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Novembre 2003


Éditorial:Une société sans risque?, Jean-Marc Meyer 

Étude biblique: Jean 18, 33 à 37 Un seul est votre roi, le Vrai, Michel Cordier

La Bible, c'est l'Ancien et le Nouveau Testament...

L’année de la Bible invite tout le monde à lire, relire et réfléchir. Les profanes aussi. Voici quelques observations faites par un philosophe, Jean-Paul Sorg.


Le dossier
Le risque zéro existe-t-il?
L’éthique de la précaution et de la responsabilité au risque de l’Evangile
Denis Müller, professeur d’éthique à la Faculté de Théologie Protestante de l’Université de Lausanne, Suisse).


Lorsque le droit traite le risque

Pr Andrien Chaboche, membre du comité de rédaction du journal «La Voix Protestante». Il est doctorant en droit et engagé dans les milieux associatifs: Eeuf, Cimade…

Un scoutisme aseptisé ?
Geoffroy Perrin-Willm
Équipe Nationale EEUdF (Éclaireurs et Éclaireuses Unionistes de France).

Le risque "zéro" en médecine, mythe ou panacée

Dominique Pateron, chef du Service des Urgences du CHU Jean-Verdier, Université de Paris XIII.

Tendre vers le risque zéro.
Entretien avec Jean-Brice de Bary, maire d’un village de 4200 habitants, à 25km de Paris. Propos recueillis par Éliane Humbert, du journal «La Voix Protestante».

ÉditorialUne société sans risque?
C’est - paraît-il - enfoncer une porte ouverte que d’affirmer que nous vivons dans une société qui est arrivée à un point d’organisation tel que le risque n’existe plus!
Risque Zéro pour tous! Dormez tranquilles, braves gens!

Tabac et alcool taxés au-delà du raisonnable… plus de risque de tomber malade! Contrôles routiers et répression sévère pour les contrevenants…  plus de risque dans vos voitures! Législation draconienne dans les écoles, les centres et autres camps pour jeunes… plus de risque que votre enfant rentre avec une petite écorchure!
Vous aviez peur? Nous, qui savons et qui édictons les lois, avons trouvé la réponse: à coups de règlements et d’amendements, à force d’assurances à tout va et d’interdictions en tout genre, nous avons décidé que le risque de vivre serait égal à… Zéro.

Cette idée serait assez intéressante, si seulement elle était juste un tout petit peu vraie pour tout le monde!
L’irakien qui a vu sa maison pulvérisée par un missile «high-tech» a bien dû se demander où était le risque Zéro…
De même que les gens piégés dans les tours de Manhattan ont du se dire que, malgré toutes les précautions, il devait y avoir une faille dans le système…
Sans parler de toutes ces personnes décédées durant cet été et pour lesquelles une simple anomalie climatique a réduit le fameux risque Zéro à… zéro!

Il est vrai que nous aimerions tous vivre tranquillement, sans épée de Damoclès sur nos têtes; mais voilà: la Vie est exactement contraire à cette illusion.
Si nous ne prenions que l’aspect scientifique du problème, déjà il nous faudrait concéder que la Vie est le résultat d’une prise de risque permanente. Sans le goût du risque, pas de pierre taillée, pas de peintures rupestres, pas d’invention du feu, pas de voyage vers la lune…
Et si nous considérons aussi son aspect philosophique, théologique ou éthique - ne serait-ce que par le prisme chrétien - la conclusion est semblable. Car que fait Jésus en décidant d’aller au bout de ses convictions, jusqu’à en mourir, sinon prendre un risque? LE risque, celui de l’amour sans conditions, sans calcul, gratuit?
Y a-t-il un risque plus grand, plus insensé, plus incontrôlable que celui-là?
Oui, les Évangiles nous parlent d’un Dieu qui aime le risque, quitte à s’y blesser, quitte même à y laisser sa peau; qui décide de risquer, non pas sa situation, ses biens ou sa place, mais juste ses propres convictions et son amour aux autres.

Tous, moi le premier, souhaitons une vie sans problèmes, bien réglée, bien protégée, bien calculée, où le moindre incident trouve son explication et son coupable. C’est - paraît-il - naturel et humain. Et donc, comme tous, je prends mes précautions pour courir le moins de risques possibles, sur la route, pour ma santé, pour mes biens, et le reste…

Mais il y a un risque que je revendique encore de garder et d’assumer: celui d’approcher et d’aimer mon prochain sans interdictions et sans préjugés… et de vivre avec lui sans barrières et sans me poser toutes ces questions très compliquées…

Laissez-moi juste ça, sinon je risque de…

Jean-Marc MEYER


Un seul est votre roi, le Vrai
Pilate entra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit: «Es-tu le roi des Juifs, toi?»
Jésus répondit: «Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou bien est-ce d’autres qui te l’ont dit de moi?»
Pilate répondit: «Suis-je donc juif, moi? C’est ta nation et les grands prêtres qui t’ont livré à moi! Qu’as-tu fait?»
Jésus répondit: «Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs; en fait ma royauté n’est pas d’ici.»
Pilate lui dit: «Toi, tu es donc roi?»
Jésus répondit: «C’est toi qui dis que je suis roi. Moi, si je suis né et si je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix.»
Pilate lui dit: «Qu’est-ce que la vérité?»

Jean 18, 33 à 37

Dès le début de son ministère parmi les hommes, Jésus refuse d’être pris pour roi (cf. Jean 6, 15 mais aussi Matthieu 4, 8ss). La tradition de son temps est claire, un seul règne sur Israël, Dieu. Dans la tradition rabbinique, la fête de Rosh hashanah, le nouvel an juif, vient rappeler que Dieu est créateur, juge et roi. Dans l’Ancien Testament, la fête ne porte ce nom qu’en Ézechiel et reste très liée au Yom kippur, jour du grand pardon. À Qumran et, au début de notre ère, dans les œuvres de Philon, elle est fête de commémoration. On y sonne de la trompette, signe déjà connu par l’Ancien Testament de la présence de Dieu, qu’il dévoile sa puissance (Exode 19, 16; Josué 6) ou qu’il juge (Amos 3, 6; Sophonie 1, 14ss). On est au plus proche de l’idée de royauté de Dieu exprimée en Ésaïe (6, 33, 22; voir Michée 4, 7…) ou dans les Psaumes (24, 47, 93, 97). Dieu est celui qui de tout temps règne sur l’ensemble de l’univers, la justice n’étant qu’un des attributs de son pouvoir.

C’est bien pour cela que les récits de l’Ancien Testament nous proposent une controverse au sujet de l’utilité d’un roi à la tête du peuple. Nul n’a oublié que Pharaon, roi d’Égypte, homme dieu, se dresse face à l’homme serviteur du seul vrai Dieu (cf. Exode 7, 1). David tente pour sa part d’utiliser Dieu en lui construisant une demeure royale, semblable à la sienne, pour tout à la fois manifester son autorité personnelle et contraindre Dieu à vivre de son côté afin d’en toucher les bénéfices (cf. II Samuel 7).

Il y a donc des opposants à la royauté d’un homme sur Israël. On trouve leur trace dans le récit de Gédéon et ses fils (Juges 8, 22ss). Gédéon, libérateur du peuple, grisé par ses succès, s’arroge une fonction de prêtre et entraîne son peuple dans l’idolâtrie (v. 27) mais pour autant ne tombe pas dans le piège d’accéder à la fonction royale (v. 23). Il n’en sera pas de même de son fils adultérin qui inaugure son règne par le massacre de ses frères légitimes. Le seul survivant, Jotam, nous livre un réquisitoire sans concession sur ce que peut être un roi pour Israël (9, 7ss). Ces propos, nous les retrouvons presque à l’identique dans l’avertissement de Samuel à ceux qui réclament un roi (I Samuel 8, 10-18) ou dans le cadre juridique plus tardif de Deutéronome 17, 14ss. Mais il y a aussi des partisans d’une royauté. Ils ont deux arguments principaux. Le premier, repris en Juges 17, 6 et 21, 4: «en ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël: chacun faisait ce qui lui convenait», insiste sur le besoin d’un pouvoir fort pour assurer la paix et le bien-être du peuple tels que promis par l’alliance (cf. Psaume 72). Le second, d’allure moderne, va mécontenter le prophète Samuel mais faire céder Dieu: «Tu es devenu vieux et tes fils ne suivent pas ton exemple.  Eh bien! établis-nous un roi pour qu'il nous juge, comme toutes les nations» (I Samuel 8, 5). La théocratie n’est pas la panacée, elle a des défauts dont celui de trop distinguer Israël de ses voisins mais aussi de ne pas échapper aux limites humaines. Alors, tant qu’à faire…

L’histoire semble donner raison aux détracteurs de la royauté. De Saül, premier roi d’Israël vers -1030 (I Samuel 9ss), à Sédécias, dernier roi de Juda vers -587 (II Rois 25), les rois se succèdent dont bien peu sont regardés favorablement par Dieu. Maintes fois est reproduite l’appréciation: «Il fit ce qui déplaisait au Seigneur (exactement comme l’avait fait son père)». Rares sont ceux qui trouvent grâce et encore ne sont-ils pas tous des modèles. Pourtant, parmi le peuple reste très vive la promesse faite par Dieu à David d’avoir une maison (jeu de mots de II Samuel 7, 5 et 11), c’est à dire une lignée royale, pour régner à jamais sur le peuple (v. 16). À l’époque de Jésus, nombreux sont encore ceux qui espèrent la venue du roi messie (cf. Ésaïe 9, 5s et 11, 1ss; Jérémie 23, 5s) venant délivrer des Romains par la volonté de Dieu.

Dans les Évangiles, le récit de la Passion renouvelle notre compréhension de la royauté du messie. Dès l’entrée à Jérusalem, Jésus reçoit le titre de roi des juifs (Matthieu 21, 5). Ce sera le motif de sa condamnation à mort par l’armée d’occupation (Matthieu 27, 11 et 37). Mais tout est détourné des repères humains. C’est sur un âne que Jésus apparaît, animal de monture du roi en tant de paix (le cheval étant réservé à la guerre et aux parades) mais aussi référence aux prophéties de Genèse 49, 8ss et Zacharie 9, 9. Dans le prétoire il est nu et non revêtu de riches étoffes, fragile mais couvert de la cape rouge des chefs militaires, sans royaume mais affublé des insignes de dérision que sont la couronne d’épines et le sceptre de roseau, roi des juifs mais avec à ses genoux des soldats romains qui se moquent, crachent et frappent (Matthieu 27, 27ss). Jésus règne en ce qu’il réalise pour nous le Royaume de Dieu, son règne, celui qu’il a inlassablement prêché en se mettant au second plan jusqu’à interdire qu’on clame qu’il est le messie (Matthieu 16, 20,…).

La première génération de chrétiens ne remet pas en cause les structures dirigeantes et les systèmes sociaux en place. On s’en accommode pourvu qu’il y ait atténuation des excès contraires à l’Évangile (cf. Romains 13, Éphésiens 6,…). Cette attitude va prévaloir tout au long de l’antiquité chrétienne: la Didaché, écrit chrétien contemporain du Nouveau Testament, contient une prière pour les autorités et Augustin, évêque d’Hippone, distingue soigneusement cité de Dieu et cité des hommes. Luther en est un héritier direct dans son soutien aux princes jusque dans la guerre des paysans. Tout change avec Théodore de Bèze, successeur de Calvin à la tête de l’Église Réformée de France, qui doit faire face à l’hostilité du pouvoir royal à l’encontre des protestants. Ses écrits vont venir justifier les monarchomaques pour lesquels un homme détenteur du pouvoir et ne respectant pas son origine divine et les devoirs qui en découlent peut être destitué.

Notre époque reste empêtrée dans une ambiguïté dangereuse face à l’engagement et au pouvoir. Lorsque le Christ se dit chemin, vérité et vie (Jean 14, 6), nous devrions envisager une majuscule au mot Vérité pour mieux nous souvenir, qu’ainsi orthographié, il désigne directement Dieu nous renvoyant à la question de Pilate. Ce à quoi le pouvoir nous confronte, c’est notre responsabilité dans ce monde (cf. Genèse 1, 26ss; Psaume 8) et particulièrement face aux hommes (cf. Genèse 4, 9ss; Amos). Ce à quoi notre responsabilité nous confronte, c’est une conception du pouvoir qui passe par le service (cf. Marc 9, 33ss). Le christianisme n’a pas à s’opposer au pouvoir en soi, mais il lui appartient de rester vigilant afin qu’il ne devienne ni une idole pour ceux qui se croient forts, ni une cause de désespérance pour des opprimés, ces petits qu’en Christ - mort et ressuscité - Dieu assure de sa présence.

Soli Deo Gloria.

La Bible, c'est l'Ancien et le Nouveau Testament...
L’année de la Bible invite tout le monde à lire, relire et réfléchir. Les profanes aussi. Voici quelques observations faites par un philosophe, Jean-Paul Sorg.

La Bible est un livre hétérogène. La Parole de Dieu est donc hétérogène? Généralement et spontanément, l'hétérogénéité est plutôt perçue comme un défaut, un manque - manque d'unité et de fini. La preuve d'une impuissance à fondre et harmoniser des parties diverses en un tout… organisé, organique. La marque d'un inachèvement, d'une imperfection, qui résulte d'une faiblesse créatrice, tant esthétique que spirituelle. L'idéal esthétique, dont le classicisme nous donne l'exemple, ordonne l'homogénéité et la simplicité, l'unité. Unité de ton, d'inspiration, de souffle… Unité du Verbe. Unité de la personne dont émane le Verbe, unité de l'esprit… Dieu étant un, comment sa parole, même incomplètement saisie, ne serait-elle pas une?

Face à un ensemble hétérogène et inégal, qui présente des dissonances entre certains de ses éléments, des divisions et disproportions, il est toujours tentant de simplifier en économisant, de ne garder que le meilleur, l'essentiel, pense-t-on, et de laisser tomber le reste. Des livres de la Bible, on ne voudra conserver que le Nouveau Testament et du Nouveau Testament que les Évangiles, les Actes des Apôtres et les épîtres de Paul. Dans l'histoire mouvementée de la composition de la Bible et de la constitution du christianisme, ce geste de soustraction, jugé hérétique, porte un nom: le marcionisme. Se fondant sur une opposition radicale entre la Loi et l'Amour, Marcion (env. 85-160) estimait que l'Ancien Testament, comme livre d'un Dieu justicier, était dépassé, transcendé, et sa lecture donc inutile, voire nocive. Le chrétien devait se concentrer sur le Nouveau Testament qui proclame le règne d'un Dieu de miséricorde, révélé au monde par le Christ.

Les Pères de l'Église ont sagement repoussé et condamné cette tentation, mais l'humanisme chrétien du XVIe siècle l'a connue de nouveau. Érasme qui avait retraduit avec soin le Nouveau Testament du grec en latin et publié l'ouvrage à Bâle, en 1516, sous le titre Novum Instrumentum, se souciait assez peu de l'Ancien Testament. Les textes d'Origène ou de Jérôme et puis ceux des philosophes païens, platoniciens et stoïciens, l'intéressaient plus, ils lui semblaient non moins importants, pour approfondir «la philosophie du Christ», que les livres de Moïse et des Rois. «Si sans faire appel au symbolisme tu lis l'histoire des enfants se battant dans l'utérus (Genèse 25, 22), du droit d'aînesse vendu pour un ragoût (Genèse 25, 29-34), de la bénédiction du père obtenue d'avance par ruse (Genèse 27), de Goliath frappé par la fronde de David (1 Samuel 17, 49), de Samson à qui on rase la tête (Juges 16, 19), cela a pour toi moins d'importance que si tu lisais des fictions de poètes.»

La tendance érasmienne est celle d'un évangélisme libéral et moral, ouvert sur le monde. Le pur Évangile «lisse de tout rituel» (Pierre Chaunu) devrait suffire à élever l'âme du chrétien et à asseoir un christianisme spiritualisé ramené à l'essentiel.

Or, un tel évangélisme simplificateur, par sa générosité humaniste même, sa confiance en l'intelligence de l'homme, ne tient pas longtemps la route de l'histoire. Il ne l'a pas tenue en tout cas! Le protestantisme, tel qu'il s'est formé historiquement et affirmé, n'est pas un évangélisme. Nous devons sa complexité, inévitable et salutaire, au génie de Luther.

À la faveur, si on peut dire, de son enfermement au château de la Wartburg, il termina en neuf mois la traduction en langue vulgaire du Nouveau Testament, de décembre 1521 à septembre 1522. Et il se mit tout de suite, dans la foulée, à traduire livre par livre l'Ancien Testament. Mais, bien sûr, cela lui demandera beaucoup plus de temps, il ne put rester constamment sur l'ouvrage, ce n'est qu'en 1534 que paraîtra l'édition intégrale, Biblia, das ist die ganze Heilige Schrift Deutsch (la Bible complète, c'est-à-dire la sainte Écriture tout entière en allemand).

Dans deux textes introductifs de 1522, Brève instruction sur ce qu'on doit chercher dans les Évangiles et ce qu’il faut en attendre et Préface au Nouveau Testament, il démontre, affirme avec force l'unité du Livre. «Il faut savoir qu'il n'y a qu'un seul Évangile» qui n'est rien d'autre qu'un récit concernant le Christ… Les témoignages, les rapports peuvent être multiples, écrits de diverses manières, mais «il n'y a pas plus qu'un seul Christ» et ce que nous racontent les livres «antérieurs» des prophètes et de Moïse, c'est l'attente, c'est le désir, c'est l'annonce ou la promesse, donc c'est déjà l'Évangile; ce n'en est que la préhistoire, si vous voulez, mais préhistoire et histoire ne prennent sens que par la fin, l'avènement. La Bible tout entière révèle le plan de Dieu pour l'humanité, elle est de part et part, d'alpha à oméga, un récit eschatologique, comme tel puissamment intégrateur, capable d'intégrer dans sa masse les éléments historiques ou mythologiques ou éthiques les plus hétérogènes. Son unité ne saurait en être atteinte, elle s'en trouve au contraire renforcée, enrichie.

À une époque qui inclinait plutôt à l'évangélisme (humaniste), le mérite de Luther aura été d'amarrer solidement le Nouveau Testament (l'Évangile effectif) à l'Ancien (l'Évangile virtuel?). Il respectait ainsi et reprenait le montage judéo-chrétien de la Vulgate. Cela n'a pas empêché, hélas, ses bouffées d'antisémitisme, comme elles éclatent dans son pamphlet de 1543 (Von den Juden und ihren Lügen); cela n'a pas empêché d'une manière générale l'antisémitisme dans la chrétienté au XXe siècle et dans une fraction du protestantisme allemand même. Pourquoi? On ne comprend pas. L'enracinement du christianisme dans le judaïsme est patent, visible dans la structure même de la Bible; leur voisinage là devrait plutôt, se dit-on (naïvement sans doute), engendrer un sentiment de reconnaissance et de solidarité.

Aujourd'hui, dans les débats sur la Constitution, certains partis veulent que l'Europe rappelle expressément son héritage chrétien; il faudrait préciser: judéo-chrétien, et pour être juste ne pas oublier les Grecs. La civilisation européenne puise sa spiritualité du fond d'un héritage judéo-gréco-chrétien, qui est dans la Bible, mais pas uniquement…

Bibliographie
Pour Érasme, consulter le volume «Bouquins» (Robert Laffont).
Les citations de Luther ci-dessus sont tirées du récent volume de la Pléiade «Luther, Oeuvres I», édition publiée sous la direction de Marc Lienhard et Matthieu Arnold.


L’éthique de la précaution et de la responsabilité au risque de l’Evangile
Par Denis Müller, professeur d’éthique à la Faculté de Théologie Protestante de l’Université de Lausanne, Suisse).

Nous vivons dans une société du risque permanent, mais nous n’osons pas toujours en assumer les conséquences.

Les récents événements de l’actualité mondiale ou nationale (attentats du 11 septembre 2001, guerre en Irak, situation préoccupante au Moyen-Orient, canicule, assassinat de la ministre des affaires étrangères en Suède, etc.) viennent nourrir notre sentiment de peur et fournissent des armes aux partisans de la panique organisée, du terrorisme international ou plus simplement de la déprime et de la morosité ambiantes.

À l’époque où ont été écrits les textes du Nouveau Testament régnait un climat analogue de troubles et d’angoisses, qui donnait prise à des formulations religieuses de type apocalyptique. L’apocalyptique était indéniablement, selon la formule d’Ernst Käsemann en 1960, «la mère de la théologie chrétienne».

Que signifie cette formulation surprenante? Käsemann entendait montrer que, loin d’en avoir fini une fois pour toutes avec les représentations apocalyptiques, la théologie chrétienne dès ses premiers pas ne pouvait pas en rester à l’immédiateté eschatologique du Dieu proche telle qu’il apparaissait dans la prédication de Jésus de Nazareth, mais dut réfléchir à la signification de cette proximité sidérante au cœur même du monde, de l’histoire et de notre existence corporelle. La théologie de l’apôtre Paul est le témoignage le plus éloquent de cette re-formulation du langage apocalyptique, conduisant non pas à l’abandon de toute apocalyptique en faveur d’une eschatologie purement présente, mais à une apocalyptique renouvelée.

Si l’on adopte cette perspective féconde, on comprend mieux pourquoi les auteurs bibliques ne cessent d’ausculter, de discuter, d’infléchir et de reformuler le langage catastrophiste de la fin du monde, afin de le placer dans la lumière neuve et transformatrice du message de l’Évangile. Leur problème, si j’ose dire, est d’éviter toute fuite en avant dans un illuminisme spirituel complètement déconnecté des réalités complexes du monde, de l’histoire et du corps.

Comme chrétiens, nous devons affiner sans cesse notre compréhension de la différence entre le contexte des écrits néotestamentaires et celui de notre société actuelle. Une immersion naïve et par trop immédiate dans l’univers biblique peut nous conduire à des illusions ou à des dérapages redoutables. C’est pourquoi le travail socio-historique des biblistes contemporains (je pense surtout ici à un Gerd Theissen) est capital, aussi bien pour la construction de la spiritualité chrétienne que pour le développement d’une herméneutique éthique crédible et responsable.

L’éthique de la responsabilité a connu un essor extraordinaire ces dernières décennies. Ce n’est pas un hasard. La croissance exponentielle des menaces pesant sur l’humanité et sur le monde a nourri le climat d’inquiétude et de panique dont nous parlions plus haut. Certains auteurs en sont venus à proposer une éthique fondée sur une «heuristique de la peur» (expression du philosophe juif Hans Jonas); l’importance accordée de cette façon à la peur comme moteur ou comme outil de la conscientisation éthique a été un élément décisif dans l’émergence du principe de précaution. En même temps, faire de la peur le motif premier de nos actions, c’est lui donner trop de poids et désespérer de l’espérance.

Le principe de précaution est sans nul doute une contribution importante à la réflexion éthique, sociale et politique. Il signale, en effet, la nécessité permanente d’interroger nos prises de risques individuelles et surtout collectives. Chaque fois que nos sociétés s’embarquent dans une entreprise coûteuse, lourde et appelée à durer (des moyens de transport, des centrales électriques ou nucléaires, des constructions gigantesques, des modifications fondamentales de l’environnement, des investissements à long terme, des technologies de pointe, des innovations biomédicales révolutionnaires, etc.), il est indispensable de procéder à des évaluations sévères (c’est ce qu’on appelle le technological assessment). Nous essayons ainsi (avec un succès variable!) de ne pas léguer à nos petits-enfants et aux générations futures des charges insupportables et irréversibles. La précaution, par-delà la simple prudence, fait donc intégralement partie de l’éthique de la responsabilité; les chrétiens peuvent s’y rallier sans peine, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté.

Il ne s’ensuit pas que nous devions nous réfugier dans une attitude frileuse, en adoptant des comportements ascétiques. Le risque zéro n’est jamais possible ni souhaitable. L’existence historique des humains et des sociétés est faite d’aventures, de curiosité, d’innovation et de paris. L’Évangile lui-même ne nous dit nullement que nous devions sortir du monde et nous affranchir de toute responsabilité créatrice. Vivre dans le monde sans être du monde, c’est porter la vive lumière du salut et de l’espérance dans un climat de morosité et de crainte. Ce peut être parfois d’assumer les tensions et les contradictions de projets humains imparfaits et nécessaires. L’éthique chrétienne ne nous dispense pas de nous salir les mains dans le cambouis. Ce n’est que dans la mesure de notre engagement incarné que nous rendrons authentiquement témoignage à la force vivifiante et signifiante de l’Évangile et que nous serons lumière et sel du monde (Matthieu 5,13-15).

Page web de l’auteur : http://www.unil.ch/theol/denis.muller/index.html

Ouvrages récents

Lorsque le droit traite le risque
Pr Andrien Chaboche, membre du comité de rédaction du journal «La Voix Protestante». Il est doctorant en droit et engagé dans les milieux associatifs: Eeuf, Cimade…

Il y a, entre le risque et le droit, des liens particulièrement forts. La fonction du droit, si tant est qu’il n’en n’ait qu’une, est de fournir à la vie sociale un cadre permettant de réduire les risques sociaux ou, à défaut, de les traiter. Il est donc logique de penser que le droit a vocation à faire disparaître ces risques. Telle n’est pourtant pas l’intention des juges qui sanctionnent la réalisation des risques et qui ont opté, depuis plus d’un siècle, pour une conception de plus en plus large de la responsabilité.

Cette politique jurisprudentielle de recherche d’un responsable, si souvent critiquée aujourd’hui après avoir été saluée pour sa modernité, n’est que l’envers d’une médaille infiniment plus positive qui n’est autre que la volonté d’améliorer l’indemnisation des victimes. Cette volonté s’appuie sur le développement de l’assurance, mécanisme qui évite à la personne désignée responsable d’assumer seule le coût de cette responsabilité. C’est cela même qui a permis aux juges de s’affranchir progressivement de l’idée de faute au sens classique du terme pour justifier la réparation du préjudice causé. Sous l’apparente recherche d’un fautif à laquelle semblent se livrer les juges, se cache en réalité la désignation de l’assurance appelée à couvrir les conséquences du risque réalisé.

Ainsi, loin de chercher à nier le risque et la possibilité de sa réalisation, la jurisprudence le traite en faisant peser sur la collectivité, par le biais de l’assurance, l’essentiel de la charge qu’il représente, et non sur la victime qui ne serait pas indemnisée en l’absence d’un responsable désigné. Hélas, cette politique a un effet néfaste, celui de dissuader d’exercer une activité à risque et d’augmenter le coût de l’assurance. Sans doute la voie choisie n’était-elle pas la meilleure à long terme, mais, les juges n’étant pas législateurs, ils n’en avaient pas d’autre.

Il ne faut pas confondre cette politique, strictement jurisprudentielle, avec celle consistant à faire disparaître le risque en rendant impossible sa réalisation. Le développement des contrôles préalables, la mise sous condition de la réalisation de certaines activités, voire l’interdiction pure et simple de ces activités au nom du risque qu’elles comportent, toutes ces mesures tendent à supprimer le risque par la contrainte.

On ne peut évidement pas nier que la diminution des risques que nous courons tout au long de notre vie soit une bonne chose. C’est un objectif qu’il faut poursuivre et il faut saluer toute mesure qui protège la collectivité ou les personnes les plus faibles des risques inconsidérés que peuvent prendre certains individus. Mais, en avançant sur cette voie sécuritaire, il faut prendre garde à ne pas porter une atteinte excessive à une autre valeur, tout aussi indispensable que la sécurité, à savoir la liberté. Qui ne doute qu’un monde rendu sûr par la contrainte ne soit également un monde où la première des liberté, celle du choix, a disparu?

Le but du droit n’est donc pas, en-soi, de faire directement disparaître le risque, mais avant tout d’en traiter la réalisation avec l’espoir que les règles de prudence et de respect de l’autre qu’il porte soient un jour pleinement et librement intégrées par tous, lui permettant alors de s’effacer devant la fraternité des Hommes.

Un scoutisme aseptisé ?
Par Geoffroy Perrin-Willm
Équipe Nationale EEUdF (Éclaireurs et Éclaireuses Unionistes de France)
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Il est 18 heures, ce dimanche d’octobre. Matthieu pose son sac dans l’entrée puis pénètre dans le salon familial en semant derrière lui brindilles de bois et feuilles mortes, témoins de son week-end passé avec les éclaireuses et éclaireurs unionistes. Il y a comme une odeur d’humus qui flotte dans l’air… À peine le temps d’avaler un verre de lait, sa mère l’expédie déjà dans la baignoire (Lucie, sa sœur, vient d’y abandonner sa pelisse de louvette). Un peu plus tard, au dîner, c’est l’heure des récits:
«Terrible, ce week-end, raconte Matthieu, j’ai pu inaugurer mon opinel pour le dîner d’hier soir: on avait prévu des patates cuites sous la cendre et des saucisses grillées! C’est de la cuisine trappeur, on n’utilise pas de casserole ni de planche à découper, mais on apprend à se servir de ce que la nature peut nous offrir… Et puis cet après-midi, il y a eu le grand jeu dans la forêt: à un moment, on poursuivait l’équipe des Fennecs, mais elle nous a semés, et on a failli se perdre! Heureusement qu’il y avait Antoine, le pilote de l’équipe: avec la carte, les numéros de parcelle et les sentiers tracés, il nous a vite remis sur le chemin. Et même, on a marché à la boussole à travers les fourrés pour rattraper notre retard, et on est arrivés les premiers!…»

L’enthousiasme de Matthieu est pourtant sérieusement compromis. Le scoutisme va en effet devoir affûter ses meilleurs arguments pour résister au rouleau compresseur des normes en matière d’hygiène alimentaire et de vie collective, qui voient le jour de façon croissante: plans de travail en inox, échantillons des repas, conservation ultra-réglementée des aliments, javellisation des jerrycans plusieurs fois par jour, règles sanitaires pour l’agencement des douches et des toilettes, affectation de personnel aux cuisines… Pour les équipes de responsables des groupes EEUdF, il ne s’agit plus d’agir avec raison et bon sens, mais de mettre en œuvre des directives qui s’appliquent en premier lieu à des cantines scolaires préparant des centaines de repas par jour et à des centres de vacances en dur. C’est déjà là que le bât blesse: le scoutisme, privilégiant le groupe restreint, la coéducation des jeunes et la vie dans la nature, n’a pas de raison de rentrer dans de tels dispositifs.
Visant à instaurer le «risque zéro» dans tous les domaines, cette évolution de la législation répond à une exigence sécuritaire de plus en plus aiguë dans la société: inquiétude des parents, médiatisation à outrance des faits divers, sur-réglementation par les institutions (mairies, directions départementales Jeunesse et Sports, préfectures, ministères…) qui cherchent à se préserver en cas d’incident… En dépit des maigres possibilités de concertation et du lobbying des associations d’éducation populaire, la plupart des mesures ne prennent pas en compte les arguments pédagogiques majeurs qui font l’intérêt du scoutisme.

Si Matthieu cuisine sur le feu, en découvrant comment utiliser les moyens à sa portée, c’est parce que le scoutisme lui offre de s’impliquer dans la vie quotidienne de son équipe, en développant de la débrouillardise, des savoir-faire techniques, et avec l’aide des éclaireurs plus âgés qui lui montrent par exemple comment planter la tente pour éviter qu’elle ne prenne l’eau au premier orage. Supprimer le risque que l’équipe de Matthieu puisse se perdre en forêt, c’est empêcher que des jeunes de 15 ans assument la responsabilité d’une équipe grâce à des compétences précises (se repérer dans la forêt, tracer un azimut…) Pour le scoutisme unioniste, il s’agit bien de donner aux adultes un rôle essentiel et sans ambiguïté. Ce sont les responsables, en position d’éducateur, qui donnent aux enfants les moyens concrets de vivre des projets ambitieux, dans les meilleures conditions. C’est parce qu’éclaireuses et éclaireurs possèdent des connaissances leur permettant de faire face aux situations qu’ils rencontrent, et même d’agir sur leur environnement, que les responsables peuvent prendre le risque de leur faire vivre des activités en autonomie.

En 1998, l’affaire de l’abbé Cottard illustrait tragiquement ce qu’était l’inconscience face au risque. Mais la méthode scoute n’est pas la pédagogie de l’épreuve, c’est celle de la confiance.

Le risque "zéro" en médecine, mythe ou panacée
Par Dominique Pateron, chef du Service des Urgences du CHU Jean-Verdier, Université de Paris XIII.

Notre société est marquée par une anxiété de l’incertitude. Dans la prise en charge médicale, le risque est un générateur majeur d’angoisse. Le moment où survient l’hypothétique événement redouté est inconnu et l’évaluation du risque lui-même est souvent imprécise. Le risque médical «zéro» est un idéal vers lequel le médecin devrait tendre et qui est devenu une attente compréhensible du malade. Cette attente est-elle réaliste?

L’acte médical dans ses composantes principales, diagnostique et thérapeutique, est dominé par le choix du praticien guidé par la balance bénéfice-risque. Il y a quelques décennies, le médecin «tout savoir» gommait par sa seule présence le facteur risque, cette omission étant acceptée tacitement par le malade. Le risque était alors renvoyé dans le domaine du hasard ou de la malchance. Depuis lors, le médecin est redescendu sur terre et notre société est passée du concept du médecin «tout puissant» au concept de la médecine «idéalisée», scientifique. L’acte médical pourrait être réduit à sa composante «bénéfice», celle du «risque» étant systématiquement anticipée et tendant vers zéro (comme le dirait un mathématicien). Cependant le risque, notamment thérapeutique, existe. On lui a même donné un nom: la iatrogénie. Ce risque est permanent et non limité aux situations graves, alors qu'il n’apparaît tolérable qu’en fonction de la sévérité perçue de la maladie. Or, il existe parfois des risques graves (rares) pour des maladies bénignes. Il ne viendrait à l’idée de personne de contester le risque hémorragique lié à la thrombolyse (médicament qui dissout les caillots des coronaires) dans l’infarctus du myocarde, mais peu pensent qu’un acte médical aussi banalisé que la prescription d’un antibiotique pour une angine comporte un risque de réaction allergique potentiellement grave voire mortel.

Poids du risque médiatisé

Comme on l'aura compris, le risque «zéro» est un leurre car sans risque, il n’y a pas de bénéfice possible. L’échographie en obstétrique en est un bon exemple. À ne pas accepter qu’un médecin puisse méconnaître une malformation fœtale (risque «zéro»), on aboutit au refus de nombreux gynécologues américains et plus récemment français d’effectuer l’examen échographique prénatal (bénéfice «zéro»). Le risque «zéro» est une sorte de tour de Babel où l’homme risque de perdre son énergie et de voir son «langage médical» brouillé.
La médecine d’urgence se caractérise par une triple mission d’accueil, de tri et d’orientation des malades. Elle est marquée par une empreinte temporelle forte, celle des premières heures de la médicalisation. L’imprévu et cette empreinte temporelle alourdissent naturellement le poids du risque. De ce fait, les urgentistes sont encore relativement épargnés par ce mythe.
La prévention du risque minime, dont une forme très actuelle est le principe de précaution, engendre des effets pervers. Il peut entraîner en particulier la négligence du risque réel mais peu évident au profit du risque faible mais mis en avant par la société ou les médias. On a insisté en permanence sur le risque de légionellose lié au système de climatisation des hôpitaux, mais on a beaucoup moins parlé de l’intérêt de la climatisation dans la prévention des coups de chaleur responsables de 10 000 décès cet été.

Ce constat n’exonère pas le médecin d’un effort de rigueur pour effectuer le meilleur choix pour son malade en fonction du bénéfice-risque. Il lui impose surtout un devoir d’information pour passer du mythe du risque «zéro» à la réalité du risque évalué et réduit à son minimum. Il est indispensable que le risque redouté et que le bénéfice attendu soient annoncés au malade et que celui-ci ait la possibilité de les accepter ou de les refuser avant que les mesures médicales proposées soient mises en œuvre. Cependant, vouloir les dissocier est une chimère.

Tendre vers le risque zéro.
Entretien avec Jean-Brice de Bary, maire d’un village de 4200 habitants, à 25km de Paris. Propos recueillis par Éliane Humbert, du journal «La Voix Protestante».

Le risque zéro est un faux problème: s’efforcer de supprimer l’ensemble des risques conduit à un blocage total de la vie quotidienne, à un immobilisme dramatique et surtout faussement rassurant, car le risque zéro n’existe pas.

Par contre, il est nécessaire de communiquer, d’informer, de façon pédagogique, pour conduire chacun à prendre conscience des risques; à prendre en charge sa propre sécurité sans se reposer sur les règles et les garde-fous.

Par exemple: notre école communale est séparée de son gymnase et de son restaurant scolaire par une rue. Les parents d’élèves sont toujours très inquiets de savoir que les enfants doivent traverser cette rue. Naturellement la municipalité a pris des dispositions matérielles de signalisation, de présence d'agents et envisage avec le département un rétrécissement de la chaussée. Certains administrés souhaiteraient un passage souterrain ou une passerelle. Il est infiniment plus formateur, pédagogique… et réaliste (pour notre village!) de mettre tous nos efforts dans la pédagogie et la communication auprès des enfants, des enseignants et du personnel, afin de les responsabiliser individuellement et collectivement.

Autre exemple bien dans l’actualité: la commune est dotée depuis plus de dix ans d’un système de téléalarme, qui est proposé à toutes les personnes âgées et/ou isolées: il ne saurait être question d'imposer à qui que ce soit l'adoption de ce système de sécurité.
C’est en développant la conscience des responsabilités de chacun que l’on peut efficacement faire diminuer les risques.