Gabriel Vahanian
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L’ardoise et
le dictionnaire:
scripta et scriptura
— par delà le don et la dette
--L'espoir est à la page prochaine.
Ne ferme pas le livre.
--J'ai tourné
toues les pages du livre sans rencontrer l'espoir.
--L'espoir est,
peut-être, le livre.
Edmond Jabès
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in
Marco Maria Olivetti (éd), Le don et la dette, Cedam (Biblioteca
dell'Archivio di Filosofia), Padova 2004, pp. 605-610
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Qu’est-ce
que la Bible? qu’est-ce qu’une bible? Plus on entend la différence,
moins ces deux expressions s’entendent entre elles. Et pour cause, pour la
Bible, c’est moins le monde qui part à la découverte de Dieu
que Dieu qui, venant au monde, s’y met en cause au même titre qu’il
en fait sa cause, sa chose: il s’y inscrit. Pour autant, on dit Bible, et
aussitôt on pense livre. On devrait penser écriture, avec ou
sans majuscule. Et se demander “qu’est-ce que l’Écriture, si elle n’est
pas aussi une écriture?” On s’apercevrait alors qu’il ne suffit pas
d’en lire les livres pour en être imprégné ou interpellé.
On peut être bibliophage, et n’éprouver aucune dette à
l’égard de ce qu’on lit. À preuve, l’expérience qu’on
en fait quand, par exemple, on cherche à actualiser le texte biblique;
et sans doute laisse-t-on entendre que, sans cela, il ne serait pas tant inaudible
que, faute de pouvoir s’entendre soi-même, on ne saurait l’entendre
et que moins encore serait-il entendu de ceux qu’il aurait endettés
jusqu’ici. On n’a pas tort, mais à la différence des traducteurs
de la Septante, on s’intéresse aujourd’hui moins à la langue
cible qu’à celle d’un contexte original présumé. On oublie
que la Bible, traduction d’une traduction antérieure, s’accomplit moins
en se figeant dans un texte, voire — et pis encore — dans son contexte, qu’en
se livrant à l’interprétation et que, ce faisant, elle-même
s’endette auprès de qui elle s’accrédite, à qui elle
se livre. Elle s’écrit. Et ne peut s’accomplir que par de nouvelles
écritures — en s’inscrivant au manifeste du navire qu’est le monde,
constamment et à frais toujours nouveaux.
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1. Frédéric Boyer,
Pourquoi traduire la Bible, Gallimard (Folio), Paris [s.d.], p. 20 (extrait
de La Bible notre exil, P.O.L. éditeur, Paris 2002).
2. Hébreux 1,1-2.
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I
Bien plutôt
que d’écrits, il s’agit là d’écriture. De scriptura plutôt
que de scripta. Du fait que tout n'est dit que si l'inédit n'en est
pas effacé, raté, ou tu, mais reste à dire. Du fait
que rien n'est dit qui ne s'efface devant l'inédit. À l’inverse
du Code de la route pour lequel le flash du radar ne se discute pas, la Bible
se discute, même si pour cela Dieu n’a le dernier mot qu’en faisant
grâce à l’homme. Elle est inspirée de Dieu. Comme l’est,
disait saint Paul, toute l’écriture. Voire toute écriture, toute
littérature. Même si la Bible, elle, «est aussi autre
chose que littéraire. Ou plus exactement, elle n’est littéraire
que d’être transmise comme [autant d’]écritures à écrire,
à inscrire dans les cultures.” (1) Elle est littéraire,
et se doit de l’être, avant d’être aussi autre chose que littéraire.
Avant d’être un livre saint, un livre qui nous tombe du ciel, et dont
les mots venus d’ailleurs phagocyteraient notre lexique à la manière
de la Novlangue qui, dans 1984, tétanise l’instrument qui, il est vrai,
aurait suffi à rapporter les hommes les uns aux autres s’il n’avait
été lui-même corrompu par sa propre sacralisation quand
il se résout à n’être plus qu’un patois — fût-ce
de Canaan. N’est inspirée de Dieu qu’une écriture qui, résistant
à sa propre sacralisation, consiste à séculariser la
Parole. «Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et
de plusieurs manières, parlé à nos pères par les
prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par
le Fils…» (2)
Des prophètes
à Jésus, c’est à son contexte, à son écriture,
voire à sa scription bien plutôt qu’à son inscription
qu’on reconnaît la Parole de Dieu. L’écrit n’est qu’une rature
de l’écriture. De l’Ancien Testament au Nouveau, et d’un livre à
l’autre à l’intérieur de chacun, les ruptures ne sont qu’autant
de témoins des ratures d’écrits qui s’effacent devant l’écriture
d’une Parole qui sans cela resterait lettre muette. Inspirée de Dieu,
toute écriture est digne — ou grosse, à l’instar de Marie —
d’une telle Parole, et cette dignité étant, en l’occurrence,
d’ordre littéraire, est à son tour validée dès
sa prise en charge par ce par quoi comme à quoi on reconnaît
tant l’œuvre d’art — qui fait date sans cependant être daté —
que l’adéquation du temporel et de l’éternel par et grâce
à laquelle on reconnaît celle des écrits bibliques avec
l’écriture ou, sur un autre plan, celle des Écritures avec la
littérature.
Et cette adéquation
n’est autre que celle de la Parole avec la chair. Avec les Écritures.
Voire avec l’écriture.
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3. Pierre Lepape, Le Pays de la
littérature: Des serments de Strasbourg à l'enterrement de
Sartre (Seuil/Fiction & Cie, Paris 2003), cité par Michel Contat,
Le Monde, 17 octobre 2003: "L'écriture est une langue que personne
ne parle."
4. Olivier Millet, éd., Bible et littérature,
Honoré Champion éditeur, Paris 2003, p. 7.
5. «Pris à la lettre», comme disait
saint Augustin, «le sens des écritures me tuait.» (Confessions
VI,IV,6, cité par Frédéric Boyer, op. cit.)
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II
L’écriture?
Oui, et c’est Pierre Lepape qui nous en donne la plus belle définition
et que je détourne à mon profit. C’est, dit-il, «une langue
que personne ne parle». (3) À la différence
des langues, c’est une langue qu’on n’acquiert pas par imitation, par psittacisme.
Elle ne se répète pas. Elle s'incarne. Et, telle une mère
dans son enfant, elle prend corps -- disons qu'elle s'inscrit et tout à
la fois s’efface devant l'infans qui en reçoit le don et, se mettant
à parler, en est aussitôt acquitté. Comme on l'est d'une
mémoire sitôt qu'on cesse d'en être obsédé
et qu'elle-même cesse d'être incompatible avec ce don, voire
ce "contre-don" par excellence qu'est le pardon qu'accorde celui qui reçoit
un don à celui qui le fait. Et que, dette et don étant à
la mesure l'un de l'autre, ils s'effacent l'un devant l'autre; ou que, sur
un autre plan, est effacée l'ardoise qu’on accumule dans un bar et
qui lie le débiteur à son créditeur, et inversement,
et qu'en sont acquittés l'un comme l'autre sitôt qu'ils recouvrent
la parole qui, consignée jusque là, les tenait chacun en laisse
-- ou, plutôt à la merci l'un de l'autre dans un geste de gratification
mutuelle.
On ne contracte
une dette que si l’on peut s’en acquitter, en être gratifié.
Aussi, dette et créance s’effaçant l’une devant l’autre, il
n’en reste qu’une ardoise — un jeu de mots, tant au propre qu’au figuré,
un jeu d’écritures, un jeu dont les cartes sont les mots d’un dictionnaire.
Langue que personne
ne parle, l’écriture est un dictionnaire, un trésor à
somme nulle qui nous fait crédit de cela même dont il nous tient
dans sa dette. Et pour peu que cela soit vrai de toute écriture, cela
l’est encore plus de l’écriture sainte. Sur le plan culturel comme
sur le plan religieux, la Bible est à la fois ardoise et dictionnaire,
une langue que personne ne parle à moins d’être encore et toujours
à nouveau mise en paroles comme on le voit d’un livre à l’autre
tant de chaque Testament que d’un Testament à l’autre. C’est pourquoi
la Bible délivre de l’obsession du Livre comme d’une ardoise dont on
ne saurait jamais s’acquitter.
Faite moins pour
être lue que pour lire, la Bible est en perpétuelle instance
d’écriture: s’écrivant — bien plutôt qu’écrite
— une fois pour toutes, la Bible, devenu livre, se résout en quelque
sorte à l’ardoise qui lie une génération à la
suivante. Mais pareille ardoise n’est pas seulement un relevé de compte,
le manifeste d'un cargo cinglant vers un naufrage annoncé. C’est aussi
le chiffre d’un lexique qui sonne l'alarme dès qu'il faut redresser
la barre et que les mots refusent d'être enrégimentés
ou qu'ils font barrage à toute intempestive et non moins .sauvage déréglementation.
Assimilée dans un cas à la bouteille qu’on jette à la
mer quand on a fait naufrage, l'ardoise sert, dans l’autre, à ramener
l’inscription à son degré zéro de scription: la Bible
n’est pas tant un livre qu’un dictionnaire, dont les mots, tels les ossements
desséchés de l’utopique vision d’Ézéchiel, s’ouvrant
à de nouveaux langages, font passer la foi d’une langue dans une autre,
d’une culture dans une autre. L’ardoise qui peut signifier le naufrage est
aussi l’emblème de cette utopie de la parole qu’est le dictionnaire.
Et je ne doute pas qu’on en trouve l’écho dans l’idée même
de ce qu’on appelle un lectionnaire, comme en témoigne l’usage qu’on
en fait dans l’espace liturgique de la parole qui célèbre la
réconciliation de Dieu et des hommes, de l’église et du monde,
du créditeur et du débiteur.
Et non moins qu’hier
un lectionnaire consiste aujourd’hui à faire parler les mots — pas
les morts. À faire parler les incroyants, et pas seulement les croyants.
À faire basculer la foi du chœur de l'église au cœur du monde.
À séculariser la foi — comme l’indique Jésus quand il
oppose ce qu’il dit à ce qu’on nous a appris ou le sabbat a été
fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. L’écriture n’est sainte
ou inspirée de Dieu qu’à la condition que, s’y faisant chair,
la Parole entraîne la désacralisation du religieux. Comme dirait
Lewis Carroll, l’écriture n’est pas “une mémoire qui s’exerce
à reculons”; son langage n’est pas un verlan. Des Septante à
Luther en passant par saint Jérôme, c’est bien à cela
qu’on reconnaît ces génies de la Parole. Les grandes traductions
de la Bible qu’on leur doit ont à leur tour inséminé
le langage dont par ailleurs, et pour le bonheur de la littérature,
elles ont engrangé la récolte. Elles n’ont pas eu peur des mots.
Et surtout pas des mots qui finissent par faire figure de fétiches
et encombrent la mémoire du langage qu’ils momifient.
Autrement dit,
la Bible n’est plus qu’une relique, l’emblème d’un univers dont la
sacralité ne fait plus recette, à moins qu’elle ne tombe dans
le domaine public ou plutôt que, bien malgré ceux qui croyaient
en avoir le monopole, elle ne soit déjà tombée dans
le domaine public. Ferment de notre culture, elle est, fait remarquer Nietzsche
non sans une pointe de sarcasme, tout ce qui reste d’une religion qui s’effondre
avec la mort de Dieu. Mais ce n’est pas rien. Elle n’en continue pas moins
d’être sollicitée par Nietzsche lui-même comme par tous
ceux qui ont perdu la foi et n’ont pour l’exprimer que des mots tirés
du registre biblique. Bien que réduite au statut d’un «livre
saint d’une foi souvent perdue», comme l’écrit Olivier Millet,
elle n’est plus, si l’on veut, qu’un «livre saint au second degré».
(4) Si l'on veut.
Je veux dire: si
l’on considère les choses au point de vue traditionnel des religions
qui s’identifient au sacré — ce qui, loin s’en faut, n’est à
l’évidence pas le cas de la religion biblique, mue qu’elle est par
des notions comme création, incarnation, ou plérôme, qui
tantôt désacralisent la nature tantôt défatalisent
l’histoire et situent le rapport de l’homme à soi-même moins
au niveau de la nature ou de l’histoire qu’au niveau du langage, de la Parole
qu’est Dieu et, à la limite, au niveau de la fiction, (5) c’est-à-dire au niveau de la littérature.
À tel point qu’on ne saurait nier que c’est la Bible qui donne à
la littérature contemporaine ses lettres de noblesse et que, à
moins de renvoyer l’ascenseur, cette littérature — comme c’est parfois
le cas aujourd’hui — se condamne à tourner en rond sur elle-même,
en quête d’une transcendance qu’elle persiste à vouloir trouver
au-delà des mots, de ce qui s’inscrivant dans la chair en fait l’emblème
de l’Esprit. Un esprit qui souffle où il veut et dont on ne sait ni
d’où il vient ni où il va, et la question est alors moins de
savoir comment s’est écrit la Bible ou d’en comprendre le monde et
d’en appliquer les recettes éventuelles, mais comment elle s’écrit,
comment s’écrit le monde même quand il s’ouvre tel un livre que
la Bible donne à lire. Aussi la Bible n’est-elle pas seulement l’ardoise
littéraire d’une culture largement tombée en déshérence
du fait même de son succès, elle en est aussi l'abécédaire,
le dictionnaire.
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III
Et là, si
saugrenu que cela paraisse, c’est, avec son fameux Dictionnaire historique
et critique, Pierre Bayle qui nous en donne une idée. Sous sa plume,
outre un christianisme qui est en train de s’étioler, et même
plutôt que les écritures qui en ont fécondé l’acculturation,
ce qu’il dénonce n’est autre que leur fossilisation au gré comme
au fallacieux profit d’inscriptions culturelles d’un monde révolu.
Mais c’est pourtant uniquement cette fossilisation et non la pertinence de
ces écritures que Bayle conteste et qu’il remet en chantier et, pour
cela, ne craint pas d’en définir d’abord les mots comme dans un dictionnaire.
Il ne craint pas de mettre à nu une écriture dont les canons
ont fait long feu. Il ne cherche pas à en remplacer le dualisme traditionnel,
à consonance religieuse ou mystique, par un autre à consonance
scientifique ou rationnelle, pour la bonne raison que ces deux dualismes ont
partie liée l’un avec l’autre et que ce qui flétrit l’un flétrit
également l’autre. Et c’est par-delà leurs vestiges, qui sont
complémentaires les uns des autres, que Bayle tente d’aborder aux
paramètres d’un nouveau paradigme du discours tant religieux que scientifique.
C’est à
partir même de ces divers vestiges si ce n’est de cette ardoise commune
qu’ils nous ont laissée que Bayle, amorçant l’entame de ce
paradigme, en fait d’abord l’inventaire et le dictionnaire qu’il invente
est fait de mots qui nous rappellent qu’aucun discours — fût-il même
religieux — n’est de fait jamais en mesure de contenir, fût-ce a contrario:
un discours périt par là où il pèche, par l’idéologie
qui le guette; un dictionnaire est utopique, menacé qu’il est tant
par l’anarchie que par la théocratie qui font du langage une langue
de bois.
Avec Bayle ce n’est
plus au miroir de la nature ou de l’histoire que s’érige le discours,
mais au miroir du langage, et l’image que ce miroir nous renvoie est brisée.
N’en restent que des mots qu’il faut encore et toujours colliger comme à
l’enclume d’un dictionnaire, et rien n’est plus arbitraire ni plus artificiel
que la façon dont les mots y sont ordonnés. L’ordre du monde
est déjà pour Bayle un ordre des mots. Il ne s’en cache pas
Il n’écrit
pourtant pas à l’envers comme Léonard de Vinci qui vous observe
à travers son miroir sans teint. L’iconoclasme de Bayle s’étale
au grand jour, assez fortement marqué pour qu’il ne passe pas pour
un théiste encarté, trop pour qu’il se vautre subtilement dans
un athéisme de substitution. À l’arraisonnement d’une pensée
par une autre, Bayle préfère la tolérance, et celle-ci
n’est chez lui d’inspiration ni théiste ni athée, ni protestante,
ni catholique, mais d’ordre strictement d’ordre politique.
Bayle ne construit
pas sa pensée sur des ruines ou des rebuts de la tradition, moins encore
celles ou ceux d’une tradition que, au préalable, on a pris soin de
figer dans telle ou telle de ses caricatures. Il l’accule à se dépasser:
il sait qu’entre théisme et athéisme comme entre le religieux
et le séculier la frontière est poreuse et que c’est même
une fiction. À telle enseigne que, s’agissant par exemple de la tolérance,
c’est au pouvoir politique qu’on en doit l’obligation plutôt qu’à
celui des religions avec l’essence desquelles elle est plus souvent incompatible.
La finesse de Bayle se laisse ici entrevoir. Il n’oppose pas le spirituel
et le temporel, le religieux et le séculier. Il se situe déjà
au-delà du clivage traditionnel du profane et de sacré. Voire
des deux règnes lorsque, d’Augustin à Luther en passant par
Thomas d’Aquin, ils sont calqués sur ce modèle. Bayle y substitue
le binôme du religieux et de séculier — j’allais presque dire
de l’ardoise et du dictionnaire —, jusqu’à l’heure de sa mort quand
il déclare qu’il meurt en «philosophe chrétien».
Pas plus athée que théiste. Et non moins amoureux de la pesanteur
des mots et de leur grâce.
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IV
Toute écriture,
à plus forte raison quand elle est inspirée de Dieu, laisse
une ardoise qui en hypothèque l’avenir. Elle se solde aussi par un
dictionnaire qui ne demande qu’à l’affranchir de son passé et
l’emblème qu’en sont dans leur gémellité tant le fondamentalisme
que le sécularisme. La vérité, nous fait dire Bayle
au travers de son dictionnaire, est une fiction. Mais alors elle est aussi
autre chose qu’une fiction.
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