Décembre 2002


 


Éditorial: Avent et Noël, an nouveau… Francis Diény
Étude biblique: Magnificat, Jean-Marc Heintz

Les articles
 

Assemblée consistoriale
Le périple turc
Le christianisme entre secte et sagesse
Évolution de la famille aujourd'hui
Noël avec Saint-Étienne Réunion


Le dossier
 

Actualité des récits de l'enfance, Élian Cuvilier
Un air de Noël à Bethléhem, Mitri Raheb
Fêtes religieuses au Mexique, Janick Pilot
De Pâques à Noël, entretien avec Mgr Jérémie, Didier Weil
La lumière de l'arbre vert, Élisabeth Hauser



 
AVENT ET NOEL, AN NOUVEAU
 
Est-il mauvais de se rappeler une tradition? Surtout quand il y a quelque chance qu'elle soit oubliée! Figurez-vous que c'est le cas de l'Avent. Pour les chrétiens, le nouvel an ne se fête pas le premier janvier. Cela, c'est pour la société laïque et civile où nous vivons. Mais pour nous, le jour de l'an c'est le premier dimanche de l'Avent. Consultez les recueils de liturgie, y compris ceux de l'E.R.F., et vous y lirez que vous avez un «dernier» dimanche de l'année ecclésiastique. Puis s'ouvre une année nouvelle, le dimanche suivant: c'est l'Avent, ce qui advient, ce qui vient, c'est Celui qui vient: Jésus. Ainsi l'année chrétienne commence avec le cortège d'arrivée et la naissance de Jésus.

Cortège d'arrivée? C'est un défilé en quatre étapes. Le premier dimanche on se souvient d'Adam. Non, il ne s'agit pas du premier homme, c'est là une notion historique sans fondement. Il s'agit de rappeler que vous êtes des créatures de Dieu. Dieu vous a placés en face de lui pour un dialogue d'amour dans la liberté. C'est très proche du nouvel an juif qui célèbre la création. En arrivant au temple, dites?vous «bonne année»!

Le deuxième dimanche on se rappelle Abraham. Vous revivez avec lui la démarche première de la foi: Abraham crut à Dieu. Il fut appelé le père des croyants. Il a tout quitté pour se «mettre en marche» vers la terre promise. Ainsi est votre foi.

Le troisième dimanche on se rappelle les prophètes. Vous revivez avec eux tout ce qu'ils ont exigé: revenir à Dieu, purifier sa vie, dire l'amour de Dieu.

Le quatrième dimanche on est avec Jean le Baptiseur, au milieu de la foule des repentants qui se préparent à accueillir le Messie. Vous vous préparez aussi.

Alors vient Noël, qui célèbre cette naissance étonnante de Jésus. Ici contrairement à la coutume des festivités paganisées d'aujourd'hui, les chrétiens célèbrent le DON DE DIEU. Noël est une très humble fête familiale, complétée d'une très simple fête paroissiale. On y allume beaucoup de lumière (Jésus est la lumière du monde).

Puis c'est l'Épiphanie, le premier dimanche de janvier. Épiphanie veut dire «apparition au?dessus». Vous célébrez l'étoile et l'adoration des mages. L'étoile est représentée avec six branches (l'étoile de David), en raison de notre foi: Jésus est proclamé «Messie» ce qui se dit «Christ» en grec. Et le Messie est «fils de David».

Il ne me reste qu'à vous souhaiter «bonne année!», de bonnes fêtes, et surtout que Jésus soit bien le centre de votre vie. Avec lui toute existence retrouve l'équilibre.

Francis DIENY



Méditation sur le magnificat
 
46 Alors Marie dit: " Mon âme exalte le Seigneur
47 et mon esprit s'est rempli d'allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur,
48 parce qu'il a porté son regard sur son humble servante. Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse,
49 parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses: saint est son Nom.
50 Sa bonté s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.
51 Il est intervenu de toute la force de son bras; il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse;
52 il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles;
53 les affamés, il les a comblés de biens et les riches, il les a renvoyés les mains vides.
54 Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté,
55 comme il l'avait dit à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa descendance pour toujours. "


Dieu, pour devenir homme, a choisi de naître de la manière la plus humble et cachée en se choisissant une jeune fille pauvre d'Israël. Elle porte le nom de Marie et on ne sait rien d’elle en dehors du fait qu’elle est fiancée à un certain Joseph . Avait-elle une raison particulière, venait-elle d’une famille exceptionnelle, rien n’est dit, au contraire, Luc soulignera le choix libre de Dieu, une décision par grâce.

Dieu s’engage dans l’humanité, c’est le mystère de l’Incarnation.
Comme le chante Marie, Dieu continue son oeuvre de salut, commencée avec Abraham, en intervenant d'une manière très particulière auprès d’elle.
Dans l'évangile de Luc, dans les deux premiers chapitres, Dieu se fraie un chemin dans deux histoire de femmes, parentes, en l'occurrence.

L'évangéliste Luc, au contraire de Matthieu, ne s'intéresse pas au côté scandaleux de la grossesse de Marie. Au contraire, son récit nous fait découvrir des interventions divines auprès de plusieurs personnes, celles-ci s’enchaînant d’une manière logique, d’une manière théâtrale, où l’on a affaire aux premiers actes d’une pièce qui ne font que donner un décor, paradoxalement cohérent et acceptable en vue de l’entrée en scène du héros principal Jésus de Nazareth.

Dans les premiers chapitres de l’évangile de Luc, les passages de l'Esprit Saint dans l'histoire d'hommes et de femmes sont ponctués d'exclamations de joie et de chant.
Luc décrit un temps avant la naissance de Jésus comme heureux, voire enviable tant la joie s'entend à travers  les chants de Zacharie, de Marie.

Dieu se fraie un passage à travers deux destins de femmes qui, de prime abord, n’avaient rien d’exceptionnelles et en même temps n’ étaient pas au départ porteuses d’espérance : la première ne pouvait pas avoir d'enfant et l'autre ne pouvait plus en avoir.
On se retrouve là plongé dans les grandes sagas de l'Ancien Testament avec Sara, Anne (mère de Samuel), Ruth etc... Des situations de femmes qui apparaissaient sans issue se dénouent par une intervention de Dieu. L’annonce d’une naissance impossible signifiait bien une intervention de Dieu. Non pas pour flatter l’ego de la mère , mais intervention de Dieu auprès de son Peuple.

Une naissance en vue provoquait invariablement l'allégresse. Elle était malgré tout signe d’un salut proche.

Au temps de Marie, l'attente messianique était si forte que chaque femme  d’Israël enceinte pouvait espérer mettre au monde le messie tant attendu.

Est-ce que Marie était vraiment consciente de porter en son sein le Sauveur du monde ?
Est-ce que chaque femme qui met au monde un enfant ne croit-elle pas qu’il est un être exceptionnel ?

C’est bien sûr une question de foi. Abraham citée à la fin du Magnificat est la grande figure du croyant qui ose quitter son monde pour suivre un Dieu qui va établir une alliance qui transcendera les générations.

Marie, femme issue de cette alliance, femme comme n’importe laquelle, du fin fond de la terre d’Israël est invitée à croire au salut, à croire à l’espérance qui avait donnée à Abraham et qui doit se concrétiser à travers le fruit de ses entrailles.

Et Marie, toute heureuse, croit.

Quel est véritablement le contenu de sa foi ?
Nous ne le saurons jamais et les évangiles sont divisés sur la question.

On la retrouvera pourtant au pied de la croix.
La joie de Marie s’exprime dans ce fameux chant appelé « Magnificat » du premier terme dans la version latine « magnificat mea anima Dominum ».
Son chant est émaillé de citations de psaumes qui le place dans une longue généalogie d’expressions d’espérance, de détresse, d’intercession, de louange, en fait d’expression d’une prière de tout un peuple.

Marie avec ce chant incarne Israël qui loue son Dieu pour tous les bienfaits, pour son alliance, pour le salut qu’il fait entrevoir. Le salut consiste à relever les plus petits, les plus humbles, à renverser les puissants, bref à instaurer un Règne de Justice, un règne du Dieu de l’Alliance.

La grâce de Dieu rencontre Marie dans sa pauvreté et son humilité. Choisissant une fille d’Israël en une bourgade obscure, au fin fond de la campagne de Galilée, Dieu fait éclater sa grâce et sa force dans la faiblesse et impuissance humaines apparentes. Marie, bien qu’elle devienne porteuse d’un Salut qu’elle ne peut pas encore totalement définir, se considère humblement la servante de Dieu et renvoie son expérience de future mère à l’Histoire d’Israël, elle se situe dans ce peuple. Elle ne s’en écarte pas et sa foi correspond alors au « père » Abraham.

Comme à Marie, il nous est proposé d'accoucher d'une nouvelle création , de mettre au monde de l'espérance. C'est une annonce d'un changement de vie, d'une nouvelle naissance.
Au tout début de son évangile, Luc nous parle de bouleversements inimaginables. L'impossible est devenu possible, l'espérance la plus folle est devenue réalité. Tout peut encore se modifier, se transformer. N’est-ce pas cela Noël ?

« Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s'est rempli d'allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur »...
 

Le christianisme entre secte et sagesse

Compte rendu de la conférence d'André Gounelle
 

André Gounelle observe que le christianisme oscille toujours entre deux manières opposées de concevoir la foi, qu'il qualifie de secte et de sagesse. Détaché de sa connotation péjorative récente, le terme secte désigne les communautés de croyants qui se réclament d'une vérité venue d'ailleurs et André Gounellequi tend à les séparer des autres hommes. Quant au mot sagesse, il recouvre les connaissances et les valeurs que les hommes tirent de leur propre expérience profane ou religieuse, et qui les portent à s'unir.


Le rapport au monde

Pour les spiritualités de type sectaire, tout ce qui vient des hommes se trouve sous l'emprise du "prince de ce monde" qu'est Satan, selon une expression biblique. Le péché d'orgueil qui dresse l'humanité contre Dieu depuis les origines a irrémédiablement perverti la création. Il n'existe pas d'autres vérités que celles dévoilées par Dieu dans la Bible, et le croyant doit rejeter les enseignements fallacieux des philosophies et des sciences. Révélation divine et culture humaine sont antinomiques. Au IIIème siècle, Tertullien estimait que la vie chrétienne n'est possible qu'à l'écart de la société. Par la suite, de nombreux courants monastiques ont prôné la sortie du monde comme l'unique voie de la perfection. Et la Réforme protestante a connu à son tour une radicalisation de ses perspectives, avec entre autres les anabaptistes qui prêchèrent le rejet du politique. De telles tendances resurgissent périodiquement, surtout en temps de crise. Pour être chrétien, il ne faut ne se fier qu'à Dieu et n'obéir qu'à lui, sans craindre d'être objecteur de conscience et insoumis. Dieu seul compte dans la ligne de ce prophétisme intransigeant.

Pour les tenants des spiritualités de sagesse, la création est une œuvre fondamentalement bonne qui révèle le Créateur. La vérité divine se manifeste dans la réalité du monde, et la réalité du monde renvoie à la vérité divine. Créé à l'image de Dieu, l'homme est doué de la capacité de comprendre le monde et investi de la responsabilité de le développer au mieux de ses potentialités. Le spirituel et le profane, la foi et la raison, la religion et la culture ont vocation à collaborer. Au IIème siècle, Justin Martyr soulignait que le vrai chrétien ne peut être qu'un bon citoyen, participant activement à la vie de la cité ; et aujourd'hui, les valeurs chrétiennes et la Déclaration des droits de l'homme sont perçues comme convergentes. Loin d'être suspectées, la philosophie et les sciences sont valorisées. La théologie doit dialoguer avec elles pour repenser la foi à la lumière des progrès de la pensée. N'est-ce pas déjà de cette manière que le christianisme s'est construit au contact de la philosophie hellénistique et de l'humanisme de la Renaissance notamment ?

Le rapport avec Dieu

Où l'homme peut-il rencontrer Dieu ? Là aussi, secte et sagesse ont des réponses contradictoires. Pour le courant sectaire, Dieu seul peut valablement parler de lui, et ce n'est que dans les Ecritures qu'il l'a fait. Hors d'elles, il n'existe qu'illusion et mensonge. Quand Dieu intervient, c'est à la faveur d'événements surnaturels qui bouleversent l'ordre de la nature et le cours de l'histoire. Après s'être exprimé par les prophètes d'Israël, il s'est incarné dans un homme pour se révéler pleinement et une fois pour toutes à l'humanité. En Jésus, il s'est manifesté d'une façon absolument incomparable et qui échappe à l'entendement humain, à travers une existence miraculeuse et pleine de miracles, couronnée par l'incroyable résurrection d'un crucifié. Seule la Bible véhicule cette paradoxale révélation divine, qui constitue l'unique voie d'accès à Dieu. L'homme ne peut rien par lui-même ; mais la religion l'éclaire au moyen des textes sacrés, et ses célébrations l'arrachent à l'exil terrestre en anticipant sa rédemption. Le salut relève exclusivement de la transcendance divine.

Sans nier que la Bible puisse aider l'homme dans sa quête de Dieu, les spiritualités se rattachant à la sagesse refusent d'admettre que des écrits prétendus dictés par le ciel détiennent le monopole de la vérité, à l'exclusion de toute autre approche des mystères divins. Pour elles, le surnaturel est quasiment superflu : Dieu habite le monde qu'il a créé, et tout particulièrement dans les profondeurs de l'intériorité humaine. Les sagesses romantiques invitent à discerner la présence de Dieu dans la nature, les sagesses politiques dans l'histoire, les sagesses esthétiques dans l'art, les sagesses philosophiques dans la contemplation métaphysique, les sagesses mystiques dans l'expérience religieuse la plus intime, et chaque homme peut découvrir par lui-même des chemins personnels menant à Dieu. Spinoza, Rousseau et Kant, ainsi que tous ceux pour qui le ciel étoilé au-dessus de nous et le sens moral en nous reflètent le Créateur, sont reconnus comme des témoins de Dieu.

Secte et sagesse ensemble

 La Bible enseigne que la Parole de Dieu se dit en même temps par les prophètes et les sages, et qu'il ne peut en être autrement. Israël devait écouter les uns et les autres. Jésus a inscrit sa révélation dans ce double courant, insistant tantôt sur les ruptures exigées par l'avènement du Royaume de Dieu, tantôt sur la présence et l'action universelles de Dieu dans la création. Et les écrits du Nouveau Testament illustrent bien cette double démarche. Tout en affirmant que la sagesse grecque n'est que folie aux yeux de Dieu, Paul s'inspire largement de la morale stoïcienne pour exposer les vertus chrétiennes. Quant à l'évangile de Jean, qui oppose la lumière aux ténèbres et Dieu au monde, il est dans son entier éclairé par le thème du logos ou verbe, emprunté à la philosophie grecque, qui lui sert de magistrale introduction.
De fait, chaque croyant et chaque Eglise éprouvent simultanément la séduction de la radicalité sectaire et l'attrait pour une généreuse sagesse humaine, et ces deux tendances se trouvent sans doute présentes dans toutes les religions. Il n'existe donc pas de secte excluant toute sagesse, ni de sagesse vide de toute transcendance ; mais privilégier l'une de ces tendances au détriment de l'autre comporte toujours de graves dangers. A. Gounelle estime que secte et sagesse doivent s'associer : "Chacune apporte un élément nécessaire. Leurs vérités se corrigent et se limitent mutuellement. Si l'équilibre se rompt, si la balance penche trop d'un côté, elles deviennent insensées." L'intransigeance religieuse condamne à la solitude, l'immersion inconsidérée dans le monde à l'insignifiance. Pour faire cheminer l'homme vers Dieu, le christianisme ne connaît pas d'autre voie que celle, divine et humaine à la fois, que Dieu lui-même emprunte pour aller vers les hommes : entre secte et sagesse…

Pour tranchée qu'elle apparaisse dans les principes, l'opposition entre secte et sagesse n'est pas insurmontable en pratique, d'après A. Gounelle. La tolérance issue de la démocratie et le statut désormais minoritaire des chrétiens créent une situation nouvelle. Tandis que les options sectaires enferment leurs adeptes dans les limites de la vie privée et les contraignent à renoncer à toute influence sociale, les "saintes alliances" de l'autel ou de la chaire avec le trône ne sont plus imaginables et la religion ne peut plus régenter la société. Mais au nom de la transcendance à laquelle elle se réfère, l'Eglise de Jésus-Christ a toujours vocation à interpeller le monde en même temps qu'elle doit recevoir de lui les critiques dont elle peut faire l'objet. Au rejet du monde ou aux compromissions avec lui doit se substituer une collaboration fraternelle, à base de compromis honnêtement négociés en vue d'une société plus humaine. Les livres évangéliques et l'évangile gravé dans le cœur de chaque homme s'avèrent pareillement indispensables pour approcher Dieu et témoigner de lui.

Jacqueline Kohler

Texte intégral de la conférence sur Internet www.pacariane.com/CCCSundgau. Copie disponible gratuitement : CCC Sundgau, 8, rue principale, 68960 Oberdorf.

Le 14 mars prochain, Maurice Bellet: "La foi chrétienne après le christianisme"

Assemblée consistoriale du 26 octobre

Pour la première rencontre de cette année scolaire, les délégués de notre paroisse à l’assemblée consistoriale ont tout d’abord chaleureusement accueillis les nouveaux pasteurs arrivés à la rentrée.

Après quelques votes pour renouveler le conseil d’administration du Diaconat (dont tous les membres sont protestants) et un état des lieux, présenté par le pasteur M. CORDIER,  quant au dialogue de nos Églises historiques avec les différentes communautés évangéliques souhaitant entrer dans la Fédération Protestante de France, Sonia MIESCH, pour le GAC, a présenté à l'Assemblée la situation de la catéchèse scolaire à la rentrée 2002. D'une manière générale, la situation est satisfaisante pour les collèges grâce aux heures de religion assurées par les pasteurs, même s'il faut bien constater que les parents inscrivent de moins en moins leurs enfants en cours de religion. Pour le primaire, la situation est plus préoccupante. La formation exigée par nos Églises décourage les bonnes volontés et nous risquons de manquer de catéchètes dans un futur proche. Sur cette question, le président du consitoire s'est entretenu avec le pasteur Gérard JANUS, responsable des services de la catéchèse, afin de tirer la sonnette d'alarme. Le pasteur JANUS, conscient des difficultés, a proposé un assouplissement significatif de la formation dont une bonne partie pourra se faire à Mulhouse.
Le président à remercié Sonia Miesch et Francine SCHLECHT pour leur engagement et la qualité de leur travail au service de la catéchèse.

Il fut ensuite discuté du budget 2003 de l’ERAL. Comme toujours, il est on ne peut plus «ric-rac». Le trésorier, J. L. GINDENSPERGER a rappelé que pratiquement l’ensemble des sommes pour assurer ce budget provenait de l’offrande synodale, donc des dons de tous les paroissiens. Sans ces dons, notre Église ne peut fonctionner.

Enfin, le président P. AUBERT a rappelé quel était le cadre juridique de nos paroisses, en insistant pour que chaque paroisse respecte rigoureusement  les règlements imposés par l’État lors des prochaines élections de conseillers presbytéraux (non pas pour être pointilleux ou pour compliquer les chose, mais tout simplement parce que vu notre statut concordataire, ces élections sont semblables à n’importe quelle élection républicaine et que,  pour être crédibles et sérieux, nous nous devons de respecter les règles).

À 18h, tout le monde s’est quitté en se souhaitant un bon travail, conscient que ce n’est que dans la collaboration que l’Église pouvait vivre et assumer sa mission.

JMM

Les évolutions familiales aujourd’hui
 

À l’invitation du groupe œcuménique de Thann, le pasteur Gérard KRIEGER est venu débattre d’un sujet d’une brûlante actualité.
L’Eglise est confrontée aux mutations, aux changements, aux évolutions familiales et elle ne peut pas s’enfermer dans une tour d’ivoire. Le refrain nostalgique « la famille n’est plus ce qu’elle était » est bien connu. Mais qu’a-t-elle été au juste ?

Une étude de la revue Population en dresse ce portrait saisissant. Deux siècles, peu de choses dans l’histoire de l’humanité, sont pris en considération : 1800 – 2000.

1800, donc hier : « Né dans une famille de cinq enfants, tout jeune, il connaît un seul de ses grands-parents. Il connaît trois famines graves, trois ou quatre disettes ou chèreté de grains, quatre ou cinq épidémies (typhus, etc.), de nombreuses maladies endémiques (typhoïde, scarlatine, etc.). Il souffre plusieurs fois, sans pouvoir y remédier, de douleurs aiguës (rage de dents, par exemple), blessures ou plaies infectées graves. Il côtoie dans sa vie misère et infirmité. Il voit mourir autour de lui une grand-mère, ses deux parents, trois frères ou sœurs, deux ou trois de ses enfants. Pour se marier, il est motivé non tant par l’attrait, mais surtout par des besoins du groupe familial. Il a contracté mariage vers 28 ans avec une jeune fille de 25 ans. Leur union dure en moyenne statistique 17 ans. Elle est rompue par la mort. Restée veuve (il est parti avant elle, ce qui est encore le cas aujourd’hui), elle meurt à 53-54 ans. »
Tout ceci en tenant compte de toutes les mortalités.

2000, aujourd’hui : « Il est né dans une famille de deux ou trois enfants. Il connaît ses 4 grands-parents. Il ne souffre que de quelques maladies bénignes de l’enfance. Il rencontre rarement la misère et les douleurs reculent devant des soins gratuits. Il voit mourir ses 4 grands-parents. Il rencontre une jeune fille qui a fait des études aussi longues que lui. Ils se plaisent, ils se marient, lui vers 28 ans, elle vers 26 ans, souvent après avoir cohabité plus ou moins longtemps ensemble. Ils perdent leurs parents quand ils ont 50 ou 55 ans. Leur union (si elle dure) dure en moyenne 50 ans. L’homme meurt à 76 ans, la femme à 82 ans.

Ces chiffres concernent évidemment les familles occidentales. Jamais il n’y eut dans une société aussi peu de mortalité et tant de confort.

Le concept de la famille a évolué à travers le temps.

Quand nous parlons de famille, nous parlons de la famille traditionnelle qu’ont connu nos parents et grands-parents. Elle est fondée sur un mariage stable, sur une division du travail entre l’homme et la femme selon une répartition classique des rôles : l’homme travaille à l’extérieur, pourvoyeur de moyens. La femme s’occupe de la gestion de la famille, la gestion de l’argent, le ménage et l’éducation des enfants au quotidien. La famille était une chose trop importante, si l’on peut dire, pour être réglée prioritairement l’amour. Dans ces ménages, souvent arrangées, l’amour n’était pas la chose la plus importante. Si les deux qui avaient contracté mariage découvraient l’amour, c’était une grâce. Et ces mariages tenaient le plus souvent.

On constate que les mariages fondées uniquement sur « un coup de cœur » ne tiennent pas. Il faut de transformations profondes dans la relation du couple pour consolider l’union.
En Occident, il y a une forte aspiration au bonheur après tous les drames du XXème siècle. Les hommes et les femmes veulent se choisir et se marier par amour (alors qu’auparavant on se mariait et on apprenait à s’aimer). L’institution du mariage et de l’amour conjugal vont coïncider. Le mariage n’aura plus comme but unique la procréation. Mais le mariage est quand même une engagement qui impressionne les jeunes d’aujourd’hui. Contrairement à l’idée répandue d’un mariage dévalorisé, les jeunes prennent le mariage très au sérieux. Il serait même survalorisé. Ils en attendent de trop. La réalité n’est pas toujours à la hauteur de ces attentes, et c’est là qu’il y a risque de rupture. C’est ici qu’il y a un énorme travail à faire avec les jeunes générations. Comme gens d’Eglise, nous devons donner une idée vivante et dynamique du mariage. Si nous donnons l’image que dans le mariage on se sécurise et qu’ainsi le travail est accompli, nous faisons du mauvais travail. « Le mariage n’est pas une chose faite une fois pour toute » (Alain).

Les mutations des trente dernières années

Nous partons des années 60 où le mariage consolidait le couple et fondait la famille, jusqu’à aujourd’hui avec les bouleversements et la fragilisation des liens familiaux qui se décomposent et se recomposent.

Il y eut la « Révolution culturelle » de nos pays occidentaux et mai 68. On a voulu casser les carcans d’une société conservatrice, traditionnelle et autoritaire, hiérarchique et autoritariste. Cela s’est passé dans les rues, mais il y avait déjà eu des signes avant coureurs : le plein emploi et l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, les filles qui font des études avec l’accord des parents, la mixité dans tous les domaines de travail brouille les anciens repères traditionnels, l’accession libre à une contraception sûre et maîtrisée.

1944 : droit de vote des femmes.
1945 : congé de maternité, qui ira en s’allongeant tous les 10 ans.
1967 : loi Neuwirth
1970 la notion juridique de puissance paternelle est remplacée par l’autorité parentale conjointe
1975 : loi Weil sur l’I.V.G. pour lutter contre les avortements clandestins et vote du divorce par consentement mutuel

A partir de 1970 : montée de la courbe des divorces et baisse des mariages.

Mais depuis deux ans, on assiste à un regain d’intérêt des jeunes couples pour le mariage. Le PACS n’a pas cassé le mariage. Il y a beaucoup de remariages, mais beaucoup aussi se remettent en couple après divorce sans se remarier : 30 000 000 personnes vivent en couple, 4 000 000 vivant en concubinage.

La proportion des enfants nés hors mariage se monte à 40% des naissances, voire même 51% pour les premiers-nés. Cela se constate aussi dans les paroisses avec un accroissement sensible des demandes de mariage et de baptêmes simultanés. De plus en plus souvent, il y a mariage entre le 1er et le 2ème enfant. La reconnaissance paternelle des enfants naturels a augmenté en 30 ans de 25% à 95% aujourd’hui. Il y a donc, et c’est nouveau, une responsabilisation du lien paternel et un choix délibéré des couples de faire un enfant avant le mariage.

La question se pose alors : pourquoi se marient-ils ? Les jeunes couple se marient pourtant, signe qu’ils en attendent encore quelque chose, quelque chose qui ne sera pas forcément à la hauteur de leurs attentes.

Il est évident dans ces conditions qu’on ne fait plus une préparation au mariage comme dans les années 60. Il faut apporter quelque chose à ces jeunes couples qui croient tout savoir, qui ont vu pour la plupart des cassettes X. Ils ont des images, mais la réalité de la relation c’est autre chose, c’est du vécu. Il y a un énorme travail d’éducation basique à faire !

Gérard HEINTZ

Le périple turc

À l’été 2002, le groupe de jeunes interparoissial de Mulhouse est parti en Turquie pour un périple aventureux. Aventure est le terme exact sachant que nous nous sommes soigneusement tenus à l’écart des circuits touristiques traditionnels. Partis d’Istanbul, nous avons plongé dans l’immensité Anatolienne. De paysages dantesques aux villages perdus, des rives de l’Euphrate jusqu’à celles du Tigre, nous avons découvert les confins d’un pays merveilleux.

Aventure humaine pour les jeunes également que de devoir s’adapter à la nourriture et aux relations attentionnées. Prise de conscience aussi des difficultés de la vie dans les provinces, des problèmes politiques aux frontières de la Syrie et de l’Irak. De la le bassin d'Abraham à Urfaquestion kurde aux tensions avec les pays arabes, du problème de l’exode rural vers la grande région d’Istanbul, des transformations économiques et sociales majeures que représentent les grands projets de barrages sur les fleuves (déplacement de population, changements climatiques, etc.), toutes ces questions ont profondément marqué les jeunes.

Un voyage qui les a changé, une aventure qui les a fait grandir. Nous tenons à Jean-Marc, notre guide et Mustapha notre chauffeurremercier également ceux qui, par leur dons, ont permis cette aventure.

Pour le groupe de jeunes, Roland Kauffmann




Noël 2002
 

- Actualité des récits de l’enfance -

Comment interpréter les récits de l’enfance de Jésus (Lc 1-2 et Mt 1-2) ? Le plus souvent, deux lectures s’opposent. D’un côté l’approche fondamentaliste qui défend une interprétation littérale de ces textes. De l’autre, une position rationaliste et scientiste pour laquelle ces récits ne sont que des fables dont il n’y a rien ou presque à retenir. Sur le fond, ces deux attitudes ont en commun de postuler que c’est « l’historicité » des textes (au sens que ce terme revêt dans une acception aujourd’hui dépassée) qui fonde leur vérité. Il est indispensable de dépasser cette opposition stérile en proposant une lecture « critique » de ces récits qui en dise leur pertinence. Tentons l'exercice avec le récit de Matthieu.


- « Comptes » de Noël
 

Et tout d’abord la généalogie (Mt 1,1-17) Elle nous dit que Jésus est bien inscrit dans l’histoire d’une famille et d’un peuple. Dans le même temps, au-delà du poids des précédences pesantes que suppose toute ascendance, elle nous apprend que de l’extériorité est inscrite, qu’une parole nouvelle se dit dans une existence où tout semble écrit d’avance. Le destin de Jésus n’est pas que l’aboutissement inéluctable du désir conjoint d’un peuple et d’une famille. En effet, à compter attentivement la liste des générations, on n’en trouve non pas quarante-deux comme le prétend Matthieu (cf. v. 17) mais quarante et une ! Erreur de scribe ou omission volontaire ? C’est indécidable. Le seul fait certain c’est qu’il en manque une. Qu’il y a du manque, qu’un grain de sable est venu gripper la machine trop bien huilée des engendrements successifs. Ce manque, ce quelque chose qui ne fonctionne pas bien, est là pour dire que tout n’est pas verrouillé. Dans ce « manque » d’une génération, il y a une autre origine, une autre parole est venu s’inscrire.


- Libre des liens du sang
 

Et cette autre parole, elle se manifeste dans le récit de la naissance de Jésus (1,18-25) : Joseph est un père adoptif (cf. v. 25), lié à son fils par une parole et une reconnaissance (v. 21) qui ne doivent rien à la chair et au sang. Au cœur des déterminismes les plus forts, Dieu vient inscrire sa liberté ! Car il s’agit bien pour Jésus de naître fils de quelqu’un. Mais fils de qui ? Fils de Joseph, charpentier de son état ou fils du Père céleste, premier-né de toutes les filles et fils qui trouveront libération et adoption en lui ? Telle est bien la question qui est au cœur de ce récit. Fils de Joseph, il le sera certes. Mais, Joseph, tel Abraham qui offre Isaac sur le Mont Morija, devra laisser ce fils devenir libre des liens du sang qui sont toujours des liens d’esclavages : c’est une des significations possibles de ce vieux dogme de la conception virginale de Jésus.


- Joseph le juste… « justifié »
 

Dans l’histoire de la famille de Jésus quelque chose de radicalement nouveau vient donc s’inscrire. À cette occasion Joseph, le « juste » (v. 19) découvre l’insuffisance de la justice ancienne qui a failli lui faire refuser le projet de Dieu. Il doit faire confiance à la seule parole de Dieu qui, contre les apparences, lui demande de prendre chez lui femme et enfant. L’obéissance à la Loi des Pères n’offre plus le Salut mais l’écoute d’une parole autre, celle qui invite à la confiance : tel Abraham, c’est désormais la foi seule qui met en route (v. 13-15).
- Une parole qui met en marche
 
Les Mages (2,1-12) eux aussi se sont mis en route. Ils ont tout quitté pour aller là où les conduisait leur désir. Mais leur désir/savoir n’est pas suffisant, il les met seulement en route. Et s’ils sont venus par un chemin, la Parole de Dieu les fait repartir par un autre (v. 12) ! Il n’y a pas continuité entre la quête des hommes et la Révélation : il peut y avoir un instant de rencontre mais celle-ci déplace et renvoie ailleurs. Quand aux scribes, ils sont certes les dépositaires des Promesses, ils en sont proches… et cependant ils n’en vivent pas, rien ne les met en route. Leur savoir est, indifféremment, au service de la quête authentique des mages comme de la folie meurtrière d’Hérode. Le savoir théologique est mort s’il n’est pas arrimé à une soif de rencontre, à un désir, à une interpellation radicale de la nouveauté de l’Évangile.


- Le cri de Rachel
 

Le « massacre des innocents » (2,13-17) est sans doute l’un des épisodes les plus difficiles de l’évangile. Comment se fait-il que Dieu ait permis ce geste fou d’un souverain morbide et décadent ?  Matthieu ne donne pas de réponse à cette terrible question… Il choisit plutôt de donner la parole à Rachel. Il se fait l’écho de la souffrance humaine, de la douleur que l’humain, confronté à la barbarie de ses semblables, ne cesse de crier à la face du monde et parfois de Dieu.  Il nous rappelle aussi que la venue du Messie est signe de contradiction. Qu’elle suscite une opposition radicale des pouvoirs de ce monde. Mais, par l’appel de Jésus hors d’Égypte et son retour en terre d’Israël, Matthieu nous dit aussi que Dieu, loin de se désintéresser de la souffrance de toutes les Rachel du monde, en sera solidaire jusque dans la mort de son propre fils qu’il pleurera aussi à Golgotha.

Le cœur de l’Évangile, tel que nous le rapporte ce récit de l’enfance, n’est donc ni un savoir sur Dieu ni une morale, mais une parole de salut qui se reçoit dans la foi. C’est déjà ce que disait Luther : « Il t’est impossible de reconnaître Dieu sans dommage par ton imagination et par tes spéculations, sinon en te tenant à sa crèche. Si tu suis le chemin inverse, si tu commences par réfléchir à sa divinité, à la manière dont elle gouverne le monde, à la façon dont elle a détruit Sodome et Gomorrhe, si tu cherches à savoir si elle a prédestiné ou non tel ou tel homme, tu te casseras le cou et tu tomberas du ciel comme l’esprit malin. Mon cher, n’escalade pas le ciel ! Va d’abord à Bethléhem ! »


Elian Cuvillier
 

Un air de Noël à Bethléhem …
Mitri Raheb est pasteur luthérien, responsable de« Dar al-Nadwa », centre culturel de rencontres internationales à Bethléhem. Ce centre, inauguré en 1995, occupe des bâtiments anciens rénovés par de jeunes Palestiniens avec l’aide de jeunes Allemands. Le témoignage qui suit a été écrit en octobre 2002, et traduit par Yo Ludwig.
Jamais les rues de Bethlehem n’ont été comme ces mois-ci : les maisons en ruines, les hôtels en cendres, les rues éventrées. Jamais les habitants de Bethlehem n’ont été frappés par le malheur comme cette année : les enfants traumatisés, les adultes désespérés – la situation est sans issue. Bien des gens se demandent, en cette période de l’Avent, si le message de Noël n’a pas perdu sa force. N’est-il pas un conte de fées ? Noël est sans doute la fête la plus célébrée tout autour du globe : on célèbre à l’Est et à l’Ouest, au Nord comme au Sud. Cependant, je me demande si, à l’Est, il ne reste pas plutôt le profond désir de paix et si, à l’Ouest, on n’y voit pas davantage une occasion d’acheter et de consommer…..

Dans cette situation nous parvient la parole du prophète Esaïe, un compatriote qui a vécu au 8ème siècle, non loin de Bethlehem. A cette époque-là la Terre sainte était partagée, comme elle l’est aujourd’hui, une terre de guerre, de troubles, un pays dévasté. A ce moment-là les hommes et les femmes ne voyaient plus la lumière au bout du tunnel – l’avenir était morne et  gris. Pourtant, dans cette situation, Esaïe devait annoncer à ses compatriotes une Bonne Nouvelle : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi ». Il est bien vrai, ce n’était ni une consolation facile, la basilique de la Nativité à Béethléemni un vœu pieux. Esaïe voyait le salut qui s’approche, tangible et concret, avec la naissance d’un enfant. – Il s’était fait attendre bien longtemps, et à chaque naissance on devait s’interroger : serait-ce lui qui doit venir ? Jusqu’à cette nuit-là qui a vu la naissance de l’enfant dans une crèche. C’est ainsi que la parole du prophète s’accomplit. Ce n’était donc pas un conte de fée, mais un message adressé aux humains vivant du côté sombre de la vie. Cette réalité-là du message n’avait jamais été aussi claire qu’aux jours de la première Intifada palestinienne.

C’était en 1987. Je venais de terminer mes études en Allemagne et rentrais au pays, rempli de la joyeuse attente de pouvoir fêter Noël à Bethlehem – après sept longues années d’absence. La veille de Noël avait toujours été un temps exceptionnel à Bethlehem. La ville devait se préparer pendant tout un mois pour cette fête. Les rues brillaient de mille lumières colorées, et dans les magasins invitaient partout les arbres de Noël. Toute la ville sortait dehors et, à la veille de Noël, la population de Bethlehem et des environs formait une haie d’honneur pour recevoir le Patriarche accompagné d’éclaireurs, de cavaliers, de musiciens…

En décembre 1987, les choses avaient changé ; l’Intifada avait tout juste commencé. Les Palestiniens étaient nombreux à être incarcérés dans les prisons israéliennes ; beaucoup étaient blessés. Une nuit noire était tombée sur Bethlehem et une profonde tristesse s’était emparée de la ville. Ainsi la veille de Noël de  l’année 1987 à Bethlehem était bien différente de celles qui avaient précédé : elle était triste et silencieuse, les rues dévastées et vides. Personne n’était venu à la fête ; les célébrations avaient été annulées. Pas de réception du Patriarche, pas de Saint Nicolas, pas d’arbre de Noël décoré, pas de lumières.

Sur les murs de notre école luthérienne à Bethléhem, on pouvait lire cette inscription : « Désolé, cher Christ, cette année nous ne pouvons pas célébrer ta naissance. Nous ne pouvons pas illuminer les rues, ni te faire la fête ! » Pour moi, cette phrase représentait un défi. Que peut signifier la Bonne Nouvelle pour des gens qui sont habitués aux mauvaises nouvelles, me suis-je demandé, et j’ai recommencé à étudier le récit de Noël. A ce moment-là j’ai compris que l’Eternelle Lumière n’avait pas jailli dans un salon bien chaud ni dans une sphère féerique, mais qu’elle était née dans un monde bien réel et très concret, le nôtre. Dieu devient un homme auquel on refuse le droit à la vie et qui doit craindre pour sa vie. A peine a-t-il vu la lumière du jour qu’il devra quitter sa patrie et se réfugier loin, à l’étranger. Dieu ne devient pas seulement homme, il s’incarne dans l’enfant réfugié qui n’a rien où poser sa tête. Ce n’est pas un roman, une fiction, mais une réalité que vivent bien des humains dans ce monde : les réfugiés palestiniens au Liban, les familles américaines endeuillées, les Afghans chassés de leur pays. Dieu vient à eux et partage leur lourd destin. La lumière brille dans les ténèbres, Dieu entre dans l’Histoire. Voilà ce qu’annonce le prophète Esaïe ; voilà l’incarnation de Jésus le Christ, voilà ce qu’ont vécu les chrétiens palestiniens que nous sommes, mais aussi de nombreux chrétiens au cours des 2.000 ans passés. Ainsi Jochen Klepper*, témoin de l’une des périodes les plus sombres de l’histoire européenne – celle du national-socialisme – dit dans son poème : « Dieu veut habiter les ténèbres, et il les éclaire de sa lumière »

La Bonne Nouvelle ; Dieu veut aller jusqu’au plus profond de l’histoire et de l’existence humaines. Il nous visite dans notre solitude. Il vient vers nous, prend sur lui nos fautes et nos faiblesses, se fait notre compagnon dans nos défaillances et notre découragement, est à côté de nous dans nos maladies et dans la mort. Il vient dans nos villes dévastées, dans les ruines de nos maisons, il s’approche des enfants traumatisés. Il se fait proche et dresse sa tente au milieu de nous. Et voilà que jaillit la lumière, et nous ne sommes plus perdus dans les ténèbres. Le péché perd son pouvoir, la mort est vaincue. Tant de clarté autour de nous !

C’est ce que nous voulons aussi célébrer en cette année 2002, dans ce contexte si difficile. La célébration devient ainsi le signe d’une résistance créatrice. «  La puissance des armes ne pourra que tuer et nous perdre ». Dieu nous donne, en Jésus-Christ, la lumière et la vie : une vie si précieuse qu’elle ne doit être gaspillée en aucun cas ; une lumière qu’il ne s’agit pas de mettre sous le boisseau. Nous recevons la vie en plénitude pour que puissions, à notre tour, offrir la lumière - avec nos bougies allumées – à notre monde désespéré, donner un peu de chaleur et semer l’espérance. Car c’est cela Noël, vraiment ; la nuit s’éclaircit et la vie devient bénédiction.
 
 

N.d.t. : Jochen Klepper, * 1903 + 1942, écrivain et poète allemand , protestant, compositeur de cantiques. J.K. s’est suicidé avec sa femme juive et sa fille adoptive menacées de déportation par les nazis.
Fêtes religieuses au Mexique
 
 La foi, au Mexique, est métisse, comme la majorité de sa population. Étonnant Mexique qui n’a jamais fait table rase de son passé .Les influences de la culture et de la religion pré-hispaniques colorent les célébrations chrétiennes. Étonnant Mexique qui sait conjuguer indianité et christianisme. Au moment où, en Europe, nous disputions sur  «  la justification du pécheur par la grâce du Christ, par le moyen de la foi », les amérindiens recevaient de plein fouet et en plein cœur les conquérants et l'Évangile . De ce choc des cultures va émerger un christianisme où nous n’avons pas forcément nos repères .

Le mois de décembre est  une période de grande ferveur religieuse.
Dès les premiers jours du mois, la préparation du pèlerinage à la basilique de Notre Dame de la Guadalupe bat son plein . De tous les horizons du Mexique convergent  des foules immenses. Les pèlerins  viennent honorer  la Vierge brune . En 1531 , au pied du sanctuaire de la déesse Tonantzin , la mère des dieux aztèques , un pauvre indien , nommé Juan Diego,  a une apparition. Il s’agit de Notre Dame de la Guadalupe qui sera considérée comme la sainte patronne du Mexique. Elle demande qu’une église soit érigée à cet emplacement. Les fidèles rejoignent le sanctuaire à genoux. La nuit du 12 décembre, date anniversaire de l'événement,  ce ne sont que danses et chants . Les danses indigènes n’ont aucune connotation folklorique. Nous sommes en plein syncrétisme religieux.  Elles restent l’expression d’une spiritualité qui plonge ses racines bien avant la conquête espagnole.

L’autre grand moment du mois de décembre est bien sûr Noël . Comme en Espagne les enfants attendront la visite des Rois mages pour recevoir des cadeaux .   Noël a un caractère uniquement religieux. Dès le 16 décembre, des jeunes filles portent sur un brancard les statues de Joseph et Marie, habillées en voyageurs . Soir après soir l’hospitalité est demandée dans une maison différente. Il s’agit de retracer l’itinéraire de Marie et Joseph jusqu’à la crèche de Bethléem. A chaque halte des chants et des prières sont échangés.

Dans la nuit du 24 décembre Joseph et Marie rejoignent l’enfant Jésus( el nino Dios ) déposé dans une crèche devant l’église .Tout le village se rassemble alors pour la messe de minuit. Le lendemain sera dégustée la traditionnelle dinde à la mole, sauce au chocolat relevée de piment.

Conjointement ont lieu les posadas. Tout comme les Rois mages guidés par l’étoile, les familles partent  en procession. Elles viennent déposer sur la place du village bonbons et gâteaux qui garniront les pinatas. En terre cuite ou en papier mâché, la pinata représente  souvent une étoile à sept pointes qui sont les sept péchés capitaux .Elle sera brisée par les enfants qui les yeux bandés la frapperont le jour de l'Épiphanie .Cette pinata brisée est le symbole des forces maléfiques vaincues . Les enfants se réjouissent en dégustant les friandises.

Dans ces temps de l’Avent les marchés de Noël croulent sous  les fleurs . La célèbre noche buena orne les petits autels dressés dans les maisons. Cependant ce qui reste le plus exceptionnel , ce sont les crèches, de toutes tailles, de toutes couleurs.
Chaque famille se doit d’exposer derrière les fenêtres, sur des petits reposoirs ces personnages peints avec soin, où se mêlent décors religieux et décors profanes. Le métissage culturel reste proche. Les missionnaires ont greffé la foi chrétienne sur des rites et des croyances indigènes. Les similitudes avec le christianisme en ont favorisé l’adoption. Les Indiens Totonaques ne croyaient-ils pas que le Dieu Soleil devait envoyer son fils sur la terre pour réformer le monde ?

Janick Pilot
 
 

De Pâques à Noël
 
Entretien avec Monseigneur Jérémie, président du Comité Inter épiscopal orthodoxe, au sujet de Noël. Propos recueillis par Didier Weill.

Parler de la fête de Noël ne peut se faire qu’en la situant dans l’ensemble des fêtes liturgiques de l'Église orthodoxe ; non des Églises orthodoxes mais de l'Église orthodoxes car, comme le souligne Mgr Jérémie, « si les langues diffèrent, il y a uniformité absolue des temps liturgiques » pour toute l’Orthodoxie.

« Nous avons des cycles liturgiques », ajoute Mgr Jérémie, à commencer par le régulier : la célébration dominicale, puis les fêtes fixes en semaine pour les grands saints de l'Église, et les fêtes du Seigneur : Noël, Pâques, la Transfiguration, tout ce qui se réfère au Christ. Et puis nous avons aussi le cycle marial avec l'Annonciation de Marie en mars, la naissance en septembre, la présentation, la dormition ou assomption le 15 août… »

Douze jours

La plus grande de ces fêtes c’est Pâques « bien évidemment » ponctue Mgr Jérémie, même si chacune de ces fêtes, qui marque le processus de la révélation de Dieu aux hommes, a son importance.

Noël est la manifestation pleine de Dieu sur terre. Ce cycle  dit « des douze jours » va de la naissance de Jésus à l'Épiphanie célébrée le 6 janvier. Entre les deux se situe la fête de la circoncision de Jésus le 1er janvier c’est - à- dire huit jours après Noël. Mgr JérémieLe 1er janvier est aussi la fête de Saint Basile le Grand, Père de l'Église. Mais la grande fête de ce cycle c’est l'Épiphanie. C’est la révélation du Dieu trinitaire, Père, Fils et Saint Esprit lors du baptême de Jésus par Saint Jean Baptiste dans le Jourdain. Ce jour est célébré avec solennité. Dans les pays où l’Orthodoxie est majoritaire on va en procession, là où il y a de l’eau, rivière ou mer, pour la bénir, en y lançant une croix. Cela a pu d’ailleurs se faire dans la Seine à Paris le 6 janvier 2002

De Pâque à…

Mais Noël ne se prépare pas comme on prépare la célébration de Pâque. Pâque, c’est l’accomplissement du dessein de Dieu. La mission du Christ sur terre se termine avec la résurrection. Avec le grand carême, on entre dans un temps où l’on chemine avec le Christ. Il ne s’agit pas d’une commémoration, mais d’un véritable parcours où chaque jour de la semaine sainte est vécu avec le Christ. On répète la Cène, on vit le Vendredi Saint et la mise au tombeau. On jeûne et l’on pratique une véritable ascèse matérielle. « Nous essayions de mettre le peuple dans cette psychologie, dans l’approfondissement de ces réalités. Bien que nous n’en soyons pas les acteurs, c’est chaque année la réactualisation, l’appropriation de ces événements, de la souffrance du Christ. Ce temps est un temps de préparation pour accueillir la résurrection, point culminant où explose la joie ». Tout aboutit à cette expression de la grande joie manifestée dans la liturgie. A minuit, partout dans le monde, au même moment, on proclame : « le Christ est ressuscité, par la mort il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux, il a donné la vie …».

… Noël

Il n’y a pas à Noël, de moment qui précède la naissance du Christ et qui permettrait une préparation semblable à celle de Pâques. Noël prend une dimension plus sentimentale : « le petit enfant né dans les conditions que nous connaissons, la nature qui accompagne cet événement dans la douceur et la froidure de l’hiver, tout cela est célébré, approfondi mais d’une autre manière ; dans le sentiment de l’attente d’un accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament. » Il y a à Noël une dimension de pureté et d’innocence. Pourtant on n’oublie pas le massacre par Hérode des enfants de Bethléem ni la fuite en Égypte. « Noël est aussi lié à la cruauté du monde qui n’a pas accueilli le Christ » dit Mgr Jérémie. Mais on insiste sur la simplicité, sur la pauvreté et l’humilité d’un enfant né dans des conditions peu ordinaires.

Dans les pays orthodoxes, mais pas en France, on se lève à quatre ou cinq heures du matin, au début du levé du soleil, alors que pour Pâques minuit est l’heure solennelle. Noël se prépare en famille dans une atmosphère mystérieuse et miraculeuse due aux messages indirects de l’étoile, des mages et des bergers, « qui confirment la réalité du Christ ». La célébration est surtout hymnologique bien que, comme tout le monde, il y a des crèches et des sapins. L’environnement sociales imprime aussi sa marque sur ce temps de fête. Les cadeaux sont donnés aux enfants le jour de la Saint Basile, le 1er de l’an. Noël reste une fête seconde par rapport à la célébration de Pâques.
 

Temps de l’Avent et Noël à la Communauté Protestante de Villeméjane
Avant d’arriver à Noël, il y a une longue attente : le temps de l’Avent. Ces quatre semaines du temps de l’Avent sont marquées par une liturgie particulière qui met l’accent sur l’attente du Seigneur. L’appel retentit : Préparez le chemin du Seigneur ! Nous vivons de cette attente et de cette certitude que le Seigneur vient.

En Europe du nord, il y a des traditions chrétiennes qui sont très belles et chargées de messages profonds. En nous inspirant de ces traditions anciennes, nous décorons la maison avec une couronne en sapin avec quatre bougies : la couronne de l’Avent.  Elle symbolise l’attente du Seigneur, attente de la lumière qui vient dans notre nuit. Nous allumons chaque dimanche une bougie de plus, jusqu’à Noël.

Il y a l’attente, mais il y a aussi la préparation de la fête, par exemple, la confection des petits gâteaux de Noël aux épices. Pendant le temps de l’Avent, la bonne odeur de la pâtisserie remplit la maison, un avant-goût de la fête.

La veillée de Noël, nous la commençons au temple, à l’Arbre de Noël de la paroisse de Valleraugue, en écoutant les récits de Noël. Puis, nous continuons la veillée à Villeméjane, autour du sapin (aux vraies bougies !!!), avec de la musique, des chants de Noël et une soupe chaude – dans la simplicité et la convivialité. Ensuite, chacun reçoit un des petits cadeaux symboliques accrochés au sapin.

A la chapelle, nous installons la crèche et nous accrochons une grande étoile en paille dans la fenêtre, au-dessus de la crèche. L’étoile indique le lieu où se trouve l’enfant Jésus, c’est une invitation à l’adoration, une invitation à la rencontre avec Dieu qui est venu parmi nous.
Avec l’arrivée des Rois Mages à l’Epiphanie, le temps de Noël se termine. Les Sages de l’Orient, transformés par la rencontre avec le Sauveur, repartent par un autre chemin. Nous aussi, nous continuons notre route, transformés par la Bonne Nouvelle de Noël.

Textes de sœur Myriam, plusieurs propositions. A utiliser comme vous le voulez. Il suffit de mettre la référence Soeur Myriam, extrait de « Porte ouverte sur la liturgie », Réveil Publications 2002. Merci.
 
 

LA LUMIÈRE ET L’ARBRE VERT
 
Et si le soleil ne revenait pas… Crainte primitive de chaque soir, crainte plus grande encore au temps du solstice d’hiver quand le soleil est de plus en plus bas, de moins en moins présent. De là sont nées des fêtes très anciennes, sans doute assorties d’abord de sacrifices, fêtes qui devinrent des jours de joie affirmant la victoire prochaine du soleil sur les ténèbres. Partout, de l’Égypte aux limites nordiques, on fêtait la lumière au prétexte d’un dieu du solstice, de Mithra, de l’empereur à Rome… Les festivités s’étendaient généralement sur plusieurs jours (sept chez les Gaulois), ce qui permettait de s’assurer que "les jours s’allongeaient".

De là sans doute le succès de l’Épiphanie, célébrée bien avant que le christianisme ait récupéré le solstice et ses fêtes pour y placer la date de naissance de Jésus, lumière du monde qui luit dans les ténèbres.

Outre tout ce qui éclaire, ces fêtes s’accompagnaient d’un autre symbole de la nature et de son cycle toujours recommencé : des feuillages et des branches d’arbres qui sont verts à cette époque de l’année, le houx, les conifères qui conservent leurs aiguilles et expriment la pérennité. Les maisons, les lieux où l’on se rencontre s’ornaient de rameaux souvent disposés en couronnes, ajoutant un symbole royal à celui de la nature. Coutume qu’on retrouvera dans le sapin.

C’est en Alsace que le roi des forêts a pris sa signification chrétienne. Au XVIè siècle, on est obligé de protéger les forêts pour que les sapins ne soient pas abattus "inconsidérément". Un siècle plus tard, le sapin est devenu l’arbre de la tentation et celui du rachat puis qu’on y accroche à la fois des pommes et des hosties. Ce serait la transposition des mystères contant la chute d’Adam et d’Eve qu’on jouait au Moyen-Age sur le parvis des églises en prélude à Noël – et qui furent interdits. Une fois passé à l’intérieur des maisons, le sapin s’orna de roses de papier (la rose qui fleurit à Noël, celle "du vieux tronc d’Isaïe"). Quant aux boules de verre, une tradition dit qu’en une année où la récolte des pommes avait été mauvaise, des verriers auraient soufflé des boules pour les remplacer.

Au XIXè siècle, l’arbre de vie se pare de bougies, arrive d’Alsace et de la Forêt Noire et s’installe jusqu’à devenir une obligation.

ENFANTS SAGES ET PETITS DIABLES

Fête païenne bien rhabillée, Noël s’est fait précéder de l’Avent, d’où sont nées des coutumes venues récemment des pays germaniques et nordiques : la couronne de l’Avent et ses quatre bougies qu’on allume chaque dimanche l’une après l’autre et qui ont chacune une signification, et le calendrier pour préparer les enfants au jour de lumière.

Aujourd’hui principaux bénéficiaires et acteurs de Noël, les enfants sont arrivés assez tard dans les festivités -sauf la petite fille qui, en Suède, est sainte Lucie. Revoici la lumière avec cette fête du 14 décembre, qui voit la plus jeune fille de la maison revêtir une robe blanche ceinturée de rouge et mettre sur sa tête la couronne aux quatre bougies ; accompagnée des autres enfants, elle va porter du café et des gâteaux à son père puis à toute la famille.

Gâteaux, cadeaux semblent de très ancienne tradition – comme la bûche qui se consume assez lentement pour passer la nuit. Odin aurait joué les Père Noël bien avant l’ère chrétienne ; des gnomes, des lutins auraient fait de même. Au XVIIè siècle, sous l’influence des éducateurs (jésuites, disent les mauvaises langues), ces bons génies se muèrent en justiciers : pour les enfants, Noël sonnait l’heure de vérité. Ainsi le gentil saint Nicolas eut son contrepoids avec le Père Fouettard : à l’enfant qui a bien travaillé, bien dit ses prières, une orange ; au vilain, un martinet ou des verges.

En Alsace, la veille de Noël, une jeune fille vêtue de blanc portant une couronne sur la tête (on retrouve la Lucie suédoise) allait d’une maison à l’autre en agitant une sonnette : c’était le Chrischkindl, que suivait le méchant Hans Trapp. En Franche-Comté, la Tante Arie rendait seule la justice sur les enfants. Mais voici qu’au début du XXè siècle, le Père Noël s’installe, fils spirituel de saint Nicolas - fêté le 6 décembre, d’abord en Lorraine puis aux Pays-Bas et dans l’empire des Habsbourg – et du Santa Claus britannique, se promenant en traîneau tiré par des rennes pour faire plaisir aux Scandinaves, l’air bonasse et portant les traces des ripailles faites en son nom. Car manger et boire au temps du solstice d’hiver est aussi une tradition, lorsqu’on en a les moyens.

Il serait injuste que les pays méditerranéens n’aient pas apporté leur contribution à la fête : ce furent les crèches, nées de la grotte supposée de la Nativité, les crèches parfois somptueuses, parfois simples ou malicieuses avec les santons, une tradition qui met l’enfant Jésus au pied du sapin pour la nuit de Noël, une nuit sainte où tout peut arriver. La preuve en est – c’est bien connu - que les bêtes parlent et que les hommes les comprennent !

Elisabeth HAUSSER