’abord limité à ce premier objectif, le travail rassemble peu à peu des délégués des Églises réformées de Suisse romande, puis de l’Église protestante unie de Belgique.
Le «Groupe Recueil de Cantique» était devenu représentatif d’une large francophonie protestante. En 2001 le groupe comptait 14 membres dont 6 musiciens professionnels et 9 pasteurs, paroliers et/ou musiciens. J.-L. WOLFENDER en assurait la présidence et le secrétariat.
Les premières réunions ne duraient qu’un jour, à Paris (1992-1995): elles furent peu productives. Entre 1995 et 2002, on se réunit 2 à 3 jours, plusieurs fois l’an, de façon efficace et décentralisée (à Alboussière en Ardèche, Charleroi, Genève, Strasbourg, Vevey, Volksberg en Alsace du Nord, Yvonand près de Neuchâtel) et une fois l’an à Paris.
En cas de problèmes hymnologiques complexes, il était fait appel à des experts.

Vers un nouveau recueil
À mesure de l’avancée des travaux se profilait, par-delà la simple base de données, la perspective d’un nouveau recueil. L’éditeur Réveil (Arc en Ciel) s’était chargé d’établir les maquettes de chaque chant - texte, mélodie, brefs repères historiques, stylistiques et liturgiques…
Les recueils existants commençaient à dater: en France, le plus ancien recueil F.P.F., Louange et Prière, 1938; Nos Cœurs te Chantent, 1979; Arc en Ciel, 1988; ainsi que des recueils, parfois plus récents, mais à diffusion plus restreinte: À Toi la Gloire (évangélique), 1988; Alléluia, Bénissez Dieu! (supplément Alsace à NCTC, 1988); Carillons ( Ecaal-Eral, enfants et jeunes), 1989; le Psautier français (mélodies et textes des 150 Psaumes + séries liturgiques sur les mêmes mélodies), 1995.
L’Ecaal avait édité un recueil bilingue en 1952, la même année que le recueil allemand EKG (Evangelisches Kirchengesangbuch); le nouveau recueil allemand E.G. (Evangelisches Gesangbuch) est paru en 1995, après plus de vingt ans de travail; l’édition régionale commune à l’Alsace et Moselle, au pays de Bade et au Palatinat, comporte un certain nombre de chants bilingues ou multilingues.
La Suisse Romande disposait de P.C.T.: Psaumes, Cantiques et Textes, 1976, et de Vitrail, recueil pour jeunes, 1992.
Quant à la Suisse alémanique réformée, elle publiait un nouveau recueil en 1998 (ERG, Evangelisch Reformiertes Gesangbuch).

Méthodes de travail
Pour donner au protestantisme de langue française une base de cantiques commune, on a utilisé les recueils de cantiques ci-dessus, en y ajoutant au besoin d’autres, tels que: Cantate Domino, Chœurs en Fête, Fiches catholiques, J’aime l'Éternel, Kumbaya, Praise the Lord, Rejoyce in the Lord, Taizé, Thuma Mina…
Le choix des cantiques se devait de tenir compte de toutes les sensibilités, traditionnelles (Psaumes, Chorals, cantiques du Réveil), ou récentes et ouvertes sur le monde (répertoires anglo-saxon, charismatique, sud-américain, Spirituals…), avec des spécificités diverses (enfants, jeunes, chants bibliques…).
Tous les textes ont été réexaminés par le GRC, et, mis à part ceux qu’il n’était pas souhaitable de modifier, ils ont été révisés, complétés, voire totalement réécrits par les paroliers (Henri KUNZLER, Marc BLANZAT...).
Sous l’impulsion de F. HUMBER, la Commission d'Hymnologie ECAAL-ERAL a pu rassembler de nouveaux chants d’origines variées, déjà utilisés dans les départements de l’Est; elle en a retravaillé les textes, notamment pour les traductions et les inédits, et les a transmis à l’éditeur Réveil.
Les mélodies sont autant que possible fidèles à l’original. Pour les Psaumes, la référence est le Psautier français (1995)  pour celles d’origine germaniques, le recueil EG (1995), pour celles d’origine anglo-saxonne, les membres anglais et américain du groupe ont effectué les recherches nécessaires.
Les dernières séances plénières du GRC ont eu lieu à Paris fin janvier 2002.

Poursuite du travail par groupes spécialisés
Le travail est à présent poursuivi par de petits groupes plus spécialisés.
Tous les chants seront présentés harmonisés (clavier et/ou chorale), sauf ceux dont le genre ne le réclame pas (par exemple certains chants avec guitare). Les membre du G.R.C. issus de notre région, et d’autres, y  seront associés. Certaines harmonisations de moindre qualité d’Arc en Ciel seront remplacées.
Une partie bilingue ou plurilingue sera constituée, à l’instar de l’EG qui comporte 40 cantiques de ce type; ils répondront à des besoins qui ne sont pas ceux de la seule Alsace et Moselle; cette partie tiendra compte:
- dans l’est de la France, de l’apport allemand et suisse alémanique,
- dans les régions touristiques de France, du néerlandais et de l’allemand (au sud, plutôt), ainsi que de l’anglais (géographiquement, à l’ouest surtout, mais aussi comme langue de chants «jeunes»),
- dans toutes les villes à rayonnement international (Paris, Strasbourg, Toulouse,…) de la présence de toutes ces langues à la fois.
Au vu des propositions bilingues et multilingues qui seront avancées, les paroisses ECAAL-ERAL pourront être consultées sur la nécessité de disposer de plus de chants en français et en allemand. La liste provisoire compte environ 100 chants plurilingues, français/allemand pour une grande partie, mais aussi en anglais, néerlandais, italien, espagnol...

La partie liturgique est encore à mettre définitivement au point: l’offre devrait être suffisante pour n’avoir plus besoin de faire appel aux strophes de cantique comme chants spontanés; on y trouvera, à côté de grands classiques du genre, de nombreuses nouveautés, dont une série complète de chants liturgiques de R. TRUNK, ainsi qu’une série, en canon, de F. HUMBER (il est difficile de citer tous les paroliers et compositeurs concernés par le futur recueil. Citons néanmoins, d’Alsace et de Moselle et au risque d’en oublier d’autres, J.L. DECKER, J.J. DELORME, Y. KELER, G. PFALZGRAF…)
Enfin, à l’instar d’Arc-en-ciel, le futur recueil sera enrichi de textes pour le culte, pour la prière quotidienne, etc. Un groupe est actuellement à l’œuvre sur ce sujet.

Grandes lignes du futur recueil; sortie prévue en 2004
La base de données du GRC comporte environ 500 chants, correspondant à 414 mélodies. Sans entrer dans le détail du classement, notons qu’un peu moins du tiers date d’avant 1600 (Psaumes compris), et un peu plus du tiers est quasi contemporain (1950 à nos jours). L’éditeur se réserve la liberté d’y ajouter de ses propres choix, toujours dans l’esprit d’ouverture d’Arc en Ciel. Ce recueil sera plus riche qu’Arc en Ciel et que des productions comme NCTC, ou le petit recueil œcuménique «Ensembl» (2002), qui comptent chacune autour de 300 numéros.
D’après l’avant-projet communiqué au GRC par l’éditeur, le nouveau recueil, après les Psaumes et cantiques bibliques, comportera une partie «Célébrations» en 10 sections: Ouverture / Louange / Réconciliation, Conversion / Action de grâces / Accueil de la Parole / Confession de la foi / Prière / Baptême / Cène / Envoi.
La troisième partie, Liturgie, regroupera les répons, selon un ordre voisin de la partie précédente. Elle comportera quelques suites liturgiques.
En 4e partie, l’Année chrétienne: Avent / Noël / Passion (Semaine sainte) / Pâque / Pentecôte / L’Église, sa mission, son unité.
La 5e partie, Vivre en Christ détaillera les thèmes de la Confiance / de l’Espérance / du Service / les Heures et les Jours / et les divers.
Une 6e partie concernera plus particulièrement la «jeune Église».
Nous ne pouvons pas offrir, comme firent les Églises allemandes avant la sortie de l’E.G., un Vorentwurf, une espèce de brouillon comportant plus de 800 numéros et tiré à des milliers d’exemplaires. Il faudra encore attendre un peu. En principe, on pourra disposera du  recueil définitif au cours de l’an 2004. Quel nom portera-t-il? Quelqu’un aurait- il une idée à ce sujet?
En attendant, par divers biais - pastorales consistoriales, fêtes, articles divers - on aura pu évoquer un peu de ce que sera le nouveau recueil: un recueil pour tous, un recueil à la fois riche et pratique, pour chanter et prier Dieu.

Frédéric HUMBER, pasteur
 Président de la Commission d'Hymnologie ECAAL –ERAL
 

Le recueil œcuménique «Ensemble»
 
Placé sous les auspices du Conseil d’Eglises chrétiennes de France, «Ensemble» vient de paraître, coédité par Réveil et Bayard-Presse. Il comporte, comme NCTC par exemple, 300 chants. S’ajoute, après chaque chapitre de chants, une intéressante partie de textes et prières. Le tout reflète l’œcuménisme du C.C.F. et fait intervenir les diverses traditions: catholique en majeure partie, mais aussi protestante, anglicane, évangélique, orthodoxe, arménienne…
Ce n'est pas un recueil catholique, les fidèles y chercheraient vainement des standards comme «Le Seigneur nous a aimés, Trouver dans ma vie ta présence, Seigneur, tu cherches tes enfants…»; les paroisses catholiques attendront donc les «nouveaux chants notés pour les Assemblées».
Ce n'est pas non plus un recueil pour les paroisses protestantes - comment célébrer Noël dans nos églises sans les beaux chants de Ch. DOMBRE ou des chorals comme «Des cieux vers nous, Devant ta crèche, L’enfant est né à Bethléhem…»?
C'est encore moins un recueil pour l’Alsace et la Moselle: dans le protestantisme luthéro-réformé régional, qui dépasse largement les 300 000 personnes, ne trouverait-on que 2 paroliers et 2 musiciens? On reste songeur!
Mais ne cherchons pas querelle à «Ensemble» pour ce qu’il n'est pas; l’introduction le note d’ailleurs: «ce recueil a bénéficié des travaux entrepris sur le plan confessionnel, qu’il s’agisse de la préparation du nouveau manuel catholique… ou du nouveau répertoire de chants préparé sous les auspices de la Fédération protestante». Il a utilisé le matériel préparé pour le futur Arc-en-ciel (voir l’article «Vers un nouveau recueil protestant» paru dans le numéro de septembre). Il ne prétend pas se substituer à lui!
Qu’est donc «Ensemble»? La préface, cosignée par Mgr JEREMIE, le Cardinal BILLE et le pasteur de CLERMONT, le suggère: c'est un recueil au service de rencontres œcuméniques de tous ordres (groupes, célébrations et événements familiaux réunissant plusieurs confessions); c'est aussi un recueil contenant de très beaux textes et, pour les chorales qui souhaitent enrichir leur répertoire, des cantiques accessibles dont la plupart sont de fort bonne qualité.
 

Frédéric HUMBER



Le Dossier
La religion à l'école

LA RELIGION À L'ECOLE

 
L'école ne peut plus faire semblant d'ignorer l'existence du fait religieux: comment dépasser le tabou et vivre une laïcité ouverte dans les lycées et collèges?
Entretien avec Isabeau BEIGBEDER, Directrice adjointe de l'IUFM de l'Académie de Versailles, chargée de la formation initiale et continue des professeurs de lycée et collège, vice-présidente de la Fédération protestante de France et membre du Conseil scolaire de la FPF.

- Y a-t-il un retour du religieux?
- De la pratique en tous cas; on ne peut savoir si cela correspond à une spiritualité.Mais c'est le fait des jeunes musulmans: ce ne sont pas les chrétiens qui affichent le fondement religieux de leur comportement. Le ramadan est devenue une période difficile à vivre, surtout cette année, juste après les attentats du 11 septembre. Les élèves, de plus en plus jeunes prennent des attitudes religieuses qui traduisent une recherche d'identification à leurs origines.
Des questions très concrètes se posent alors aux équipes éducatives: faut il maintenir les emplois du temps? ou interrompre les cours pour permettre à certains de participer à la rupture du jeûne? ou donner autorisation à ceux qui demandent et rien à ceux qui ne demandent pas?
Le souci de ne pas léser les élèves dans leurs études permet-il de répondre à des souhaits qui peuvent paraître légitimes? Il y a bien
longtemps que des absences étaient admises au moment des premières
communions catholiques! (2) D'ailleurs, depuis une dizaine d'années le Bulletin Officiel de l'Éducation Nationale publie annuellement les dates d'absence acceptable pour raison religieuse: Yom kippour, AÏd el kébir, fête des chrétiens arméniens,...

- La laïcité a donc évolué?
- Oui. De toutes façons, au moment du ramadan, les jeunes de toutes couleurs en parlent librement y compris à l'école. Il faut qu'ils puissent en parler aussi avec des adultes. Il est important de les aider à repérer la différence entre "ce que je sais", "ce que je crois", et "ce que j'espère",... c'est à dire les bases de la formation intellectuelle.
La mission de l'enseignant, au-delà de la transmission des connaissances, est aussi d'éduquer et de contribuer à l'insertion sociale et professionnelle des jeunes. Mais, contrairement aux instituteurs, les professeurs de collèges et lycées sont souvent plus passionnés par leur discipline que par l'éducation. La philosophie de la laïcité et le fait religieux doivent faire partie de la formation à l'aspect éducatif du métier. Les religions sont déjà aux programmes d'histoire. Ce qui serait nouveau c'est de l'introduire dans la formation des enseignants en lettres, langues, philosophie, arts, musique, ... sans oublier les scientifiques et les filières techniques.

- Pourquoi les scientifiques?
- La science est une conquête permanente de la raison sur des interprétations irrationnelles, mythologiques, idéologiques. Un professeur de sciences naturelles qui parle de la vie et de son évolution, doit être armé intellectuellement et culturellement pour répondre aux questions des élèves. La connaissance des faits religieux permet aussi une approche critique des phénomènes sectaires.

- Peut-on parler d'inculture religieuse?
- Oui, l'inculture des enseignants a fait des ravages. Les phénomènes religieux contribuent à structurer la vie sociale, on ne peut donc pas les ignorer. On aborde bien sans états d'âme les rites druidiques, les mythologies grecque, romaine, égyptienne,...
Mais il y a en France une grande frilosité: dans la culture catholique dominante, la religion est réservée aux théologiens. Les protestants sont moins timides. R. DEBRAY écrit qu'il faut passer d'une laïcité d'incompétence à une laïcité d'intelligence. Il est important que ces question soient abordées, et dans l'Académie de Versailles nous nous y employons.

 (1) Ce n'est pas nouveau: déjà en 1988 un rapport avait été demandé au recteur JOUTARD (de Besançon) sur l'enseignement de l'histoire des religions.
(2) Les protestants n'ont jamais revendiqué une place pour la religion dans le calendrier civil

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L'ENSEIGNEMENT DU FAIT RELIGIEUX DANS L'ÉCOLE LAÏQUE
 
Après le constat de l'inculture religieuse des jeunes générations et de l'impossibilité actuelle des églises et des familles à y remédier, il est de plus en plus admis, étant donné l'importance inéluctable du "fait religieux" dans toute civilisation, que c'est à l'école d'en assurer l'enseignement.
Le rapport de R. DEBRAY est, à ce jour, le dernier jalon d'une réflexion, longue déjà d'une vingtaine d'années. par Francette PELCÉ

On attend de l'enseignement du "fait religieux" à la fois qu'il permette à tous de jouir de notre patrimoine culturel, qu'il favorise la solidarité civique par une meilleure connaissance de l'autre et "". Mais pour Régis DEBRAY, l'inculture religieuse n'est qu'un élément de l'inculture générale des jeunes, soumis au couple consommation-communication. Cependant, sans doute, précise l'auteur, plus que d'une "inculture", s'agit-il d'une "autre culture". Or celle-ci, en donnant, grâce aux nouvelles technologies, "la priorité à l'espace sur le temps et à l'immédiat sur la durée", a rompu un équilibre. Il nous faut donc revenir à un mode de pensée qui sache déceler sous un événement actuel ses fondements lointains. Les élèves pourront alors "faire retour, mais en connaissance de cause, au monde d'aujourd'hui". Les professeurs des matières littéraires et artistiques seront les premiers en charge de cet enseignement.

Résistances
Sous un apparent consensus se dissimulent, en fait, bien des résistances. Du côté laïc, on redoute et la pénétration d'un prosélytisme masqué et la mise à vif de sensibilités antagonistes. Du côté croyant, on craint que ne soient vidés de leur âme des faits qu'a suscités une ferveur croyante. À ces craintes l'auteur oppose que "l'enseignement du religieux n'est pas un enseignement religieux". Les "laïcs" doivent ne pas confondre catéchèse et information, reconnaître aussi que le religieux fait partie de l'univers symbolique au même titre que la philosophie ou l'art. Négliger l'étude du "fait religieux" c'est, dans ce monde à références surtout technologiques et économiques, permettre la formation et l'irruption d'obscurantismes non maîtrisés par une "intelligence réflexive et critique".
L'auteur rappelle aux "croyants" que "l'approche objectivante et l'approche confessante" ne se font pas concurrence "pourvu qu'elles puissent coexister", qu'il faut, d'autre part, distinguer "le religieux comme objet de culture" et "le religieux comme objet de culte", enfin, que la laïcité n'est concernée que par les marques tangibles des diverses croyances sur le monde, l'expérience religieuse demeurant du domaine de l'intime. Les enseignants devront, alliant "proximité compréhensive et distance critique", "informer des faits pour en élaborer les significations".

Contraintes
"L'enseignement du fait religieux" ne sera, en aucun cas, considéré comme une discipline à part. Transversal à plusieurs disciplines, il prendra place dans l'enseignement de celles-ci. Cette exigence sera source de contraintes évidentes et, d'abord, de formation des enseignants. Cette formation exigera le rapprochement de la recherche universitaire et de la transmission scolaire.
L'auteur conclut: "organiser en réseau l'archipel national des sciences des religions; désenclaver la recherche pour lui permettre d'essaimer au dehors; et ouvrir le monde enseignant à une formation professionnelle de qualité; ces trois moments n'en font qu'un, car ils se conditionnent l'un l'autre".

Laïcité
Le lecteur aurait attendu, à la suite de ces principes généraux, l'exposé des propositions concrètes. Or, c'est à une réflexion sur la laïcité que se livre maintenant l'auteur.
Il y a deux siècles, la laïcité se dressait, combattante, contre une église catholique hégémonique. Aujourd'hui, le contexte a changé et on peut affirmer que "la laïcité n'est pas une option spirituelle parmi d'autres, elle est ce qui rend possible leur existence". Il devient donc logique de "ne pas séparer principe de laïcité et étude du religieux". C'est pourquoi, sûre d'elle-même, l'école laïque doit lutter contre l'inculture religieuse, contribuant ainsi à "désamorcer les divers intégrismes". Notre principe de laïcité, inscrit dans la Constitution, ne pourrait-il même, les pays voisins ayant en la matière des statuts variés et parfois peu clairs, devenir, après étude, norme européenne? On est peut-être en droit de penser que ce chapitre, qui fait ici irruption, plein d'un enthousiasme parfois quasi lyrique, est porteur de l'essentiel de la pensée de son auteur: la foi dans une laïcité, si consciente de ses valeurs qu'elle peut contribuer à la reviviscence de toute culture, fut-elle même religieuse.

Formation
On pourra lire dans le rapport lui-même, paru maintenant en librairie, le détail des "recommandations" concrètes de l'auteur. L'essentiel concerne la formation des enseignants. Il s'agirait d'une formation "par paliers et relais". La section des sciences religieuses de l'École Pratique des Hautes Études serait tête de réseau, et même, éventuellement, "fer de lance" d'un Institut européen en Sciences des religions. Au centre du réseau, les IUFM, lieux de formation des enseignants; et un bref stage annuel pour les inspecteurs généraux accompagnés de quelques formateurs d'IUFM. Tout au long du réseau se croiseraient demandes et propositions de stages et de documentation en vue du travail avec les élèves. L'auteur estime ses propositions "modestes ". Il se peut, cependant, qu'elles apparaissent quelque peu ambitieuses à certains.
"Il nous faut cheminer, conclut l'auteur, dans le climat du moment, entre le trop et le trop peu".
Ce rapport, riche de réflexions et suggestions, suscitera cependant sans doute bien des débats contradictoires. Mais, que faut-il entendre, véritablement, par fait religieux? L'auteur tourne autour du terme, ne précisant jamais le sens de cette notion qui peut recouvrir de façon disparate des réalités multiples. L'élaboration des programmes de formation et d'enseignement imposera, sans doute, la nécessité de mieux en cerner le contenu.

… Rapport de Régis DEBRAY au ministre de l'Éducation nationale: "
L'enseignement du fait religieux dans l'école laïque ". (Février 2002)
… -------------------------

Quelques livres simples, en rapport avec le thème.

Collectif sous la direction de Danielle Hervieu-Léger: la religion au lycée
(conférences au lycée Buffon 1989-1990.  Edition du Cerf 1990.

D. Fouilloux et coll. Dictionnaire culturel de la bible.  Cerf-Nathan 1990

N. Lemaître et coll.   Dictionnaire du christianisme   Cerf-Nathan 1994

J. P. Hammel, M. Ladrière: Héritages (la culture occidentale dans ses racines religieuses   Hatier 1991.

G. Boulade et coll. Pour lire les textes bibliques (collèges et lycées) CRDP de l'Académie de Créteil 1998

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ET LES PROFESSEURS?
Donner cohérence à une question qui préoccupe l'éducation nationale depuis de nombreuses années; espoir d'une éducation qui fasse découvrir aux individus, la dimension de l'autre. par Janine KOHLER

Depuis une quinzaine d'années maintenant, l'Éducation nationale se préoccupe de cette question. Elle a successivement parlé de religions à l'école, d'histoire des religions, de culture religieuse. Aujourd'hui, elle retient l'expression de fait religieux. Cette difficulté à nommer ce dont il s'agit montre que plusieurs étapes ont déjà été franchies. Dans son rapport, Régis DEBRAY donne cohérence à de nombreuses initiatives dispersées; il les insère dans une perspective à long terme et les rassemble pour créer une dynamique.

D'abord l'université
L'université fut la première à mettre en place des formations de culture religieuse pour pallier, dans l'urgence, les ignorances des étudiants. Les missions académiques ont suivi pour les professeurs du secondaire, leur offrant chaque année 3 journées consacrées à l'étude des religions. Puis, les centres de recherche pédagogique se sont mis à élaborer des documents à l'usage des enseignants. Ainsi, sous l'impulsion du Recteur JOUTARD, le centre de Besançon fit paraître en 1990 son ouvrage "La Genèse du christianisme". Aujourd'hui 13 volumes sont sortis. En 1997, le centre de Créteil publiait "Pour lire les textes bibliques, collège et lycée". Les Instituts universitaires de formation des maîtres proposent également des formations à leurs étudiants. Professeurs et chercheurs s'y côtoient pour répondre aux questions des futurs enseignants qui, souvent, apparaissent plutôt curieux et bienveillants.

Une lecture culturelle
Les faits religieux ont toujours fait partie des programmes, Dans les années 90, des circulaires en signalent l'importance; en 96, ils sont précisés et modifiés. Puis, ce sont les textes fondateurs, la Bible et le Coran en particulier, qui sont introduits dans les manuels scolaires. Les questions se posent alors avec acuité: comment, en classe, lire des textes habituellement lus dans une communauté croyante? Comment faire une lecture littéraire et culturelle d'un texte de foi?

Armer les professeurs
Le rapport DEBRAY apporte sa caution intellectuelle à cette approche laïque du fait religieux qu'il rend légitime et indispensable. Dans son brillant ouvrage "Dieu, un itinéraire", il montre que les religions sont des faits de culture nécessaires à l'intelligibilité du monde. Elles nourrissent l'imaginaire et offrent aux humains les grandes significations symboliques dont ils ont besoin pour vivre. Comme 30 % environ des élèves suivent un catéchisme, c'est à l'école d'offrir à toutes cette dimension de notre culture. Régis DEBRAY rappelle avec clarté qu'il s'agit d'approches transversales et non d'une discipline nouvelle, que l'enseignement du religieux n'est pas l'enseignement religieux. Le professeur reste le référent. Il faut donc l'armer intellectuellement et professionnellement. En effet, parler d'une religion vécue de l'intérieur par certains élèves requiert culture, respect, sensibilité. Enfin, le rapport souligne que la France n'est pas démunie en spécialistes des sciences religieuses susceptibles de répondre à ces demandes de formation, la 5ème section de l'École pratique des hautes études existant depuis 1886!
La perte de culture religieuse s'inscrit dans la disparition progressive des humanités grecques et latines. Peut-être nous apparaît-elle encore plus grave quand nous découvrons, tout à coup, à quel point certains de nos élèves ne sont reliés à rien ni à personne. Dans cette remise en valeur du fait religieux, se cache aussi l'espoir d'une éducation plus complète qui fasse découvrir aux individus la dimension d'autrui et leur place dans une culture.

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DIFFICILE MISSION
Très clair dans son contenu et dans son architecture administrative, les effets de ce rapport – si effets il y a – ont toute chance d’être infinitésimaux sur les mentalités. Sauf à croire que l’école peut encore être ce qu’elle a été au temps de Jules FERRY.

Pas de miracle à attendre d’une éventuelle mise en œuvre de ce rapport. Un miracle, ce serait d’ailleurs le comble pour un texte laïque! Texte clair dans ses constats: les références élémentaires en histoire des religions n’existent presque plus. À supposer que l’école laïque veuille continuer à transmettre un savoir en histoire, en littérature, en philosophie, en histoire de l’art, elle devra fournir davantage de clés pour comprendre l’histoire des faits religieux.

Tout de même: nombre de professeurs n’ont pas attendu que LANG, et DEBRAY signalent le désastre, pour s’efforcer de le conjurer! Reste que l’idée même d’un enseignement du religieux suscite toujours des peurs. Deux conceptions de la laïcité coexistent, en France, depuis le XIX° siècle. Pour l’une, la véritable laïcité conduit à l’agnosticisme, voire à l’athéisme. L’instituteur exerce alors une cléricature profane, si je puis dire. Pour l’autre, la laïcité signifie l’admission de toutes les confessions, et le refus d’en privilégier aucune. Le refus surtout, de fonder une école républicaine sur d’autres bases que celles d’un accord procédant d’une raison présente en tout être humain.

Bien des maîtres ont oscillé entre ces deux compréhensions. L’école actuelle admet davantage la seconde. En revanche l’opinion reste façonnée par la première. La mythologie de “la” science omnipotente et rédemptrice, garante du salut du monde par le progrès, suinte des publicités et des media les plus écoutés Or, la disproportion est totale entre l’école et la télévision, entre un cours et un magazine. Très bien de parler à nouveau de laïcité. Mais chaque heure de cours se trouve anéantie par la première crétinerie de service. Quand l’hebdomadaire Le Point titre en couverture “ Juifs et Arabes, le conflit ” j’ai le sentiment d’avoir perdu ma salive à expliquer qu’un juif peut s’opposer au sionisme, et qu’un arabe chrétien, ça existe! Surtout la laïcité exige de parier sur une raison commune. Elle appelle à se défier de sa réactivité première. Je crains qu’elle n’aille aux antipodes de l’esprit du temps. Cet esprit, qui le façonne? L’école? non, mais l’effort conjugué et convergent des propagandes d’état et des puissances financières. David a bien vaincu Goliath? Oui. Mais il y avait Dieu. Et là, nous sortons du cadre laïque!

Jean – Marie GOBERT, professeur de philosophie

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UNE DYNAMIQUE EN CONTINU
ANNE-MARIE BOYER
secrétaire générale de la Fédération Protestante de l’Enseignement

On sait que les Églises dans leur ensemble avaient été peu consultées pour la réalisation du Rapport DEBRAY. Mais le jour où Jack LANG remettait ce rapport aux responsables religieux (12 mars), Jean-Arnold de Clermont, président de la FPF, donnait au ministre un dossier préparé par les protestants. Dans ce dossier, trois points de vue: celui des Églises d’Alsace où l’enseignement religieux est obligatoire dans le cadre du statut scolaire local, celui du collège protestant Lucie Berger de Strasbourg et celui de la Fédération Protestante de l’Enseignement. Anne-Marie BOYER est le co-auteur de la troisième partie.

"Si la Fédération Protestante de l’Enseignement réfléchit depuis longtemps sur l’enseignement du fait religieux", dit Anne-Marie BOYER, "les milieux laïcs se posent les mêmes questions, qu’il s’agisse de la Ligue de l’Enseignement, de l’Association Religions-Laïcité-Citoyenneté… ». Comment parle-t-on de la Bible à des classes d’enfants très divers? Comment des professeurs peuvent-ils l’enseigner sans avoir appris à le faire? C’est à la suite du rapport du recteur JOUTARD de 1989 que la dynamique s’est créée. Après un colloque en 92, l’équipe du CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) de Besançon a établi des fiches pour enseigner l’histoire des religions; plus récemment, des fiches intitulées Pour lire les textes bibliques - collège et lycée ont été éditées par le CRDP de Créteil, toujours à l’intention des enseignants *.
Dans l’Éducation nationale même, le fait religieux figure déjà dans les programmes de 6ème pour la connaissance des textes bibliques et de seconde avec un module portant, par exemple, sur la naissance du christianisme. Le problème est que les professeurs ne sont pas prêts et c’est un des points où le rapport DEBRAY apporte une solution en prévoyant la formation des formateurs à différents niveaux.
 Ce qui me paraît très intéressant dans ce rapport, c’est que cet enseignement doit permettre à l’enfant une réflexion sur le sens de ce qu’il vit et de ce que vivent ceux qui pratiquent une religion différente de la sienne. La proposition d’un enseignement transversal est tout à fait valable: le religieux, le culturel, la recherche du sens de la vie viennent se rejoindre à travers les différentes matières. Au collège, les itinéraires de découvertes sont obligatoires à partir de la 5ème dès cette rentrée 2002. L’enseignement des faits religieux peut y trouver une place: par exemple, le thème de la Fête permet d’aborder les différentes fêtes suivant les cultures, leurs rites, leur signification et leur rapprochement – par exemple, Noël et les fêtes païennes du solstice, les fêtes de la lumière... C’est beaucoup plus vivant pour les enfants qu’un cours traditionnel mais cela suppose des connaissances et une rigueur de réflexion.
 J’ai remarqué que dans le brassage des origines et des confessions qu’on trouve dans les classes, les réactions négatives à l’enseignement des faits religieux viennent parfois des parents laïcs mais aussi de personnes ayant une lecture littérale des textes bibliques. Il faut donc que le professeur soit préparé. Par exemple, il faudra bien dire que les récits de la création ne répondent pas au « Comment la terre a-t-elle été créée? » mais au « Pourquoi? ». De même il sera difficile de dire qu’Abraham est un personnage historique, mais intéressant de poser la question: « De quelles vérités est-il toujours porteur? »
Il n’y a pas de raison de penser qu’un changement politique puisse inverser la tendance à enseigner le fait religieux dans l’esprit maintenant bien défini: il y a un tel consensus qu’on ira de l’avant, dans le même sens. Reste la formation des formateurs, qui va demander quelques années.
Propos recueillis par Elisabeth Hausser

 * La Fédération Protestante de l’Enseignement avait participé avec les EARB à l’élaboration de ces fiches.

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LA CULTURE RELIGIEUSE? UNE CHANCE POUR L'ÉCOLE LAÏQUE
 
Pour Daniel CASSOU, pasteur et permanent à la S.E.D (société d’éditions et de diffusions de matériel catéchétique) le rapport de Régis DEBRAY est une proposition d’orientation pour remédier à l’inculture religieuse en France.

L’originalité du rapport Régis DEBRAY est de proposer l’étude des faits religieux par une démarche transversale et interdisciplinaire. “Le but n’est pas de remettre Dieu à l’école ” par la création de cours spécifique, mais de pointer la richesse de l’héritage judéo-chrétien dans notre civilisation et d’appréhender les religions du monde aujourd’hui dans la construction des savoirs et des mentalités.
Régis Debray, auteur du rapportL’auteur prend acte de la tension entre “ une culture de l’extension ” et “ une culture de mémoire ” qui privilégie l’espace sur le temps, l’immédiat sur la durée. Ce que nous nommons être de l’inculture est l’expression d’une autre culture, celle du surf sur internet et du zapping en audio-visuel dans laquelle les jeunes sont immergés.
L’étude des religions à l’école implique tout à la fois une stratégie de prudence et d’audace; prudence pour éviter l’introduction d’une catéchèse scolaire et donc confessante qui s’opposerait à l’esprit laïque français; audace pour redéfinir les modalités d’une laïcité intelligente qui étudie les faits religieux, sans complexe. Ainsi l’approche “ objectivante ” de l’éducation nationale et une approche confessante des Églises ne se font pas concurrence pourvu que les deux puissent exister et prospérer simultanément dans leurs domaines respectifs. “ On aurait tort de croire que la demande de culture religieuse est une demande de religion ”.
Maurice BAUMANN2 rappelait que le protestantisme historique est à l’origine, un des grands promoteurs de l’enseignement laïc ouvert à tous. Cette laïcité ouverte où l’élève y est considérée comme un partenaire dont la capacité à poser des questions doit prévaloir sur celle de réciter des réponses. L’étude des faits religieux permettrait de créer de nouvelles synergies entre les matières et susciter un l’intérêt renouvelé dans l’acquisition des connaissances auprès des jeunes.
La catéchèse paroissiale pourrait aussi bénéficier de cette approche éducative de culture religieuse à l’école, car si la culture biblique n’est pas un préalable à la foi, les trois convictions d’une catéchèse réformée3 apparaîtraient avec plus de pertinence:
- Offrir un parcours existentiel qui vise une rencontre, toujours renouvelée de Dieu et de Jésus-Christ.
- Être en dialogue avec les textes bibliques et maintenir présentes les grandes questions sur le sens de la vie et de l’avenir de l’humanité.
- Conduire à l’autonomie de la personne humaine c’est-à-dire la liberté de croire, de penser d’agir de juger sur la base de la gratuité du salut.

Devant le risque de “ bricoler ” sa propre religion, ces apports de culture religieuse impliqueraient aussi une perception plus fine des religions dans le monde, pour éviter des amalgames réducteurs. Dans ce sens la collaboration entre Enbiro (ENseignement BIblique ROmand) et la plate-forme interreligieuse à Genève produit depuis 7 ans un matériel de culture religieuse, initialement destiné pour les établissements scolaires, cette collection trouve aussi un bon accueil dans les groupes de catéchèse et les associations culturelles. Ce rapport de Régis DEBRAY trouvera-t-il un écho au-delà des changements politiques? Il serait regrettable que ce rapport reste un vœu pieux pour le ministère de l’éducation nationale…

Daniel CASSOU

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