Cette prédication, la seconde
du recueil qui porte le même titre a été d’abord publiée
en automne 1950 dans la revue The Religious life de New-York. Paul Tillich
enseigne alors la théologie à l’Union Theological Seminary,
la prestigieuse institution d’enseignement supérieure de cette ville
dont le renom est associé à celui de Reinhold Nieburgh,
l’auteur de Nature and Destiny of Man (Nature et destin de l’homme). Il a
enseigné dans ce College de 1933 à 1955.
Les connaisseurs en théologie observeront que le prédicateur
lie étroitement dans son propos les doctrines classiques de la création,
de la réconciliation et de l’eschatologie – ce qu’on appelle classiquement
les fins dernières… C’est la voie de sortie des désenchantés
de la scolastique luthérienne et réformée, celle qu’emprunte
aussi Karl Barth dans sa Dogmatique ; elle s’impose à la réflexion
des théologiens depuis que la conception objectiviste de l’homme héritée
des penseurs de l’Antiquité a été démantelée
par la philosophie existentielle d’un Kierkegaard et par la découverte
de l’inconscient d’un Freud… On notera que Paul Tillich interprète
son sujet de façon très luthérienne - j’entends à
la façon même de Luther. La doctrine de la justification par
la grâce moyennant la foi occupe la place centrale dans le développement
de ce sermon.
Cependant il ne suffit pas de répéter la lettre d’une bonne
doctrine, si «bonne» soi-elle, pour que la chose dont elle parle
apparaisse en vérité à l’auditeur ou au lecteur, lecteur,
on s’en doute, à tord ou à raison n’a que faire personnellement
des idées de Luther de Calvin, des «papistes» et par dessus
tout des chicanes luthéro-réformées de petites cours
germaniques mord moi l’œil… Le prédicateur n’emprunte pas les cheminements
de la tradition théologique d’autrefois pour que l’auditeur adhère
à des «résultats» comme le, profane admet sans
brocher les conclusion d’une science à laquelle il n'entend que peu
ou rien ; il lui propose seulement d’emprunter pour l’heure ses lunettes
pour découvrir de ses propres yeux une certaine réalité.
Qui se sert de lunettes pour voir ses lunettes ? Ainsi en va t-il de la théologie
en théologie ! En théologie importe la lecture prophétique
– ou parabolique, ou symbolique – d’un certain réel de la réalité.
Tillich tend trois clés ses interlocuteurs, avec les trois «re»,
dont il parle en conclusion de son sermon: re-création, re-concilation
(il dit souvent ré-union) et re-surrection puis laisse l’auditeur
lecteur de se laisser saisir – c’est son mot - par la «chose»
évidente et cachée dont il vient de lui annoncer l’actualité
J-M.S.
- Texte
n° 2 de l’édition anglaise, p. 15 à 24.
- Nouvelle
traduction Segond
- Paul
Tillich fait référence à la lecture précédemment
faite du contexte du verset qu’il cite
- 2
Corinthiens 5, 17. La NTS propose la traduction: Si quelqu’un est dans le
Christ, c’est une créature nouvelle. Ce qui est ancien est passé
; il y a du nouveau.
- Paul
Tillich cite implicitement 2 Corinthiens 5, 20.
- Amor
fati. NDR.
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«Ce
qui importe, ce n’est ni la circoncision ni l’incirconcision, c’est une création
nouvelle.» Galates 6,15 (2)
Si l’on me demandait
de résumer en deux mots pour notre temps le Message chrétien,
je dirais avec Paul : C’est l’annonce d’une «nouvelle Création».
Nous avons lu un texte sur la nouvelle création dans la seconde lettre
aux Corinthiens de Paul (3). Permettez-moi d’en rappeler
l’une des phrases avec les mots d’une traduction exacte: «si
quelqu’un est uni au Christ il est un être nouveau ; l’ancien état
de choses est passé, voici il y a un nouvel état de choses.»
(4) . Le Christianisme est l’annonce de la création
nouvelle, de l’être nouveau, de la réalité nouvelle,
apparue avec la présence de Jésus, lequel pour cette raison
et précisément pour cette raison, est appelé le Christ.
Car le Christ, autrement dit, le Messie, l’élu et l’oint, c’est celui
qui apporte un nouvel état de choses
Nous vivons tous
dans l’ancien état de choses et notre texte nous demande avec insistance
: participons-nous aussi à la création nouvelle? Nous appartenons
à l’ancienne création et le Christianisme nous demande de participer
aussi à la création nouvelle. Nous avons appris à nous
connaître dans notre être ancien ; au cours de cette heure nous
allons nous demander si nous avons aussi fait l’expérience d’un être
nouveau.
Quel est cet être nouveau? Paul répond d’abord en disant ce
qu’il n’est pas. Ce n’est ni la circoncision, ni l’incirconcision. Cela signifie
pour Paul et pour les lecteurs de sa lettre quelque chose de bien défini.
Cela signifie qu’être Juif ou païen n’a pas d’importance ultime,
et que seul compte le fait d’être uni à celui en qui la réalité
nouvelle est présente. Circoncision et incirconcision, qu’est ce que
cela signifie pour nous ? Cela signifie quelque chose de très défini
et en même temps de très universel. Cela signifie qu’aucune
religion comme telle ne crée l’être nouveau. La circoncision
est un rite religieux observé par les Juifs ; les sacrifices sont
des rites religieux observés par les païens ; le baptême
est un rite religieux observé par les Chrétiens. Tous ces rites
importent peu, seule importe une création nouvelle. Et puisque dans
le langage de Paul ces rites représentent la religion dont ils sont
une partie, nous pouvons dire : Aucune religion n’a d’importance, seul importe
un état de choses nouveau. Réfléchissons à cette
affirmation saisissante de Paul. Elle déclare premièrement
que le Christianisme est plus qu’une religion ; c’est l’annonce de la création
nouvelle. Le Christianisme comme religion n’est pas important ; il est comme
la circoncision ou l’incirconcision, ni plus, ni moins ! Pouvons-nous imaginer
les conséquences de cette déclaration de l’apôtre pour
notre situation? Dans le monde présent, le Christianisme rencontre
diverses formes de circoncision et d’incirconcision. La circoncision peut
représenter aujourd’hui ce qu’on appelle la religion et l’incirconcision
ce qu’on appelle la laïcité, avec ses exigences quasiment religieuses.
À côté du Christianisme, existent de grandes religions:
l’Hindouisme, le Bouddhisme, l’Islam et ce qui demeure du Judaïsme classique
; ces religions ont leurs mythes et leurs rites – autrement dit leur «circoncision»
- qui leur donnent leurs caractéristiques propres. Existent aussi
des mouvements laïques, tels le fascisme et le communisme, l’humanisme
laïque et l’Idéalisme éthique. Ces mouvements s’efforcent
d’écarter les mythes et les rites et représentent autrement
dit l’incirconcision. Ils prétendent à la vérité
ultime et exigent une complète consécration. Comment le Christianisme
se tournera t-il vers eux? Leur dira-t-il : Venez à nous, nous sommes
la meilleure des religions ; notre genre de circoncision ou d’incirconcision
est supérieure au vôtre ? Faut-il louer le Christianisme comme
s’il était notre style de vie, religieux et laïc ? Faut-il transformer
le Message chrétien en récit de réussite, et dire à
la façon de la publicité: Faites en l’essai auprès de
nous et vous verrez que vous ne pourrez plus vous en passer ! Certains missionnaires,
certains clercs et certains laïcs font usage de pareilles méthodes.
Ils montrent leur totale incompréhension du Christianisme. L’apôtre,
qui fut à la fois un missionnaire, un clerc et un laïc déclare
quelque chose de bien différent. Il dit : aucune religion particulière
n’a d’importance, ni la nôtre, ni la vôtre ; par contre, je peux
vous dire que quelque chose d’important est arrivé, quelque chose
qui nous juge vous et moi, votre religion et la mienne : une création
nouvelle est intervenue, un être nouveau est apparu ; nous sommes tous
appelés à y participer. Quand nous rencontrons des païens
et des juifs nous devrions leur dire: Ne comparez pas votre religion à
notre religion, vos rites à nos rites, vos prophètes à
nos prophètes, vos prêtres à nos prêtres, vos saints
à nos saints. Cela ne sert à rien ! Et surtout ne pensez pas
que nous voulons vous convertir au Christianisme anglais ou américain,
ou à la religion du Monde occidental. Nous ne voulons pas vous attirer
à nous ni même aux meilleurs d’entre nous. Cela ne servirait
à rien ! Nous voulons seulement vous montrer ce que nous avons vu
et vous dire ce que nous avons entendu : il y a une nouvelle création
au milieu de l’ancienne création et cette nouvelle création
est manifeste en Jésus qu’on appelle le Christ.
Quand nous rencontrons
des fascistes et des communistes, des humanistes scientistes et des représentants
de l’éthique idéaliste, nous devrions leur dire: Ne vous vantez
pas trop de n’avoir pas de rite ni de mythe, d’être libérés
de la superstition et d’être parfaitement rationnels, «incirconcis»
en tout sens du terme. En premier lieu, vous avez vous aussi vos rites et
vos mythes, et votre petite circoncision ; ils sont même très
importants pour vous. Si vous en étiez complètement libres,
vous n’auriez pas besoin de mettre en évidence votre in-circoncision.
Cela ne sert à rien ! Ne pensez pas que nous voulons vous détourner
de la laïcité pour vous tourner vers la religion, que nous voulons
faire de vous des religieux, membres d’une religion supérieure, la
religion Chrétienne, et en son sein d’une grande dénomination:
la nôtre ! Cela ne servirait à rien. Nous voulons seulement
vous faire connaître l’expérience que nous avons faite ici et
maintenant, dans le monde, celle d’une nouvelle création, souvent
cachée, parfois manifeste, mais assurément manifeste en Jésus
qu’on appelle le Christ.
C’est de cette
manière que nous devrions nous adresser à ceux qui, religieux
ou laïques, se tiennent en dehors de la sphère du Christianisme.
Nous ne devrions pas trop nous préoccuper de la religion chrétienne,
de l’état des Églises, de leur fréquentation, de leurs
doctrines, de leurs institutions, de leurs ministres, de leurs sermons et
de leurs sacrements. C’est la «circoncision» et son absence,
la sécularisation, aujourd’hui répandue de plus en plus dans
le monde, c’est l’»incirconcision». L’une et l’autre sont sans
importance si l’on pose la question ultime, la question de la réalité
nouvelle. Cette question infiniment importante devrait nous préoccuper
plus que tout sous le ciel et sur la terre. La création nouvelle –
c’est notre préoccupation ultime : elle devrait nous passionner infiniment
- elle est la passion infinie de tout être humain. Comparativement,
la religion ou l’a-religion, le Christianisme ou le non-Christianisme, importent
très peu - et comptent pour rien ultimement.
Permettez-moi
maintenant de vanter un instant le fait que nous sommes chrétiens
; soyons fous de vantardise, comme le dit Paul quand il commence à
se vanter. Il est important qu’étant chrétien on puisse soutenir
l’idée que cela n’a pas d’importance. La puissance spirituelle de
la religion permet à celui qui est religieux de considérer
sans crainte la vanité de la religion. Le fruit le plus mûr
la pensée chrétienne consiste à comprendre que le Christianisme
comme tel ne sert à rien. Voilà de la vantardise, non pas une
vantardise personnelle, mais une vantardise à propos du Christianisme.
Comme vantardise, c’est une folie. Mais comme vantardise relativement au
fait qu’il n’y a pas de quoi se vanter, c’est de la sagesse et de la maturité.
Avoir sans avoir – est une attitude juste à l’égard de tout
ce qui est grand et merveilleux dans la vie, même à l’égard
de la religion et du Christianisme. Par contre, ce n’est pas une attitude
juste à l’égard de la création nouvelle. L’attitude
juste a l’égard de la création nouvelle est un désir
passionné et infini.
Soulevons de nouveau
la question: Quel est cet être nouveau ? L’être nouveau n’est
pas quelque chose qui remplacerait simplement l’être ancien. C’est
un renouveau de l’ancien, lequel a été corrompu, déformé,
divisé, presque détruit, mais pas détruit complètement.
Le salut ne détruit pas la création ; il fait de l’ancienne
création une création nouvelle. Aussi faut-il parler du nouveau
en termes de re-nouveau : du triple «re» de la re-conciliation,
de la re-union, de la re-surrection.
Paul associe dans
sa lettre la création nouvelle et la réconciliation. Le message
de la réconciliation est : Soyez réconcilié avec
Dieu (5). Cessez de lui être hostile, car
jamais il n’est hostile envers vous. Le message de la réconciliation
n’est pas que Dieu a besoin d’être réconcilié. Comment
pourrait-il l’être? Il est la source et la puissance de la réconciliation,
qui pourrait le réconcilier ? Mais païens, juifs, et chrétiens
– nous avons tous essayé et essayons encore de nous réconcilier
avec lui à l’aide de rites, de sacrements, de prières et de
services, d’actions morales et d’œuvres de charité. Si nous tentons
de le faire, si nous essayons de lui donner quelque chose, de lui montrer
des bonnes œuvres pour l’apaiser, nous échouons. Il n’y en a jamais
assez ! Nous ne pouvons jamais le satisfaire ; l’exigence est infinie. Du
fait que nous ne pouvons pas l’apaiser, nous devenons hostiles envers lui.
N’avez-vous jamais remarqué la somme d’hostilité envers Dieu
qu’on trouve dans les profondeurs de gens honnêtes et bons qui excellent
en œuvres de charité, en piété et en zèle religieux
? Il ne peut pas en être autrement ; chacun est hostile, consciemment
ou inconsciemment, envers ceux dont il se sent rejeté. Tout le monde
se trouve ans cette situation, que l’on nomme «Dieu»,
«nature», «destin» ou
«condition sociale» ce qui nous rejette. Chacun
éprouve de l’hostilité envers l’existence dans laquelle il
est jeté, envers les puissances cachées qui déterminent
sa vie et celle de l’univers, envers ce qui le rend coupable et le menace
de destruction parce qu’il est devenu coupable. Nous-nous sentons tous rejetés
et hostiles envers ce qui nous a rejeté. Nous essayons de l’apaiser
et l’échec nous rend encore plus hostiles encore. Cela se produit
souvent à notre insu. Mais il y a deux symptômes que nous ne
pouvons pas éviter de voir: l’hostilité envers nous-même
et l’hostilité envers les autres. On parle souvent de l’orgueil, de
l’arrogance, de la suffisance et de la complaisance des gens. C’est souvent
le niveau le plus superficiel de leur être. En dessous, au niveau plus
profond, il y a un refus de soi, un dégoût et même une
haine de soi. Soyez réconciliés avec Dieu signifie aussi: soyez
réconciliés avec vous-mêmes ! Car nous ne le sommes pas
; nous cherchons à nous apaiser nous-mêmes. Nous-nous efforçons
de nous rendre plus acceptables. Celui qui se sent rejeté par Dieu
et qui se rejette se sent aussi rejeté par les autres. Plus il éprouve
d’hostilité envers son destin, plus il en éprouve envers lui-même
et envers les autres. S’il nous arrive d’être saisi d’horreur devant
l’hostilité inconsciente ou consciente que les autres trahissent à
notre égard, ou en découvrant notre propre hostilité
envers ceux que nous croyons aimer, n’oublions pas qu’eux aussi se sentent
rejetés par nous et que nous-nous sentons rejetés par eux.
Ils se sont efforcés de se faire accepter et ils ont échoué.
Nous-nous sommes efforcés de nous faire accepter et nous avons échoué.
Leur hostilité comme la nôtre s’accroît. Soyez réconciliés
avec Dieu ! Cela signifie aussi : soyez réconciliés avec les
autres ! Mais cela ne signifie pas : essayez de vous réconcilier avec
les autres ! Cela ne signifie pas non plus : essayez de vous réconcilier
avec vous-mêmes ! Essayez de vous réconcilier avec Dieu, vous
échouerez ! Voici le message : Une nouvelle réalité
est apparue au sein de laquelle vous êtes réconciliés.
Nous n’avons rien à montrer pour entrer dans l’être nouveau
; nous devons seulement nous ouvrir pour qu’il nous saisisse : Rien à
montrer !
Le premier signe
de la réalité nouvelle est d’être réconcilié,
le second signe est d’être réuni. La réconciliation rend
possible la réunion. La nouvelle création est la réalité
qui réunit ce qui est séparé. L’être nouveau s’est
manifesté en Christ parce chez lui la séparation ne l’a jamais
emporté sur son unité avec Dieu, avec l’humanité et
avec lui-même. C’est ce qui confère à l’image que les
évangiles présentent de lui une puissance irrésistible
et inépuisable. Nous découvrons en lui une vie humaine qui
maintient l’unité en dépit de tout ce qui la pousse à
la séparation. Il représente et médiatise la puissance
de l’être nouveau, parce qu’il représente et médiatise
la puissance d’une unité ininterrompue. Là où apparaît
la réalité nouvelle, on se sent uni à Dieu, fond et
sens de toute existence. On éprouve ce qu’on appelait jadis l’amour
du destin (6) ; ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui,
le courage d’assumer sa propre angoisse. On fait alors l’expérience
étonnante d’être uni à soi, non dans l’orgueil et la
suffisance, mais dans l’acceptation profonde de soi. On s’accepte soi-même
comme une réalité d’une importance éternelle, éternellement
aimée, éternellement acceptée. Le dégoût
de soi, la haine de soi disparaissent. La vie trouve un centre, une direction,
un sens. Toute guérison – physique ou mentale – crée une réunion
de soi avec soi. Là où intervient une véritable guérison,
là est l’être nouveau, la création nouvelle. Mais pour
qu’advienne une guérison véritable il ne suffit pas qu’une
partie du corps ou de l’esprit soit réuni à l’ensemble, il
faut que cet ensemble - notre être entier notre personnalité
entière - soit uni à lui-même. La nouvelle création
est une création qui guérit, parce qu’elle réuni à
soi et qu’elle réunit aux autres. Rien de plus caractéristique
de l’ancien être que la séparation entre les hommes. Rien n’est
recherché plus passionnément que la guérison de la société,
que l’être nouveau au sein de l’histoire et dans les relations humaines.
La lourde accusation de n’avoir pas contribué à l’union de
l’humanité pèse lourdement sur la Religion et sur le Christianisme.
Qui peut nier le bien fondé de ce défi ? Néanmoins,
l’humanité continue de vivre, et elle ne vivrait plus si la puissance
de la réunion, de guérison, de la création nouvelle
ne l’emportait en permanence dans l’histoire humaine sur la séparation.
Chaque fois que l’un de nous est saisi par un visage humain en tant qu’humain,
chaque fois que sont surmontés des répugnances personnelles,
des préjugés raciaux, des conflits nationaux, la différence
des sexes, de l’âge, de la beauté, de la force, de la connaissance
et beaucoup d’autres causes de séparation – alors advient la création
nouvelle ! L’humanité ne vit que parce que cela se produit sans cesse.
Si l’Église, en tant qu’assemblée de Dieu a une signification
ultime, elle-ci tient au fait qu’on y proclame, qu’on y reconnaît,
et qu’on y réalise, même partiellement, dans la faiblesse et
les distorsions, la réunion des l’humains les uns avec les autres.
L’Église est le lieu où la réunion de l’homme avec l’homme
est un événement effectif, en dépit du fait que l’ Église
de Dieu soit trahie continuellement par les Églises chrétiennes.
Trahie et repoussée, la création nouvelle sauve et maintient
les Églises, l’humanité et l’histoire, qui pourtant la trahissent
et la repoussent.
L’Église,
comme tous ses membres, rechute de l’être nouveau dans l’ancien être.
C’est pourquoi le troisième signe de la création nouvelle est
la re-surrection. Le mot «résurrection» évoque
auprès de beaucoup un cadavre surgissant de la tombe, ou tout autre
image fantastique. Or le mot «résurrection» désigne
le triomphe d’un état de choses nouveau, la naissance d’un être
nouveau à partir de la mort de l’ancien. La résurrection n’est
pas un événement qui pourrait se produire dans un certain futur
lointain, elle est, ici et maintenant, aujourd’hui et demain, la puissance
de créer la vie à partir de la mort de l’être nouveau,
Là où est l’être nouveau, là est la résurrection,
autrement dit la création éternelle de tout moment du temps.
L’être ancien porte la marque de la désintégration et
de la mort. L’être nouveau place une marque nouvelle sur l’ancien.
De la désintégration et de la mort naît une réalité
d’une signification éternelle. Ce qui fut immergé dans la dissolution
émerge dans la création nouvelle. La résurrection se
produit maintenant ou jamais. Elle se produit en nous et autour de nous,
dans l’âme, dans l’histoire, dans la nature et dans l’univers.
Réconciliation,
réunion, résurrection – telle est la création nouvelle,
l’être nouveau, l’état de choses nouveau. Y participons-nous
? Le Message du Christianisme n’est pas le Christianisme, mais une réalité
nouvelle. Un état de choses nouveau est apparu. Il apparaît
encore. Il est caché et il est visible, il est ici et il est là.
Acceptez-le, entrez et laissez-vous saisir par lui.
Paul Tillich.
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