Jean-Marc Saint, traducteur de Paul Tillich




Jean-Marc Saint avec son fidèle répétiteur: Médor
Le pasteur Jean-Marc Saint, traducteur de cette anthologie est né en 1934. Il a fait des études en théologie à Paris et à Athènes, comme boursier du Conseil œcuménique des Églises, avec l’appui du professeur Nikos Nyssiotis, alors sous directeur de l’Institut œcuménique de Bossey. Il a été d’abord travaillé au Centre de Villémétrie sous la direction du pasteur André de Robert, dont il garde avec respect la mémoire, puis est devenu pasteur de paroisse à Paris, en Région parisienne, à Strasbourg et à Dieuze. Il l’est maintenant à Mulhouse. Pendant 23 ans, il a été l’aumônier protestant de l’École polytechnique (poste à temps partiel) et concurremment 13 ans aumônier dans la Marine nationale, ce qui le conduisit, notamment pendant les vacances scolaires, à embarquer sur des bâtiments de la « Royale », dans le Golfe Persique, l’Océan Indien, la Mer Rouge (pas celle de Mulhouse !), la Méditerranée, la Manche, la Mer du Nord et la  Baltique. De ses nombreux embarquements, il conserve le souvenir de riches relations humaines, hors-cadre ecclésiastique, proche de la « vie de tout le monde ».  Comme aumônier de l’École Polytechnique, il accompagnera un groupe d’élèves au cours d’un périple en Chine populaire, qui lui laissera le goût subtil de la « civilisation chinoise ».  
  
C’est à Athênes, qu’il a découvert l’œuvre d e Tillich ! Il y était venu préparer une thèse sur le théologien byzantin Nicolas Cabasilas. Grâce à un camarade d’études américain, aussi peu épris que lui  de la « Scholastique » théologique alors régnante à Athènes, il découvre le premier volume de Systemtic Theology. Beaucoup de chose semblent s’éclairer par cette lecture simple et complexe.  Il ne sait pas encore, qu’une réponse à une question porte en elle une nouvelle question. Éveillé à la réflexion philosophique par l’enseignement de Paul Ricoeur, initié à la tradition théologique par celui de Jean Bosc, il peinait à se situer à la confluence de deux disciples, dont ses maîtres en théologie excluaient la possibilité de tout dialogue de fond, et dont pourtant il se reconnaissait doublement débiteur. C’était la « situation » de la théologie vers les années 60. Un temps, il chercha sa voie, et il crut la trouver  dans la psychanalyse, dont il fit une longue expérience sous la conduite de Cécile Vaucher, membre de l’Ecole freudienne de Paris.
Tillich le rattrapa, quand il lui fut demandé de participer à la traduction de la Théologie de la Culture avec Jean-Paul Gabus, alors professeur à Beyrouth, puis d’entreprendre, à la demande de Roger Munier, la traduction de The New Being et de The Eternal Now.On lui placarda l’étiquette bizarre de tillichien, alors qu’il ne fréquentait pas le cercle de ses savants thuriféraires, et qu’il ne connaissait du théologien germano-américain, que des textes qui lui « parlaient » et le poussaient à poursuivre sa route un pied dans les institutions protestantes et l’autre au gré des circonstances de sa vie. Pourquoi est-il demeuré théologien ? Il ne sait répondre à cette question que par ces mots d’une lettre d’André Gounelle : « J’espère que l’éros théologique ne te quittera pas », et ceux-ci, d’une prière citée par Michel de Certeau : « Que jamais je ne sois séparé de toi. »

Roland Kauffmann