novembre 2002
"L'Étranger"
Éditorial, L'Europe et ses étrangers, Didier Weil
Méditation
"Lève-toi et tiens-toi debout au milieu", Luc 6/8, Thierry MuhlbachLes articles
Le renouveau de la librairie Oberlin, Luc Widmaier
Albert Schweitzer toujours d'actualité, Roland Kauffmann
Où sont nos frontières?
L’exil : une invitation au voyage ! Jean-Pierre CavaliéUn exemple d’initiative régionale… “ Réseau Régional Réfugiés ” en région PACA Jean-Pierre Cavalié délégué régional Cimade en PACA
Les actions qui redonnent espoir
L’asile fondateur et fondement de la foi Richard Bennahmias
Quelques dates concernant l’asile…
France : Terre d'asile ? L'Association d'Accueil des Demandeurs d'Asile à Mulhouse Marguerite CHRISTOPHE, bénévole de l'association
L’Europe et ses étrangersIl y a plus de dix ans, quand il fut décidé de supprimer les frontières intérieures de l’Europe, les quinze cherchèrent à élaborer une politique commune de l’immigration et du droit d’asile.
Lorsque le bloc communiste s’est effondré, par peur de l’arrivée massive des gens de l’Est, les Etats de l’Europe occidentale ont pris de multiples mesures pour décourager les candidats supposés à l’immigration.
L’inquiétude des scores électoraux de l’extrême droite et de la droite populiste, en France, au Danemark, aux Pays-Bas, conduit les Etats européens, à apporter des réponses rapides aux peurs irraisonnées des électeurs.L’égoïsme des Etats n’est plus à démontrer. Alors que l’Europe a créé le HCR et inventé la Convention de Genève pour la protection des réfugiés (1951), elle a tendance à se fermer : en mettant en prison les demandeurs d’asile (Grande-Bretagne), en inventant les “ Zones d’attentes, considérées hors territoire national où les lois constitutionnelles ne sont pas applicables ” (France), en demandant aux étrangers “ extra communautaires ” de fournir leurs empreintes digitales (Italie)…
L’intérêt du pays d’accueil prime sur celui des personnes amenées, à quitter leur pays pour des raisons politiques, les réfugiés, ou des raisons économiques, les immigrés. Le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, le disait enfin clairement le 7 septembre : Il y a deux catégories d’étrangers, ceux dont nous avons besoin et les autres qui ont vocation à quitter le territoire, c’est disait-il une politique conforme aux intérêts de la France.
Tout ce qui est mis en place en vue de l’harmonisation des législations en 2004 apportera-t-il des solutions vraies ? Tant que ne seront pas pris en compte l’économique et le social on peut en douter. Car, on le sait si on renvoyait les étrangers clandestins des pans entiers de l’économie s’effondreraient, et cela aucun des pays de l’Europe ne peut l’envisager.Didier Weil
Méditation
"Lève-toi
et tiens-toi debout au milieu", Luc 6/8, Thierry Muhlbach
Mot d'ordre de la seconde Assemblée Générale de la CEVAA, qui se tient à Porto Novo au Bénin début novembre 2002.RETOURNER SES MAINS ET SON EGLISE.
Voici l'histoire d'un musicien bien particulier. Chaque jour, aux mêmes heures, il prend son violoncelle à une seule corde, s'équipe de son archet et se met à jouer toujours la même note. Bientôt ses voisins et ses amis sont exaspérés. Un petit comité vient rencontrer le musicien pour lui suggérer de mettre trois autres cordes à son instrument. Avec tact les amis lui disent également de déplacer ses doigts le long du violoncelle. La réaction du musicien est brutale et ses paroles claquent comme un coup de fouet. "J'ai "!, dit-il," trouvé la seule note juste, je la joue, elle est véridique "! Très vite le musicien si sûr de lui se retrouve seul. Bien triste histoire n'est-ce-pas ?
Lorsque Jésus se trouve à la synagogue ce fameux jour de sabbat (Luc 6/6-11), il est confronté à des " musiciens " qui n'ont qu'une seule corde à leur instrument. Sous prétexte de respect de la Loi de Moïse et d'une certaine théologie étriquée, les scribes et les Pharisiens sont du coté de la condamnation et de la mort. Plutôt que de contribuer à la guérison d'un paralysé, ils laissent la fureur les gagner et le complot contre Jésus surgir. La façon d'agir de l'homme de Nazareth est pour moi très éclairante dans ce contexte.
Connaissant les raisonnements de ses adversaires, Jésus tout d'abord ne réagit que par le moyen d'une petite phrase. S'adressant à l'homme à la main recroquevillée, Jésus dit: "Lève-toi et tiens-toi debout là au milieu " ( Luc 6/8 ).
Jésus a devant lui un homme brisé, cassé, enfermé par la vie dans des paralysies qui le bloquent totalement. Du coup, il s'est comme sa main complètement retourné sur lui-même. Alors avec ce "Lève toi !", Jésus lui parle jusqu'aux profondeurs de sa vie, il parle à ses paralysies, il le tire de son enfermement, il le réveille ; il le res-su-scite !
Mais Jésus ne se contente pas de cela. Il poursuit et dit : "Tiens–toi debout ! ". Ce n'est pas tout de se lever, encore faut-il pouvoir se tenir debout et ne pas retomber à cause de ce qui écrase toujours.
Jésus s'adresse en fait à ces forces qui interdisent la guérison et la dignité un jour de sabbat. Ce qui est central pour Jésus, c'est l'homme qui tient debout et non les systèmes qui asservissent.
Puis Jésus ajoute à ce "Lève-toi et tiens-toi debout ",un "au milieu" comme pour rappeler à l'homme à la main retournée sa vocation d'être debout au milieu de ceux qui sont debout! On n'est pas libéré si on est tout seul. On est libéré quand on est au milieu ! Au milieu d'une communauté d'hommes et de femmes qui ressuscitent, qui se tiennent debout, et qui entre eux sont reliés par un sens commun de la liberté, de la dignité et de l'écoute de Jésus.Nos Églises et nos communautés chrétiennes ressemblent un peu à cet homme que Jésus interpelle. Elles ont la main retournée sur elles-mêmes, ne savent plus comment agir ou parler. En cinquante ans, notre Eral est passée de soixante mille membres à trente mille. Les essais pour rassurer et pour dire que tout va bien sont dérisoires.
Nous avons besoin de ré-entendre, de nous ré-approprier le "Lève-toi et tiens-toi debout au milieu " que Jésus prononce. Nous sommes attendus comme des ressources pour résister, pour se lever, pour croire, pour aimer. C'est à nous que revient le privilège de pro-noncer des mots d'évangile, le privilège de réconcilier, le privilège de faire lien dans ce monde qui a globalisé son économie ( et encore pas avec tous ) et détruit le lien social. Nous sommes attendus pour construire le lien, le dialogue, la collégialité. Nous sommes attendus pour réentendre et transmettre la foi en Jésus. Un Jésus qui s'adresse à nos paralysies, qui nous ordonne de nous lever, de nous tenir debout au milieu de nos contemporains.
L'enjeu premier qui se pose à nos Églises est bien celui de la capacité qu'elles vont avoir à discerner les endroits où elles sont paralysées et sclérosées. À partir de là elles sauront s'adresser à tout être humain. Celui qui est bafoué, dénigré ou méprisé. Celui qui cherche, qui doute et qui espère. Alors elles pourront construire un projet qui fondé sur Christ sera orienté vers le monde. Bien des Églises de la CEVAA se sont déjà attachées à cette tâche. Il est à souhaiter que d'autres Églises le fassent également, pour que les joueurs de violoncelle à une seule corde arrêtent de nous casser les oreilles.Notes.
Les scribes, en hébreu soferim, d'un verbe qui signifie compter, sont les spécialistes des lettres de la Bible et de la prononciation exacte de chacune de ses paroles. Héritiers d'Esdras qui a ramené les juifs de Babylone, ils sont chargés à l'époque de Jésus d'enseigner la loi orale et de promulguer des décrets conformes à la Torah de Moïse.
Les pharisiens, en hébreu perouchim, d'une racine qui signifie être séparé, sont l'un des quatre courants de pensée mentionnés par l'historien juif Josèphe, à côté des sadducéens, des esséniens et des zélotes. À la différence des Évangiles, Josèphe parle avec beaucoup d'appréciation de ces instructeurs du peuple, interprètes de la Torah qu'ils étudient avec passion. Les pharisiens sont les auteurs d'une jurisprudence pour règler la vie de la communauté dont les rabbins seront les héritiers après la destruction du Temple.
La synagogue, en hébreu bet knesset, maison de l'assemblée, apparaît à partir de l'exil comme lieu de prière et de rassemblement en dehors du Temple de Jérusalem, aussi bien en Israël qu'à l'étranger. Jésus ainsi que Paul ont souvent visités des synagogues pour y prendre la parole. Après la destruction du second Temple, la synagogue devient l'institution centrale du judaïsme où la prière remplace les sacrifices. Les prêtres cèdent alors la place aux rabbins pour un service de la parole dont le culte protestant s'est largement inspiré.
Sources : documents préparatoires à l'A.G de la Communauté Evangélique d'Action Apostolique. Dossier Animation biblique.
En juin dernier la Librairie Oberlin, véritable institution strasbourgeoise fondée en 1817 en hommage au pasteur Jean-Frédéric Oberlin, a déménagé pour s’installer sous les arcades de la rue de la Division Leclerc. Toujours située dans l’îlot central de Strasbourg, elle s’est donc quelque peu éloignée de la place Kleber, centre commercial névralgique de la ville, pour se rapprocher des institutions protestantes du quai Saint-Thomas. Ce changement symbolique de lieu a été l’occasion d’un recentrage sur les deux spécialités qui ont fait la renommée de la Librairie Oberlin bien au-delà de Strasbourg : les alsatiques et la théologie. Explications.La Librairie
Le nouveau magasin est chaleureux et accueillant, et il a plu d’emblée aux nombreux habitués de la maison. Tout est mis en œuvre en effet pour que la Librairie ne faillisse pas à sa vocation. Aussi, tout en présentant le plus large choix sur la place de livres d’auteurs alsaciens et de livres sur l’Alsace, et en organisant des manifestations de qualité autour de la culture régionale, la Librairie Oberlin affirme sans équivoque son identité protestante en développant les rayons théologiques dans la plus grande fidélité à sa vocation humaniste, ceci dans une perspective d’élargissement aux sciences humaines. On peut ainsi y trouver, plus qu’à l’ancien emplacement, outre un important rayon consacré au protestantisme et aux grandes figures de son histoire, un grand choix d’essais de spiritualité, des témoignages, de nombreux ouvrages sur les autres courants du christianisme et
sur les autres religions monothéistes, un très grand choix de Bible, un important rayon de livres de jeunesse et d’initiation à la religion, des livres de liturgie, d’exégèse et d’essais d’histoire, de sociologie et de philosophie des religions.
Vous l’aurez compris, la Librairie Oberlin tient bien à affirmer son statut reconquis de référence incontournable dans le monde du livre dans les deux spécialités qui sont les siennes.La maison d’édition
La Librairie Oberlin, c’est aussi et depuis toujours une maison d’édition. Cette double identité, de libraire et d’éditeur, en fait une institution unique à Strasbourg et en Alsace. S’il est vrai qu’il existe une certaine contradiction commerciale à mener de front les deux activités de libraire et d’éditeur, dans la mesure où nous provoquons sciemment la concurrence en proposant aux autres libraires de vendre les livres que nous éditons, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de deux activités idéalement complémentaires qui nous permettent d’occuper, l’une en aval et l’autre en amont, une position charnière dans le monde du livre. Il s’agit en effet d’une part d’organiser et de décider de la création du livre, et d’autre part d’en assurer la promotion et la commercialisation. C’est prendre une énorme responsabilité, de gros risques financiers, mais c’est également participer activement à l’enrichissement culturel et à l’évolution des idées et des mentalités. Le prochain titre à paraître, qui sortira mi-novembre, est d’ailleurs très attendu. Il s’agit d’un livre intitulé Eglises de Strasbourg, de Suzanne Braun pour les textes et Jacques Hampé pour les photographies. Ce sera le premier de cette envergure sur ce sujet et Victor Beyer, conservateur en chef honoraire du Musée du Louvre et du Musée de l’Oeuvre Notre-Dame, et auteur de la préface a écrit à son propos : « Il est certain qu’un ouvrage de cette ampleur a vocation à s’inscrire dans la série des ouvrages de référence. »
www.oberlin.fr
Dans une optique de communication et de recherche d’une nouvelle clientèle, la Librairie Oberlin a décidé de la création d’un site internet qui permettra de présenter à un large public la totalité du fond spécialisé en alsatiques et en théologie, et de l’informer sur les nouvelles parutions dans ces deux domaines. Ce site s’appellera www.oberlin.fr. Il sera mis en ligne au mois de novembre et sera hébergé par Wanadoo pro. Ce site est une version 1.0, c’est-à-dire une première version fonctionnelle. Elle sera corrigée en fonction des attentes du public, et rendue progressivement plus interactive. Le design du site sera volontairement sobre et clair pour permettre à l’utilisateur un chargement rapide de ses pages et lui en faciliter l’accès. Il s’organisera en huit rubriques :
- une présentation de la librairie avec photos et plans d’accès, ainsi qu’un bref historique,- un calendrier des animations organisées par la librairie.
- une section consacrée au rayon théologie avec présentation des nouveautés, un catalogue à consulter et à télécharger,
- une partie alsatiques sur le même principe,
- une rubrique Editions Oberlin qui présentera nos ouvrages avec photos des derniers titres, le catalogue complet des titres disponibles à consulter et à télécharger,
- un index de tous les livres en stock,
- un formulaire de commandes en ligne,
- un accès direct à la messagerie pour nous envoyer des e-mails,Il est également à noter que la Librairie et les Editions Oberlin seront présentes régulièrement sur les principaux salons du livre, de Colmar à Paris. Dans le cadre des salons, le travail que nous effectuons au sein de l’association Editeurs en Alsace, dont je suis secrétaire, permet aussi un repositionnement de nos Editions dans le paysage éditorial du Grand Est.
Parmi les autres mesures importantes, il faut mettre l’accent sur les nouvelles dynamiques qui se dégagent des rapports avec le monde protestant : Roland Kauffmann, nouveau responsable de la communication de nos Eglises, m’a proposé de venir présenter un livre chaque dimanche à la radio dans l’émission protestante de France Bleue, et Madame Breukink de l’Aumônerie Universitaire Protestante, elle aussi fraîchement arrivée à Strasbourg, nous a proposé de mettre en place avec elle un café-théologique public doit la première séance aura lieu en novembre.
On voit bien alors que les choses bougent, que les contacts s’établissent, que la communication a d’autant plus de chances d’être efficace qu’elle ne provient pas d’un repli sur soi mais d’un esprit de fédération.Pour conclure
A Strasbourg, comme partout ailleurs, la vente du livre a beaucoup évolué ces derniers temps. Outre la baisse sensible du marché, de plus en plus de grosses structures de vente de livres apparaissent qui mènent une politique de « grande surface du livre ». Ces structures sont toutes accoudées à de grosses puissances commerciales, et les librairies plus modestes s’en trouvent
malmenées. Peu de librairies à l’ancienne subsistent, où les caractères propres du métier, la qualité de l’accueil et du service, le choix éclairé des livres, la connaissance approfondie des domaines proposés, l’amour du livre en soi et la passion de la création, caractères qui font la valeur des métiers de libraire et d’éditeur, sont conservés. Ces valeurs, qui ont jadis fait la renommée d’Oberlin, nous nous engageons, la nouvelle équipe et moi-même, à les retrouver et à les défendre, fidèles en cela à l’humanisme de notre vocation.
Luc Widmaier
Directeur de la Librairie et des Editions Oberlin
Albert
SCHWEITZER toujours d'actualité
Trois ouvrages récents nourrissent la réflexion sur Albert SCHWEITZER et nous présentent, au-delà du théologien, le prédicateur assoiffé de vulgarisation de la foi, au sens le plus noble du terme qui est de rendre accessible simplement les choses les plus complexes.
Recensions par Roland KAUFFMANNLes jugements psychiatriques sur Jésus
C’est d’abord la publication à nouveaux frais de: «Albert SCHWEITZER, Les jugements psychiatriques sur Jésus. Examen et critique». Traduction, notes et introduction par Jean-Paul SORG. Éditions du Foyer de l’Âme, Paris 2001.
Après avoir contribué à démystifier la figure du Jésus historique, SCHWEITZER s’attache au contraire à souligner l’extraordinaire de la personne et du message du Christ dont ni la vie ni l’œuvre ne peuvent se résumer à ce qu’en pensaient les chercheurs de la psychiatrie positiviste alors naissante.
Rédigée en 1913, cette étude des théories psychiatrique pourrait paraître inutile. Qui plus est, aucun des prétendus spécialistes en question n’est passé à la postérité. Cependant il peut encore arriver aujourd’hui que l’on s’interroge sur la santé psychique de Jésus. Comment un homme sain d’esprit peut-il ainsi courir le risque d’être rejeté, mis à mort même, pour une idée aussi abstraite à-priori que le Royaume de Dieu?
C’est toute la question de l’engagement au nom d’une conviction qui s’impose à la personne! Ce qui peut paraître étrange, déraisonnable ou singulier ne doit pas être rabaissé comme étant anormal ou maladif. Telle est la thèse que SCHWEITZER défend à une époque où il était facile de dévaloriser tout ce qui ne rentrait pas dans la norme sociale. Si Jésus était «hors- norme», il n’en était pas pour autant «aliéné». En étudiant et en démontant pièce par pièce les grandes théories de l’époque, Albert SCHWEITZER trace le portrait à contre-jour de Jésus comme celui d’un homme toujours conséquent avec lui-même, quitte à risquer l’incompréhension de ses contemporains et de ses lecteurs actuels. Comment ne pas y voir une ressemblance avec le théologien qui à son tour aura fait le pari fou de construire un hôpital de brousse?
Les sermons de Lambaréné
Nous nous y retrouvons d’ailleurs avec: «Albert SCHWEITZER, Les sermons de Lambaréné». Études Schweitzeriennes n°10, revue de l’association française des amis d’Albert SCHWEITZER, 2002.
Ces sermons ont été rassemblés et commentés par Jean-Paul SORG et Philippe AUBERT. Cette fois, le théologien se fait prêcheur des indigènes et pour ce faire, devient pédagogue, catéchète, défricheur. Se fondant sur des anecdotes de la vie en brousse, SCHWEITZER conduit ses auditeurs à l’intelligence de la foi. On n’y trouvera pas de grandes envolées lyriques ni de grands développements théologiques mais un cheminement simple et respectueux. Car l’auditeur n’est pas jugé ni condamné du fait de son ignorance. Comment auraient-ils pu savoir, eux qui n’avaient jamais entendu? Lorsque, pour décrire les couvents des moines, il parle de «grandes maisons où personne ne parle», c’est d’abord parce qu’une personne vivant dans une société où la parole est primordiale ne peut comprendre que d’autres fassent le choix du silence et y voient en plus la marque d’une piété extraordinaire.
Dans cette rencontre entre deux mondes, il faut s’attacher à utiliser les références de l’auditeur. Les auteurs bibliques ont utilisé l’image de l’agneau ; le prédicateur de la forêt vierge utilisera celle du singe… Quand il décrit la vie en Europe, tous les bateaux sont des pirogues, le procès de Jésus devient une palabre sous le noyer, les Rameaux des branches de palmier. Un regard certes décalé mais où brille cette confession de foi: «tous les hommes de la terre, qu’ils soient blancs ou noirs, sont tous des frères». SCHWEITZER s’attache à se faire comprendre coûte que coûte. Un bel exemple pour ceux qui aujourd’hui ont la tâche difficile de traduire la théologie dans la prédication pour des gens qui ne comprennent plus forcément nos formulations théologiques.
Dialogue entre les religions
Et enfin: «Albert SCHWEITZER et le dialogue entre religions». Foi et Vie, CI n°3, juillet 2002.
Il s’agit des actes du colloques organisé par l’AFAAS en octobre 2001 à Strasbourg consacré à la question de ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler l’interreligieux. Au temps de SCHWEITZER, il était déjà original d’envisager les relations entre les grands systèmes de pensée religieux non plus sur le mode de la confrontation mais sur celui du dialogue.Bien sûr qu’il cherche à marquer la spécificité du christianisme et partant sa supériorité sur les autres religions. En cela, SCHWEITZER est homme de son temps. Mais qu’il s’agisse du judaïsme à travers sa correspondance avec Martin BUBER, de l’islam dont on s’étonne de la modernité de sa vision, de sa compréhension de la pensée chinoise ou de son grand respect pour Gautama Buddha, il martèle le devoir du christianisme d’être un secours plutôt qu’un instrument de puissance au service d’intérêts qui ne sont pas les siens. On trouve là sans doute la base de l’engagement missionnaire de SCHWEITZER, tel qu’il le résume d’ailleurs dans un autre sermon, prêché non à Lambaréné mais à Saint-Nicolas à Strasbourg: «Que les gens se laissent baptiser ou non, cela est presque indifférent… Il faut que l’amour en acte, sans discours, les transforme… les vrais signes de vie des missions, ce sont les hôpitaux».
C’est pourquoi il ne cherche pas vraiment à analyser les dogmes respectifs des religions. Ce qui lui importe bien plus, c’est de savoir en quoi et de quelle manière une religion particulière participe ou non du bien commun de l’humanité. Peu importe qu’une religion soit ceci ou cela, ce qui compte c’est de savoir si elle est capable de collaborer avec des adeptes d’un autre système de pensée, si elle permet une élévation de l’homme et enfin si elle se comprend comme étant toujours relative à une culture donnée. Autrement dit, si elle est capable de vivre avec les autres religions sans exclusion. C’est à la mesure de ces trois critères que SCHWEITZER en conclue à la supériorité du christianisme, retrouvant ce qui fondait déjà sa thèse de médecine dont il a été question: le cœur du christianisme n’est pas dans le contenu de la foi mais dans «son éthique de l’amour du prochain et en lui de l’amour pour Dieu, pour la vie».
Où sont nos frontières
L’exil : une invitation au voyage !
Un exemple d’initiative régionale…
Que nous fermions la porte aux étrangers ou au contraire la laissions ouverte, dans tous les cas, si nous sommes cohérents, nous devons accepter de changer de mode de vie.Depuis plusieurs mois, la plupart des pays européens s’agitent autour de la question des réfugiés ouvertement assimilée à celle de l’immigration clandestine, organisée dit-on par des réseaux mafieux dont certains sont internationaux et terroristes comme Al-Qaïda.
Du feuilleton “ Sangatte ” entre la France et l’Angleterre, au projet de Police européenne des frontières, en passant par des accords bilatéraux de réadmission, et le durcissement des législations nationales, le sujet semble promu au rang de “ grande cause ” par des gouvernements particulièrement soucieux de notre sécurité.![]()
Pourtant, au dernier sommet européen de Séville en juin dernier, les quelques mesures annoncées étant déjà en place. De plus, quelques organismes (* dont le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, et la Coordination (nationale) pour le Droit d’Asile qui regroupe l’essentiel des associations œuvrant en faveur des réfugiés) s’inquiètent de voir réduire le droit d’asile à un leurre sous prétexte de lutter contre son détournement réel ou supposé. C’est une des questions fondamentales posées après le 11 septembre : Faut-il suspendre la démocratie pour la défendre Faut-il limiter un droit ?Un engorgement prévisible, voire prévu
Au-delà des dimensions sécuritaires, des récupérations politiciennes et des questions éthiques que cela soulève, un aspect relativement souterrain de ce sujet est rarement abordé : le lien avec notre modèle économique et partant de consommation et de vie.
Les demandes d’asile ont triplé en 5 ans et le dispositif d’accueil est totalement saturé : cela était prévisible, compte tenu de la dégradation politique et économique au niveau international, et de notre politique de fermeture des frontières. En effet, un étranger désireux de s’installer en France n’a que 4 solutions : le regroupement familial, les études, la clandestinité ou l’asile. Les deux premières étant spécifiques, il ne reste que les 2 autres, sachant que l’on bascule vite de l’asile à la clandestinité. Non que les demandes d’asile soient toutes infondées, loin de là, mais une part est sans aucun doute utilitaire, faute d’alternative.
Mais, me direz-vous “ on ne peut accueillir toute la misère du monde ! ”. comme le disait Michel Rocard au 50° anniversaire de la Cimade.
Allons ! 60 à 70.000 personnes par an, c’est ridicule au regard de notre richesse, mais également de notre manque criant de main d’œuvre comme le reconnaît ouvertement le Médef. Et de toute façon, un droit humain fondamental peut-il être utilitaire ? Voilà une seconde question tout aussi fondamentale.Travail illégal obligé
Tout demandeur d’asile passe, en France, par une période d’attente sans droits sociaux ni allocations : Elle est de 8 mois à plus d’un an pour l’asile conventionnel (avant de toucher l’allocation d’insertion : 840 Euros ou 1840 Frs / mois) ; et de 7 à 30 mois pour l’asile territorial. Pendant cette période, il doit vivre entièrement assisté ou travailler au noir. Après le refus de l’OFPRA ou de la Préfecture, la très grande majorité reste ici (crainte avec raison de rentrer, manque de moyens, intention de travailler) et représente un volant de main d’œuvre sans droits et par là exploitable à merci.
Plusieurs analystes pensent qu’on a besoin de deux sortes de main d’œuvre en Europe : Des “ cerveaux ” économiques puisqu’ils arrivent déjà formés et qu’on les paie moins cher que les nationaux, et “ des bras ” pas chers. Ainsi, les politiques officielles de contrôle des frontières ne servent pas à empêcher les étrangers de passer, mais à les précariser.Au bas de la cascade
Dans un contexte néo-libéral où la concurrence est mondiale, le moins offrant emporte le marché : beaucoup se joue donc sur le coût de la main d’œuvre. La fameuse “ flexibilité ” qui prétendait adapter rationnellement et rapidement l’offre à la demande, s’est traduite par un système de “ sous-traitance en cascade ” où chaque étage reporte sur l’inférieur les contraintes et la précarité. Au bas de la cascade, nous trouvons le travail illégal surtout occupé par des Français, et dans les bas-fonds du “ travail au noir ”, nous avons les travailleurs étrangers sans droits.
Or, notre économie exploite abondamment cette main d’œuvre : Le bâtiment, la confection, l’agriculture, le tourisme (hôtellerie et restauration), le nettoyage industriel, surtout à haut risque, et le petit commerce. C’est contradictoire et scandaleux : en l’état actuel des choses, si l’on arrêtait le travail illégal, cela ne créerait pas d’emplois, mais du chômage, car des pans entiers s’écrouleraient face à la concurrence extérieure.
Notre mode de vie et de consommation repose aujourd’hui sur cette logique infernale et sacrificielle. Que nous fermions la porte aux étrangers ou au contraire la laissions ouverte, dans tous les cas, si nous sommes cohérents, nous devons accepter de changer de mode de vie. Abraham l’exilé et le “ père de la foi ” n’a-t-il pas eu l’audace de croire qu’un ailleurs meilleur était possible s’il osait faire le pas ? A notre tour il nous invite au voyage.Jean-Pierre Cavalié
(* un rapport controversé de l’ONU parlait voilà 2 ans de 700 millions de personnes pour l’Union Européenne d’ici 2050, soit pour la France 1,7 million d’immigrés par an pour garder le même rapport actifs – inactifs, donc sans tenir compte de la hausse de la productivité)
Les actions qui redonnent espoirLe samedi 17 février 2001, l’échouage sur les côtes varoises d’un bateau transportant un millier de réfugiés, kurdes pour l’essentiel, donnait le signal d’une mobilisation qui déboucha sur la création d’un réseau régional en faveur des réfugiés.
Le débarquement de milliers de réfugiés sur nos côtes fut un événement si exceptionnel que tous, tant les pouvoirs publics que certaines associations des droits de l’homme, sans oublier la paroisse réformée de Draguignan, ainsi que des médias, ont dû apprendre à travailler ensemble. Tout n’a pas été parfait, loin s’en faut, mais il faut reconnaître que dans l’ensemble l’opération s’est relativement bien passée. Quelques uns d’entre nous ont alors pensé que les liens ainsi tissés lors d’une mobilisation aussi fructueuse, se devaient d’être maintenus, pérennisés et même développés. De là est née la proposition de créer un réseau régional rassemblant toutes les associations et organismes œuvrant en faveur des réfugiés, dans les domaines de l’accompagnement juridique et administratif, médical et psychologique, social, et culturel : ainsi est né le “ réseau régional réfugiés ” ou RRR.Le fonctionnement
Pendant une année, nous avons travaillé à ce projet avec un noyau constitué, en plus de la Cimade, de Médecins du Monde, Avocats sans Frontières, puis Amnesty International.
Aujourd’hui, le “ Réseau Régional Réfugiés ” compte plus de trente associations de la région, originaires de Marseille, Aix-en-Provence, Toulon, Nice, Manosque et même Briançon. Nos objectifs sont de mieux se connaître et se coordonner pour réfléchir, agir et peser ensemble sur les diverses politiques concernant les demandeurs d’asile et les réfugiés.
Trois groupes de travail fonctionnent : Le groupe “ animation ” veille au développement du réseau, à un fonctionnement transparent et démocratique, et bien sûr à une communication rapide et efficace. Nous venons de créer un site : www.rrrefugies.free.fr.
Le groupe “ réflexion ” échange des informations et des analyses, particulièrement via le site, et met en place des formations. La première a eu lieu en mars sur le droit européen en matière d’asile. Enfin, le groupe “ action ” recense des dysfonctionnements et propose des actions de vigilance, de protestation et de propositions. Etant donné la multiplicité des urgences, il s’est divisé en plusieurs groupes qui préparent des dossiers et des actions, notamment sur l’hébergement, les procédures, la santé et la scolarité.Les enjeux
Les enjeux d’une telle action sont de quatre nivaux. D’abord, par notre diversité associative, nous essayons de prendre en compte l’ensemble des questions soulevées par la demande d’asile, car pour nous l’être humain est indivisible alors que notre société en perte de sens et de lien social morcelle l’individu. Ensuite nous pensons que la solidarité à l’égard des victimes ou des personnes en difficulté repose sur la solidité des liens entre les divers organismes qui travaillent pour elles. Il nous semble par ailleurs fondamental pour la démocratie que la société civile soit porte parole des laissés pour compte, au nom d’une éthique de la solidarité et de l’égale dignité de tous les être humains. Nous vivons en effet dans un contexte où le véritable pouvoir passe par des groupes de pression, les plus puissants émanant des entreprises transnationales . Enfin, au niveau européen, le traité d’Amsterdam devant être normalement ficelé sur cette question d’ici 2004, il y a urgence à s’exprimer, d’autant que nombre de gouvernements européens s’affairent sur le sujet et pas toujours dans le sens de l’hospitalité que nous souhaiterions.
Jean-Pierre Cavalié délégué régional Cimade en PACA
L’asile fondateur et fondement de la foi
Peut-on changer les situations dramatiques que vivent étrangers, immigrés, sans-papiers ? Difficile, mais pas impossible répondent de nombreuses associations. Il faut travailler en amont, encourager à rester dans le pays quand la situation politique le permet, et développer le commerce équitable. Artisanat-Sel en agit dans ce sens . Présentation de son action.Artisanat-Sel agit en faveur d’un commerce plus juste avec les pays du Sud depuis 1983 principalement en Asie (Inde, Bangladesh, Sri Lanka, Indonésie, Thaïlande, Philippines) à Madagascar, au Pérou, à Haïti, au Mexique et en Amérique centrale (pour le café et le miel). L’organisation du commerce se fait souvent à l’insu et du producteur et du consommateur. En effet, dans la plupart des cas, les intermédiaires imposent les prix aux producteurs et le consommateur ignore les conditions de fabrication. C’est pourquoi Artisanat-SEL souhaite former un pont entre les producteurs des pays en développement et les consommateurs occidentaux par un commerce équitable. Nous voulons rendre la dignité à des êtres humains en leur donnant du travail, et en développant des échanges sur des bases différentes telles que :
Artisanat-Sel a été le pionnier pour la vente du café labellisé Max Havelaar en France depuis 1991.
- le versement d’un prix juste,
- la confiance en des partenaires locaux fiables et compétents,
- le préfinancement des matières premières,
- le refus de recourir à l’exploitation par le travail, avec une vigilance accrue envers les enfants,
- la non-discrimination religieuse, ethnique ou sociale des artisans,
- des produits de qualité renouvelés régulièrement,
- le soutien de projets concernant la formation des artisans, l’éducation des enfants, l’amélioration des conditions de vie des familles,
- une information réciproque et transparente sur les conditions de travail, les prix, les marges, etc.
Trois actions :
Madagascar
"BEZALILA" est un groupement d’artisans qui réunit une douzaine d’ateliers artisanaux. Artisanat-Sel s’investit depuis 1993 dans la formation et la structuration d’une coopérative d’exportation pour permettre à des artisans malgaches de vendre leur artisanat sur le marché international. Artisanat Sel est très soucieux de l'implication des artisans dans la gestion de leur atelier et de leur formation. Grâce à la stabilité et à la qualité de leur travail, beaucoup ont pu améliorer de façon très notable leurs conditions de vie pour eux-mêmes et leur famille (maison, nourriture, scolarité, habillement, hygiène). Malheureusement, suite à la crise qui sévit à Madagascar, la situation semble bloquée pour le moment. Artisanat Sel continue à avoir des contacts réguliers avec Bezalila et espère qu'avec le nouveau gouvernement les conditions vont continuer à progresser.Inde
Un des principaux partenaires en Inde est situé au nord de l'Inde, région réputée pour sa grande diversité d'objets magnifiques (bois, laiton, etc..). Par leur travail de nombreux artisans ont pu améliorer considérablement leur niveau de vie et celui de leur famille et sont encouragés à devenir autonomes. Malgré tous les problèmes rencontrés sur le terrain, notre partenaire a connu un développement important tout en respectant la démarche du commerce équitable, notamment un salaire juste donné à l'artisan.Pérou
Artisanat Sel travaille avec une petite structure artisanale située à Cuzco dans les Andes péruviennes. Cet atelier est spécialisé dans la fabrication de bijoux. Les responsables, issus eux-mêmes d'un milieu défavorisé, ont décidé de venir en aide à des artisans pauvres de Cuzco et des villages environnants.
Repères
L’Association Artisanat-Sel est issue du Service d’Entraide et de Liaison (S.E.L), une association de solidarité internationale créée en 1980 par l’Alliance Evangélique Française (qui regroupe des chrétiens protestants). Elle édite un catalogue par vente par correspondance disponible sur simple demande. Artisanat du Service d’Entraide et de Liaison. B.P. 21002, RN 60 – ZAC Le Tourneau Pannes, 45701 Villemandeur Cedex. Tél. 02 38 89 21 00 - Fax 02 38 85 14 09.
Email : artisanat_sel@compuserve.com
Un peu de vocabulaire
Depuis Abraham, l’amour de Dieu pour l’émigré et l’injonction de lui donner asile, qui en est le corollaire, sont la pierre de touche de toute foi authentique. De quelle foi s’agit-il ? Tout simplement de la confiance accordée par tous ceux qui se réclament de la paternité d’Abraham en la promesse que Dieu lui adresse Une promesse d’une troublante actualité à une période où nos sociétés occidentales se trouvent en panne d’avenir."Vous aimerez l'émigré, car au pays d'Egypte vous étiez émigrés" (1). Cette prescription du Deutéronome s’enracine au plus profond dans la foi originelle du peuple que Dieu s’est choisi en le faisant sortir d’abord d’Ur en Chaldée, ensuite d’Égypte et enfin de Babylone. Elle nous invite d’abord à nous souvenir nous aussi de nos origines: qui sommes-nous, sinon des émigrés provisoirement sédentarisés ? Pendant plus d’un siècle, nos villes se sont nourries de la foule des paysans exilés de leur terre par la rationalisation croissante de l'agriculture et par l'attrait des salaires réguliers de l'industrie ou de l'administration. Et ça n'est pas fini: on nous répète à l'envie que nous ne pourrons plus désormais nous enraciner ni dans une profession, ni dans des savoirs acquis, ni dans une morale. La mobilité est le maître mot de notre civilisation. La présence de l’émigré dans nos murs nous rappelle que nous ne sommes nous mêmes que des étrangers dans notre propre pays et qu’avec la mondialisation, confortablement ou non, nous n'échapperons pas au déracinement généralisé. Mais pour aller où ?
La prescription du Deutéronome est assortie d'un rappel de la promesse faite à Abraham(2): "Maintenant le Seigneur ton Dieu t'a rendu aussi nombreux que les étoiles du ciel". Si Abraham émigre et supporte le déracinement auquel Dieu l'appelle, c'est seulement en raison de la promesse. Il est mis en marche par la foi, c'est-à-dire en raison de la confiance en l'avenir fécond et prospère que Dieu lui ouvre. Avec Abraham émerge une figure d'émigré dont l’actualité nous devance: un homme quitte ses racines en réponse à une promesse et marche, mis debout par la foi. Cette figure nous interroge : vers quoi marchons-nous? Vers quels possibles? En réponse à quelles promesses d'avenir? Derrière la question politique du traitement des flux migratoires, se profile la question théologique des limites que nous assignons au possible et des promesses que nous y discernons.
Sans pour autant les idéaliser, on peut quand même affirmer que les "Trente Glorieuses" furent des années de déracinement consenti par tous parce qu'il était porté par un projet social ouvert sur l'avenir. On voyait en lui la conséquence et le moteur des progrès de notre prospérité. L'émigré y fut mieux toléré, voire appelé, parce qu’il fallait des bras pour construire l’avenir. Sans doute trop naïve, la foi en un avenir ouvert offrait à notre quête d'identité un ancrage dans le futur et non cet enterrement dans les valeurs du passé, du sang et du sol qui semble prévaloir à présent. La “ mondialisation ” s’accompagne du sentiment que nous vivons dans un monde économiquement et écologiquement clos. Notre civilisation est finie, épuisée. Il y a un rapport étroit entre cette conception d'une humanité limitée dans ses ressources, la recherche de l'identité dans les valeurs de l'enracinement et l'exclusion de l'étranger. Si l'émigré qui frappe à notre porte n'est plus pour nous qu'un intrus qui veut échapper à sa misère en l'exportant chez nous, cela signifie aussi que les promesses d'avenir qu’il discerne chez nous, et qui le motivent plus encore que les rayons largement fournis de nos supermarchés, ne sont pour nous que des illusions sans lendemain. L’Europe et la France sont si petites aujourd'hui ! Et qui croit encore aujourd’hui, à l’heure du village mondial, en l’existence d’un pays où coulent le lait et le miel ?
La charité avec laquelle nous considérons l'émigré n'est que le reflet de celle que nous nous vouons à nous-mêmes. L’enjeu fondamental du débat sur l'immigration, c'est la foi avec laquelle nous envisageons notre propre avenir. Sommes-nous encore capables d’envisager pour notre pays et notre continent un projet de civilisation ouvert et intégrateur. Prenons donc garde à ce qu'en rejetant l'étranger hors de nos murs, nous ne claquions la porte au nez de notre propre avenir. Nous avons à choisir entre la résignation à un monde sans avenir et le pari sur un avenir ouvert et fécond. Notre attitude à l'égard de l'émigré témoigne de notre capacité à convertir à nouveau le commun déracinement auquel nous contraint la mondialisation en promesse de prospérité et en projet de développement. À défaut, notre sort pourrait ressembler à celui de Lot se séparant d'Abraham de peur qu'il n'y ait pas assez de pâtures pour tout le monde.
Richard Bennahmias
Quelques dates concernant l’asile…
Etranger : Personne qui n'a pas la nationalité française. Tous les étrangers en France ne sont pas des immigrés : par exemple ceux qui sont nés sur le sol français.
Immigré: Personne qui est née à l'étranger, de parents étrangers, et qui vit en France. Beaucoup d'immigrés ne sont plus des étrangers ; ils ont acquis la nationalité française.
Clandestin: Personne entrée illégalement sur le territoire et en sé- jour irrégulier. L'inconnu par définition, sans aucune existence officielle. On ne sait donc pas combien ils sont. A titre indicatif, en 1997, 145000 sont sortis de la clandestinité pour leur régularisation. Nous assimilons aujourd'hui travailleurs clandestins et étrangers clandestins: or, la majorité des travailleurs clandestins sont des français qui travaillent au noir.
Sans-papiers: Depuis le mois de mai 1996, on parle de sans-papiers; ce sont des gens aux situations juridiques multiples et complexes, ni régularisables, ni expulsables, et qui vivent au grand jour.
Réfugié: Personne qui, risquant d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, a quitté son pays et réside en France avec un statut particulier.
En politique la marque de l'extrême-droite, c'est le rejet de l'étranger comme étant l'ennemi, une menace potentielle, un élément de "corruption". Pour l'extrême-droite, l'étranger prend traditionnellement la figure du "juif", de "l'arabe", du "noir"... Sous Vichy, on a enlevé la nationalité française à tous les immigrés qui avaient été naturalisés depuis 1927. C'est ce que souhaite faire le Front national.Extraits de la brochure Cimade, les guides de Causes communes, le sens des mots, septembre 1998.
Présentation de la CimadeOrdonnance du 2 novembre 1945, relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France
Déclaration universelle des droits de l’homme, articles 13 & 14, par l’assemblée générale des Nations Unies du 10 décembre 1948.
Convention de Genève, relative aux réfugiés, du 28 juillet 1951 + le protocole de New York du 31 janvier 1967.
Loi française sur le droit d’asile du 25 juillet 1952.
Décret du 14 mars 1997 relatif à la procédure de réexamen.
Décret du 23 juin 1998 relatif à l’asile territorial.
Traité d’Amsterdam, articles 62, 63, 67 du traité consolidé, signé le 2 octobre 1997 et entré en vigueur le 1 mai 1999
Accord de Schengen de 1985, entré en vigueur en 1995, établissant une frontière unique en Europe et la “ libre circulation ”.
Les conclusions de la présidence du Conseil européen extraordinaire ou sommet de Tampere des 15-16 octobre 1999, sur la liberté, la sécurité et la justice ; Déclaration sur l’asile.
Conseil européen de Nice proclamant la charte des droits fondamentaux, articles 18 & 19, du décembre 2000.
France : Terre d'asile ? L'Association d'Accueil des Demandeurs d'Asile à MulhouseLa Cimade est une association œcuménique créée en 1939 pour venir en aide aux personnes déplacées et regroupées dans des camps dans le sud de la France. Pendant la 2ème guerre mondiale, elle a participé activement à la résistance contre le nazisme et au sauvetage des Juifs. Après la guerre, elle a œuvré pour la réconciliation France-Allemagne et pour l'indépendance et le développement des anciennes colonies. Aujourd'hui, elle travaille en collaboration avec d'autres organismes catholiques, orthodoxes et laïcs au service des réfugiés, des étrangers en France, et au développement solidaire de pays de l'Est et du Sud.
Défense des droits de l’Homme
La Cimade répond aux appels de ses partenaires internationaux, en intervenant auprès des instances compétentes nationales ou internationales, en favorisant des démarches collectives, en allant en mission sur le terrain. Elle exerce une vigilance active là où les droits de l'Homme sont menacés et s'efforce de témoigner et d'agir auprès des instances nationales et internationales.
Témoignage et mobilisation
Pour faire partager ses indignations contre tout ce qui défigure l'humain dans l'homme, la Cimade témoigne en actions et en paroles sur le terrain. Elle publie un magazine bimestriel intitulé Causes Communes et des documents sur les étrangers en France, ainsi que sur ses actions de solidarités internationales.
La Cimade suscite et organise des actions de vigilance pour éviter que ne soient passées sous silence des paroles ou des pratiques discriminatoires à l'égard des étrangers. La Cimade s'efforce de témoigner par tous les moyens des situations qu'elle rencontre quotidiennement auprès des étrangers dont les droits sont bafoués. Elle agit pour que, dans les textes réglementaires et dans les pratiques administratives, la dignité de tout être humain soit respectée, conformément à la constitution.
La Cimade anime des sessions de formation et organise des actions de sensibilisation pour éduquer de nouveaux acteurs de la solidarité internationale.
Cimade 176, rue de Grenelle 75007 PARIS tél.:01.44.18.60.50 fax : 01.45.56.08.59
Président : Jacques STEWART, secrétaire Général : Jean-Marc DUPEUX
contact : direction@cimade.org
Pour toute information : contact@cimade.org
Définition du réfugié politique (Convention de Genève, 1951) : "le terme de réfugié s'applique à toute personne qui, craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays."
Depuis 1998, le gouvernement français a créé une autre forme d'asile pour les personnes persécutées, non par leur gouvernement, mais par des groupes terroristes : il s'agit de l'asile territorial (Algérie)Marguerite CHRISTOPHE, bénévole de l'association
L'Association d'Accueil des Demandeurs d'Asile (AADA) a vu le jour en 1999, dans le Haut-Rhin (Mulhouse et Colmar). Elle est née du souci de permettre aux personnes demandant l'asile en France de vivre dans la dignité et la sécurité. En effet, ces dernières vivent des traumatismes liés à leur passé et à leur situation souvent précaire depuis leur arrivée en France. Elles ont bien souvent perdu leurs repères identitaires, leurs biens. Elles n'ont pour la plupart aucun lien social ou familial et vivent de ce fait dans une grande solitude. Bon nombre de leurs problèmes ne sont pas pris en compte par les pouvoirs publics. Ce sont pourtant la politique gouvernementale et le manque de moyens qui ont contribué à créer des situations catastrophiques, indignes d'un pays des Droits de l'Homme.
Si l'on compare le nombre de demandeurs d'asile proportionnellement au nombre d'habitants, la France tombe au dixième rang de tous les pays de l'Union européenne!
Rôle de l'association
L'association, animée par des bénévoles, s'est donné comme missions d'assurer l'accueil, l'écoute, l'information et l'orientation des demandeurs d'asile, de les soutenir et de les accompagner dans les démarches administratives inextricables, de favoriser leur intégration, et enfin de collaborer avec les autres organisations et institutions œuvrant dans le même sens. Ses activités se répartissent donc de cette façon : des permanences d'accueil pour les démarches administratives, des temps de convivialité pour le soutien moral, des temps d'information et de formation pour les bénévoles, des manifestations visant à faire connaître au grand public les problèmes spécifiques aux solliciteurs d'asile.Quels sont les moyens que se donne l'association pour fonctionner ?
L'A.A.D.A dispose d'un local à Colmar et à Mulhouse, d'un permanent salarié (depuis le 1/12/2001), d'une équipe de bénévoles qui assurent l'accueil, le suivi et le soutien des personnes, d'une équipe de personnes ressources (interprètes, juristes, médecins et psychologues). De plus, elle bénéficie de l'aide de partenaires associatifs, confessionnels ou institutionnels, qui permettent d'accompagner le demandeur d'asile tout au long de son parcours qui peut durer des années (Mairie, associations caritatives, centres sociaux, SSAE)
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Elle est représentée au Collectif Mulhousien de Défense de la Personne Étrangère (CM DPE), dont l'objectif est d'interpeller les politiques par rapport aux dysfonctionnements du Droit des Étrangers. Le C.M.D.P.E. (composé d'une dizaine d'associations de Défense des Droits de l'Homme) intervient aussi auprès de la Préfecture dans les situations que ces associations estiment insupportables.
Les ressources financières proviennent de diverses subventions, de dons et d'adhésions à l'association.
Difficultés rencontrées
Dans ses missions, l'association rencontre de nombreuses difficultés : les refus répétés des différents gouvernements à ses demandes de moyens suffisants pour permettre un accueil décent, le désespoir grandissant des demandeurs d'asile à la rue et l'indifférence de la population face à cette misère.
Ainsi se posent de plus en plus le problème de l'hébergement (les structures d'accueil étant saturées), de l'aide alimentaire et vestimentaire. De plus, l'association est toujours en attente de plus de bénévoles pour un accueil efficace et chaleureux, ainsi, en 2001, nous avons reçu 1750 personnes et ce chiffre sera dépassé en 2002. Or notre expérience nous montre qu'un suivi individualisé permet un réel " mieux-être " du demandeur d'asile..Aussi l'association fait-elle un effort pour sensibiliser l'opinion publique au moyen d'articles de presse, de manifestations et organise chaque mois un repas solidaire dont le bénéfice permet d'aider les demandeurs d'asile à régler les frais d'avocat pour la Commission des Recours des Réfugiés (CRR).
Ces repas sont l'occasion de rapprocher la population des demandeurs d'asile, de s'informer sur la situation de certains pays et d'apporter de la chaleur humaine aux personnes étrangères isolées (voir dates jointes).Témoignages :
Monsieur DA., âgé de 39 ans, marié et père de deux enfants. Diplômé de technologie appliquée.
L'intéressé, de nationalité mauritanienne, a obtenu une bourse en 1978 pour étudier au Koweït. En 1986, il est diplômé de l'institut de technologie puis travaille au ministère de l'électricité. De 198 à 1988, il participe à la rédaction d'un journal en Peul. Lors de l'invasion du Koweït par l'Irak, il est arrêté par les Irakiens pendant sept mois, l'ambassadeur de Mauritanie ayant demandé l'arrestation et le rapatriement des Mauritaniens négro-africains. Après la libération du Koweït, il est arrêté par les Koweïtiens, en tant que Mauritanien, puis expulsé en Syrie en Août 1999.
Demande d'asile déposée à l'OFPRA le 03/06/1999. Décision de l'OFPRA le 23/07/2001 (deux années d'attente).
Le recours auprès de la CRR le 01/08/2001.
Décision de la commission le 06/12/2001.
Ce jour l'intéressé, sans ressources et sans hébergement, se trouve à la rue, car les centres d'hébergement ne peuvent plus l'accueillir vu sa situation administrative en France.M. A., 50 ans, originaire d'Azerbaïdjan, marié, deux enfants. Chef cuisinier d'un grand Hôtel.
A dû fuir son pays, en raison de l'origine arménienne de sa femme harcelée par des terroristes.
Son épouse et ses deux enfants qui devaient le rejoindre ont disparu depuis trois ans. La Croix Rouge Internationale a fait des recherches, en vain.
Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, ainsi que la commission des recours.
Les associations tentent, à ce jour, de le faire régulariser par le travail, car il lui est impossible de retourner dans son pays où malheureusement il n'a plus d'attache.M. G.P., 30 ans, originaire de Moldavie, a quitté son pays en 1999. Il a refusé de participer à la guerre en Transnistrie (petite province de Moldavie qui a proclamé son indépendance), considérant que ce peuple était le sien et qu'il ne voulait pas se battre contre ses frères.
Demande d'asile rejetée par l'OFPRA, ainsi que le Recours.
Est en danger, s'il retourne chez lui : pas de solution à ce jour.Conclusion
Le chantier est immense, redonnons tous ensemble un sens à l'expression "France, terre d'asile"!
Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948) :
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
A.A.D.A.
21, rue Jules Ehrmann
68100 Mulhouse
Tél. 0389451902
Permanences : mardi de 14h. à 17h. et mercredi de 10h. à 12h.Club de prévention
29, avenue de Paris
68000 Colmar
0389304922